LADOGA
les restes nous offrent encore plusieurs images j de la sainte Vierge.
1° C’est d’abord au-dessus de l’entrée une zone qui occupait toute la largeur de l’église et dont le sujet de la peinture avait trait au jugement dernier; l’usage au moyen âge était de figurer cette scène en cet endroit, comme nous le prouvent par exemple les églises de Saint- Jean-de-Latran, de Torcello, etc. La ligure de Notre-Seigneur, au centre, nous fait défaut; mais on voit encore la sainte Vierge à sa droite au milieu du collège des apôtres. Elle est debout et lève les bras vers le Sauveur, ainsi que les Byzantins la supposent ordinairement. La robe est bleu clair, son manteau et le voile grenat foncé. Les apôtres assis sur un banc à dossier élevé tiennent des livres ouverts ; au-dessus, dans une arcature trilobée on aperçoit une troupe d’anges plus petits, qui sont munis de verges et de disques crucifères. Les croix de ces disques sont simples ou à deux ou trois branches avec les sigles : IC X2. (PL -CLl.)
2° Dans une autre partie de l’église on voit sainte Anne et saint Joachim, qui portent au temple un agneau comme offrande pour remercier Dieu de la naissance de la sainte Vierge ; sainte Anne est vêtue d’un manteau brun avec croix blanches sur le front et sur les épaules; des inscriptions en lettres slavonnes, au-dessus des personnages indiquentle sujet du tableau ; la fresque manque dans le bas1.
3° Plus loin nous remarquons une belle figure de femme d’un type bien archaïque, placée dans une grande arcade qui ne la laisse paraître qu’à mi-corps. Il est possible que l’auteur ail encore ici voulu représenter la vierge Marie. Son manteau, relevé sur la tête en manière de voile, est d’une belle couleur de pourpre et imite le
I. M. Julien Durand, si versé dans l’iconographie oyzantine, est d’avis que ce sujet rappelle les actions de grâces des parents de la sainte Vierge et les assimile aux bas-reliefs du ciborium de Saint-Marc, de Venise :
« Joachim et Anna — Mater Dei nascitur — Munera offeruntur in templo — Offertur sacrificium Deo pro beata proie recepta. »
velours ; il est brodé de croix blanches sur le front et les épaules, et de passementeries blanches sur ses bords. La physionomie est austère, les yeux fort grands, le nez long et effilé, la bouche petite, le visage ovale ; rien ne manque au signalement byzantin. — La tunique est grise avec manchettes jaunes et perlées, le nimbe jaune, le fond bleuâtre et cette inscription se lit en lettres slavonnes blanches : « sainte Marie 1 ».
4° Toutes ces peintures, que les fidèles dessins de M. Prokhoroff nous font si bien connaître, peuvent être rangées parmi les meilleures œuvres byzantines du xne siècle, mais elles sont surpassées par la composition et l’heureuse conservation des fresques de la coupole. Cette coupole n'a guère plus de 3m,5o de diamètre, elle s’élève au-dessus d’une rangée de fenêtres dont les trumeaux sont décorés par des figures de saints. Au sommet apparaît le Sauveur dans un disque glorieux que supportent huit anges, les bras levés et les ailes déployées ; au-dessous et dans toute la zone inférieure, comme dans les ascensions grecques, comme dans celle notamment de Thessalonique, on voit la sainte Vierge, les deux anges et les apôtres. La madone occupe une place éminente, elle est le centre vers lequel tous les saints dirigent leur attention, elle ne touche pas à la terre, elle est montée sur un riche escabeau qui en isole ses pieds. — Les peintres de fresques prodiguent moins les richesses aux vêtements de leurs personnages que les mosaïstes ; peut-être faut-il attribuer à cette habitude la simplicité de costume de la sainte Vierge à I Ladoga. Elle porte une tunique bleue où les plis sontàpeineindiqués, un manteau depourpre seulement agrémenté dans le bas de pendeloques blanches, des souliers rouges avec trois pois blancs. Elle lève les bras en orante, et retrousse par ce geste les draperies de son manteau; son nimbe est verdâtre. La figure entière, qui ne dépasse guère un mètre, vaudrait à elle seule le voyage pour l’aller visiter. (PI. CLI.)
i. Je dois dire que M. Durand doute que ce soit la sainte Vierge.
il ,
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