CH. XV. — RUSSIE
M. Julien Durand a bien voulu, au sujet de cette célèbre madone, nous fournir les renseignements suivants : il n’y a auprès de la tigure que les sigles ordinaires MP OV pour MHTHP G€OY « Mère de Dieu. » Cependant la conque où elle se trouve est bordée, en dehors et de façon à être vue du milieu de l’église, par une inscription dont voici le texte :
'Ô ©coç sv u.ectrj aÙTviç z-sù où caTsSuOricTai BOHOHŒI aÙTŸ) ô ©eo; TO TTpOÇ 7îpcol 1 -lipcoi1.
C’est le verset du psaume XLV traduit ainsi dans la Vulgate : « De us in medio ejus, non commovebitur ; adjuvabit eam Deus manè diluculo. « Ce verset se retrouve dans une antienne de l’office grec pour la bénédiction de la première pierre d’une église, antienne qui commence par quelques mots du Psaume LXXXVI et que nous rapportons ainsi entièrement : « Le Très-Haut t’a fondée. Dieu est au milieu d’elle. Elle sera inébranlable et Dieu la protégera dès le matin. «
Cette antienne s’applique évidemment au temple où elle est chantée, mais aussi à l’Église universelle, et l’on pourrait encore appliquer l’inscription à la Vierge représentée au-dessous, parce que la sainte Vierge tigure l’Église de Jésus-Christ et en particulier celle de Kiev2; enfin on peut y trouver l’origine du surnom
1. Dans une restauration moderne, les derniers mots de cette inscription ont été modifiés ainsi qu’on l’explique dans une dissertation de M. Krnijanoski, insérée dans les Mémoires de la Société impériale d’archéologie. Saint- Pétersbourg, i8j6.
2. Le sceau du chapitre de Lyon, au XIIIe siècle, représente une femme assise, couronnée, tenant un sceptre; autour on lit : Sigillum sanctæ ecclesiae Li/gdunensis. Cette femme ne peut être que la sainte Vierge, figure de l’église, autrement dit du diocèse de Lyon. La cathédrale de Lyon était alors, comme tant d’autres, sous le vocable de saint Etienne ; mais, selon la règle générale, elle avait dû être consacrée à Dieu, aux apôtres, aux martyrs, à tous les saints et à un saint en particulier.
La Madone du mur indestructible a été copiée dans la monographie du Salor de Kiev, dans Y Album de Kiev, par Casimir Wilezynski, grand in-folio, et peut-être plus exactement par M. Prokhoroff, dans les Antiquités chrétiennes.
« Mur indestructible » donné à la mosaïque, ce qui n’infirmerait pas la légende.
Madone de la contrition. — La cathédrale n’a pas seule le privilège de posséder d’anciennes images de Marie; dans l’église de la laure souterraine de Kiev nous trouvons une madone à laquelle l’histoire attache une grande ancienneté, qui est connue sous le nom de Vierge de la contrition. En 1147, grand prince Igor Olgovitch priait devant cette image lorsqu’il fut tué.
(PL CXLVIII.) — Cette madone est particulièrement remarquable par la tendresse qu’elle exprime. La madone de ICorsoun, celle de Wladimir, nous montrent l’amour de la sainte Vierge pour son fils, qu’elle couvre de baisers; mais ici les caresses semblent émaner surtout de l’enfant divin, qui embrasse sa mère avec une incomparable effusion. Il entoure complètement de son bras gauche le cou de la sainte Vierge; on a souvent, en copiant ce tableau, négligé de montrer la main qui dans cet embrassement reparaît sous le voile, et peut-être les artistes ont-ils évité de la reproduire à cause du mouvement forcé que ce geste suppose au bras, et cependant quoi de plus expressif, de plus naïf, de plus affectueux? N’est-il pas permis de sacrifier un peu la correction du dessin pour rendre une belle pensée?
Dans cette même laure souterraine on voit encore un tableau de la mort de la sainte Vierge que le grand prince Sviatoslaw Jaroslavitch rapporta de Byzance en 1073. La donnée byzantine y paraît dans toute son étendue : la mère de Dieu couchée sur le lit funèbre, les apôtres groupés autour d’elle, le thuriféraire et derrière le Sauveur qui saisit l’âme virginale sous les traits d’un enfant, pendant que dans le ciel les anges se disposent à la recevoir. Cette peinture est non-seulement pleine d’intérêt par ellemême, par ce fait de montrer au xie siècle cette manière de figurer l’Assomption importée au j cœur de la Russie, mais elle possède une date.
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SANCTUAIRES ET IMAGES
privilège fort rare et dont le défaut rend le classement des œuvres byzantines si difficile.
LADOGA (xne siècle).
On réfléchit rarement à l’empire extraordinaire que l’art byzantin exerça sur le monde; on médit ordinairement de cet art momifié, de cette mer morte qui repousse la vie loin de ses flots, mais on oublie trop les services providentiels qu’il devait nous rendre en gardant dans son sein, comme les grains de blé des tombeaux égyptiens, ces germes de moissons futures auxquels le souffle de la liberté chrétienne a soudain rendu une vie féconde. On oublie qu’un art dépourvu de sève n’aurait pas jeté ses rameaux jusqu'aux extrémités du monde connu.
Au xne siècle on est stupéfait de ses conquêtes ; s'il est arrêté au midi par le Coran, dont les lois iconoclastes lui ferment les côtes d'Afrique et une partie de l'Espagne, il lutte avec avantage contre les infidèles en Syrie, dispute l’Italie et la Sicile aux Sarrasins, règne dans toute la France et l’Allemagne, pénètre les forêts et les vallées glacées de l’Helvétie, s’élance dans le nord, franchit les mers, enlumine les vieux manuscrits irlandais et porte le sceau de ses entrelacs jusque dans les Hébrides et jusqu'aux plus lointaines régions de la Scandinavie. Il dicte des lois, envoie ses artistes et ses manuels de File de Chypre à l'Islande, d’Athènes au golfe de Finlande à plus de 1,100 lieues de distance. Dans notre vaste exploration nous l’avons trouvé sous le ciel brûlant de l’Asie Mineure, et voici que, dans les régions boréales au delà de 6o° de latitude, il nous apparaît encore à Ladoga avec ces mêmes touches impassibles, que le temps, les climats les plus divers, ne modifient jamais. Bénissons-le d’avoir servi d’interprète à la foi nouvelle en nous montrant les images de Marie qui prouvent combien 1 introduction de son culte et la conversion des Russes ont été simultanées, et quel empressement ils ont mis à la recevoir pour
ne plus l’abandonner même aux égarements du schisme.
Les découvertes de fresques si lointaines exécutées en mû ne nous étonnent pas en nous montrant ces figures de la sainte Vierge, mais nous croyons que les protestants, selon lesquels nous n’avons pas honoré la sainte Vierge pendant mille ans de profession chrétienne, seraient surpris de l’éminente position donnée à la madone par les Finlandais dans le siècle même de leur conversion. On comprend à tous les points de vue combien un monument si remarquable par sa date et le pays qui le possède mérite d’attention et d’intérêt.
A 25 lieues de Sâint-Pétersbourg, vers l’est, on rencontre sur les bords du Vollchova une bourgade qui ne compte plus guère qu’une cinquantaine de maisons, mais qui, jadis importante, fut la première résidence de Rurik et passe pour le berceau de l’empire russe. Les monuments de cette pauvre ville si abandonnée maintenant sont devenus fort rares, cependant sur une pointe de terre formée par le fleuve et un de ses affluents on montre encore les ruines d’une forteresse qui porte le nom de Rurik. Son fondateur a profité du mamelon qui se dresse au croisement des deux cours d’eau pour y placer son château, qu’il flanqua aux trois angles de tours rondes; il réserva dans une des courtines un bastion carré par lequel on pénètre aujourd’hui dans l’enceinte démantelée. L’enceinte est à peu près déserte, il n’y a plus que deux ou trois cabanes, une petite église de bois entourée de tombes, gardiennes silencieuses de la place, et l’antique église Saint-Georges que nous venons visiter.
La vieille église est précédée d’une construction moderne d’un mauvais style et dont il faut faire abstraction pour juger l’édifice. La forme architecturale, purement byzantine, présente dans le fond trois tribunes et au centre une coupole élancée qui domine les collatéraux. Ce sanctuaire de petite dimension n’a pas 12 mètres de largeur, mais il était autrefois complètement recouvert de fresques qui sont aujourd’hui fort dégradées, surtout dans le soubassement, et dont
Cil. XV.
RUSSIE