‹ La Sainte ViergeChapitre 1136 sur 1187 · SAINT-GEORGES · texte numérisé non relu

SAINT-GEORGES

(PI. CLI1.) — On sait combien les statues, les bas-reliefs sont rares en Orient, circonstance qu’on attribue d’abord à l’hérésie des iconoclastes et à son horreur spéciale pour la sculpture, ensuite au désir de ne pas les heurter trop violemment dans leurs préjugés. L’habitude resta aux artistes chrétiens de peindre plutôt que de sculpter. Pour trouver des monuments de la sainte Vierge en marbre, il faut donc remonter au delà de Léon l’Isaurien. Thessalonique a le privilège d’en posséder un de ce genre, que M. P. Durand a dessiné et qu’il nous assure être un objet presque unique en Orient 1.

Cette Madone, que nous reproduisons d’après son dessin, se trouve sur la face principale d’un

i. Heusey, Voyage en Macédoine .

Texier, Architecture hy?antine} p. 147.

Egger 3 Rapport, fait au nom de la commission de l'école française d’Athènes } 1874.

Bayet, Archives des missions scientifiques , vol. III.

ambon de Thessalonique. Les bas-reliefs sont très-mutilés. A gauche, sur le retour, on voit les mages qui accourent avec leurs présents. La Madone est assise sur un trône à dossier circulaire ; elle pose la main droite sur l’épaule de l’Enfant, qu’elle retient de la gauche; elle n'est pas nimbée, mais voilée. Elle est chaussée et met les pieds sur un escabeau. Les plis de ses vêtements, autant que la mauvaise conservation du marbre permet de juger, paraissent lourds et empâtés. L’Enfant est nimbé ; il semble bénir de la main droite et ramène de l’autre main les plis de son manteau.

Nous ne pouvons établir l’âge de ce monument que par une étude comparative, puisqu’il ne porte aucune date sur lui-même. Nous pensons qu’il remonte au ye ou VIe siècle, et nous établissons cette présomption sur les observations suivantes : l’Enfant porte un nimbe, au lieu que la Madone en est dépourvue, et cette différence nous reporte aux mosaïques de Sainte-Marie- Majeure ou au tombeau de l’exarque de Ravenne (ve ou vie siècle). Les rideaux au fond des niches décorées de coquilles nous rapprochent des mosaïques de Saint-Apollinaire de Ravenne; le vase duquel s’élance une gerbe de rinceaux rappelle le tombeau de Galla Placidia, à Milan ; les feuillages aigus des frises trouveraient leur analogie dans les sculptures de Saint-Vital. M. Bayet, qui a fait de ce monument une description très-consciencieuse, semble le reporter plus haut; mais, outre les observations qu’on vient de lire, le style déjà byzantin nous offre une preuve qui me semble péremptoire, car je ne crois pas qu’avant le Ve siècle son influence se soit si clairement manifestée.

Nous remarquerons que les figures sont beaucoup plus frustes que les feuillages, ce qui donnerait lieu de croire qu’elles furent mutilées sous Léon flsaurien.

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