‹ La Sainte ViergeChapitre 1159 sur 1187 · Milochau, page · texte numérisé non relu

Milochau, page

lorsque la grotte elle-même ne tient pas lieu de muraille du quatrième côté. Cette pièce principale peut se partager en plusieurs autres, selon le besoin de la famille, par des nattes fines de roseau qui tombent de la toiture. Le lit se compose d’une natte recouverte d’un tapis grossier avec un ou deux matelas et un oreiller. Les grottes servent de cellier ; on y amasse les meubles et les objets d’un volume plus embarrassant. Si la famille possède un cheval, un âne, une vache, un chameau, des poules, elle les enferme dans une seconde grotte qui communique avec la voie publique par une issue secondaire doit lui viennent, au besoin, lorsque la fenêtre est insuffisante, l’air et la lumière. Les familles pauvres n’ont, le plus souvent, d’autre habitation que la grotte elle-même. Elles en ferment l’ouverture par un mur dans lequel elles ménagent une porte et y vivent pêle-mêle avec leurs bestiaux1.

On peut par l'imagination se transporter au temps de la sainte Vierge et repeupler la sainte demeure, car les usages et les coutumes ne pair. Milochau, p. 138.

M. Guérin, que nous consultions relativement à l’église de Nazareth, nous a donné les renseignements suivants. L’église de l’Annonciation, détruite par les Turcs, fut réparée en 1730, ou pour mieux dire refaite jusque dans ses fondements. Les nouveaux constructeurs se sont absolument rendus indépendants de l’ancien édifice : ils ont enlevé au sanctuaire son orientation à laquelle, en Palestine, les chrétiens ont toujours été fidèles, et qui est une preuve d’ancienneté. Or, dans ces travaux de restauration, la chapelle souterraine elle-même a perdu son orientation, et de plus les niveaux ont été modifiés.

Pour y parvenir, on descend quinze marches, on pénètre dans une première chapelle et on entre dans celle de l’Annonciation, qui n’a plus sa direction primitive. De là, par un petit escalier moderne, on arrive à la chapelle de Saint-Joseph et, plus loin, dans une salle dite — je ne sais pourquoi — cuisine de la sainte Vierge, dont une partie est taillée dans le roc. On voit facilement que cette cavité a été faite de main d’homme. C’est contre ce rocher qu’était appliquée la célèbre maison, circonstance assez fréquente encore à Nazareth, oit Ton voit de nombreuses demeures ainsi disposées. Les habitants commencent par creuser, dans la colline de pierre calcaire., une grotte dont on fait un cellier, un magasin, voire même un logement, où. ils bâtissent sur le devant une maison qui cache la grotte artificielle.

raissent pas changés. A Nazareth les hommes comme les anciens Hébreux portent de longues tuniques attachées aux reins avec une ceinture de cuir et sur les épaules un manteau d’un tissu plus ou moins léger suivant la saison et boutonné par devant ; ils marchent nu-pieds ou tout au plus avec une simple semelle de peau. Les femmes ont une longue robe en forme de sac avec des manches larges aux épaules et rétrécies vers le poignet. Elles se ceignent les reins avec une ceinture d’étoffe; leurs cheveux sont noués en longues tresses qui tombent sur les épaules; une mante' légère couvre le sommet de la tète, qui descend jusqu'à la taille et tantôt se replie en avant pour les envelopper tout entières et tantôt retombe sur les épaules. Le type même des hommes et surtout des femmes chrétiennes, dans cet heureux pays, ne ressemble pas à celui des autres habitants de la Palestine, mais beaucoup au type grec.

Un peintre qui verrait, dans une église, les jeunes hiles de Nazareth, dévotement posées, aux blonds cheveux, à la carnation colorée et un peu brune, à l’œil ouvert, au galbe du visage d’un ovale parfait et vêtues comme nous venons de le dire, trouverait à son aise des modèles assez convenables pour représenter la sainte image de la Vierge de Nazareth, bénie entre toutes les femmes 1.

L’état de l’habitation de la sainte Vierge, à Nazareth, était encore au commencement du xiii1' siècle comme nous venons de le décrire, lorsqu’on 1291 Séraf, sultan d’Égypte, s’étant emparé de la terre sainte, ruina les villes, renversa les églises et chassa tous les chrétiens de la Palestine. Alors la maison de la sainte Vierge, au moins la partie construite devant les grottes, disparaît, les fondements seuls restent en place et, le io mai 1291, la maison elle-même, transportée par les anges, arrive à Raunizza, près de Tersatz, en Dalmatie, à 800 lieues de Nazareth 2. Le matin, au sommet d’une colline qui s’incline

doucement vers la mer, on voit une maison qui n’y était pas auparavant; l’intérieur est celui d’une pauvre habitation changée en église. Les murs sont couverts de peintures qui représentent la sainte Vierge entourée de plusieurs saints. Un autel de pierre est adossé à la muraille opposée à l’entrée, et porte une statue de la sainte Vierge.

A, croisée. — B, cheminée. — D, ancienne porte. E, longrines de bois.

Un miracle guérit 1 évêque Alexandre et montre à tous quelle est la sainteté de ce lieu et dit son origine. Frangipani, alors gouverneur de ces provinces, envoie quatre notables de la ville à Nazareth, qui font une enquête et constatent l’identité de la maison apportée par les anges en Dalmatie1.

Quatre années ne s’étaient pas écoulées et la sainte maison quittait cette colline et passait

1 Bartholini, page 27.

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