MOSCOU
brun comme le manteau. Les rubans qui bordent le manteau et le voile sont roses.
La robe du Sauveur est verte, et le manteau brun violacé qui le couvre presque entièrement est rose. Ajoutons que ces couleurs de fonds que nous venons de signaler sont toutes couvertes de hachures d’or, distribuées d’une manière assez raide, comme pour accuser les plis. On ne voit pas la moitié du fond. Les ornements d’or au bord du manteau qui retombe sur l’épaule droite sont fort élégants. Une étoile d’or très-ornementée se voit sur la tête et une autre sur l’épaule de la sainte Vierge. La manière de cette peinture rappelle celle de plusieurs manuscrits grecs du xie siècle, entre autres du n° 74 de la Bibl. nationale, auquel nous faisons de si nombreux emprunts.
(Pl. CXLIX ). — Madone de Novgorod (xnfi siècle). — Cette madone rentre dans le type de la Vierge Odigitrie qui soutient l’Enfant par une force divine sans le secours naturel de ses bras. Le Sauveur brille au milieu de sa poitrine comme une eucharistie dont les voiles seraient déchirés. Les Byzantins se sont longtemps emparés de cette idée pour la reproduire sur leurs monnaies.
On ne voit de la peinture que les carnations qui supposent chez l’auteur de ce tableau un véritable talent, par la pureté et la finesse de leur dessin; tout le reste est recouvert d’arabesques en perles d’une délicatesse merveilleuse et qui dessinent les divers plis des draperies. Nous ignorons à quelle époque ces riches ornements ont été rapportés.
Cette madone a été reproduite dans un mémoire russe que M. Al. MartinofF a rédigé à son sujet ; nous en extrayons les passages suivants que les RR. PP. polonais de la Résurrection ont j bien voulu nous traduire : j La description du Snamenskoi, monastèrede Moscou, raconte l'histoire de ce monastère et de son image miraculeuse, laquelle, dit l’auteur, M. Sergoi, remonte au xne siècle. D’après les anciennes chroniques, ce tableau se trouva d’abord dans le monastère
de Notre-Seigneur d’Ilija, à Novgorod, où il acquit une grande renommée par un miracle opéré pendant le siège de 1150. Trois ans auparavant on avait vu pleurer la sainte Vierge, ou plutôt ses images vénérées, en trois églises différentes de Novgorod. La veille de l’assaut que les Novgorodiens eurent à soutenir, l’archevêque Jean, connu par sa piété, adressa de ferventes prières à la sainte Vierge d’Ilija, à la suite desquelles il reçut comme réponse l’ordre d’exposer l’image sur le mur dé la forteresse. Mais divers clercs, envoyés par lui à cet effet, n’ayant pu vaincre la résistance miraculeuse opposée par l’image à leurs tentatives, l’archevêque 1 ui— même, avec une grande foule de prêtres et de fidèles, se porta sur les lieux. Après beaucoup de prières et de cantiques, l’image se laissa enfin emporter et parut entourée d’une lumière éclatante. A peine placée sur le mur, elle fut frappée d’un projectile qui la tourna du côté de la ville, comme si la Providence avait voulu montrer ainsi aux habitants les larmes que la Vierge versait pour eux. L’archevêque, à genoux, ramassa les larmes tombant sur sa tunique, et au même instant d’épaisses ténèbres couvrirent les environs de la ville et forcèrent les ennemis à lever le siège. La sainte Vierge, non contente de cette délivrance, réconcilia encore la ville avec le duc Boholubski et donna pour souverain au peuple de Novgorod le Ruvikove Rustisland.
« Des deux côtés de l'image on peignit les deux personnages mêlés aces événements : l’archevêque Jean et le duc Boholubski, le premier à droite, le second à gauche.
« L’image en question est une des plus anciennes de la Russie, on n’en connaît que quatre d’une date plus reculée : la Vladimirskaja Rostovkaja, la Eliokaja de l’an 1060, la Piekarskaja au couvent de Fiojickoje à Kiev de l’an 1085, et enfin la Boholubs&eja de 1159. Depuis la délivrance de Novgorod, le culte de l image s’accroît sans cesse au point de faire oublier les quatre autres.
a En 1595 le premier patriarche de Moscou, Job, couronna sa mitre, à la place de la croix,
SANCTUAIRES ET IMAGES
d’une petite image de la Vierge miraculeuse avec cette inscription : C’est en vous, o Mère de Dieu , que j'ai mis toute mon espérance ; gardesmoi dans votre sanctuaire.
a D’après les ordres du czar Feodor Idanocoitsch, l'image fut transportée de Novgorod à Moscou en 155)6. Là, exposée à la vénération publique, elle a été successivement embellie et enrichie par les empereurs et les impératrices, toujours au monastère Snamenskoi, où on la garde jusqu’à présent sous le nom de la Vierge de Novgorod. »
(PL CXLIX.) — Les Russes vénèrent sous le titre de Madone de l’Apparition une Vierge dont le type peut se rapprocher de celle que nous étudions ; on y retrouve la même pose, les mains en orante, l’enfant Jésus devant la poitrine de sa mère est soutenu par une force invisible.