‹ La Sainte ViergeChapitre 1164 sur 1187 · PALESTINE. — NAZARETH · texte numérisé non relu

PALESTINE. — NAZARETH

Laissons, du reste, la confrontation des mesures ; qu’il nous suffise de savoir qu’en avant des grottes de Nazareth il y avait place pour la maison de Lorette, et prenons une objection bien plus grave et qui paraissait décisive. La maison à Lorette est, croyait-on, construite en brique, et la brique est inconnue en Palestine. Voilà ce qui donne un examen superficiel ; il était donné à un savant auteur, actuellement cardinal, à M^1' Bartolini, de répondre à l’objection en se plaçant sur le terrain de ses contradicteurs :

«-On extrait, aux environs de Nazareth, une pierre appelée jabes et que Son Eminence a confiée à un géologue habile pour la comparer à des échantillons pris à Lorette... Le savant a répondu que ces pierres étaient identiques. On les trouve à différentes hauteurs de banc et quelques-unes ont l’épaisseur des briques de Rome. Non content de cet examen, Monseigneur fit faire une analyse par un professeur de chimie à la Sapien^a, sans lui dire l’origine des échantillons qu'il lui confiait, et il obtint une réponse identique sur les deux pierres, sauf de très-petites différences tout accidentelles1.

Cet examen a porté sur les mortiers euxmêmes. On sait que les Nazaréens, plus que tous les autres habitants de la Palestine, vivent de tradition. Or voici comment ils font actuellement leur mortier : ils réduisent en poudre la pierre de Nahari la plus tendre, ils y mettent de la chaux, de la cendre et du charbon pilé, et si

i. Bartholini, page 75.

M. Guérin a eu la bonté de nous fournir quelques renseignements sur ces constructions : on creuse faci- ! lement la roche de Nazareth ; elle fournit une pierre blanche si friable qu’elle blanchit le doigt au tou- ; cher, mais elle durcit avec le temps. M. Guérin la compare à notre tuffeau des bords de la Loire ; les Na- j zaréens s’en servent en moellonnage, elle peut s’employer aussi en grandes assises ; ainsi, en fouillant dans | le jardin des Pères, on a retrouvé les trois absides de j l’église antérieures aux croisades et on a remarqué qu elles | étaient bâties en larges pierres de taille. Ces matériaux^ qui joignent à la facilité de la mise en œuvre la beauté du grain et de la couleur, excluent tout à fait à Nazareth 1 l’emploi de la brique ; aussi la construction de la Casa- | Santa en brique eut-elle offert une difficulté ; mais au [ contraire nous y retrouvons les mêmes pierres. j

le maître de la construction est assez riche, il ajoute un peu d'asphalte que l’on peut avoir facilement au bord de la mer Morte. Ils mêlent le tout avec de l’eau et en font une espèce de pâte qu’ils placent sur les pierres pour former les assises.

Ils font les enduits avec ce même mortier, auquel ils ajoutent de la menue paille hachée. Ce mortier, avec le temps, au contact de l'air, acquiert une solidité incroyable. Les anciens Hébreux composaient de même leur mortier, ainsi qu’on le voit dans les livres saints.

A Notre-Dame de Lorette on ne pouvait prendre du mortier sur les murs; tout le bas à hauteur d’homme a été pieusement dégradé par les pèlerins et remplacé par des enduits neufs, et le haut est couvert de peinture ; mais on a trouvé dans une armoire fermée du mortier composé de chaux et de petits morceaux de charbon végétal. On n’y voit pas de paille, parce que ce n’était pas un enduit. Mais où trouve-t-on du charbon ou de la cendre dans un mortier, en Italie, où le sol abonde en matières volcaniques propres à former le meilleur mortier du monde1?

La sanction la plus éclatante a été donnée par les papes à ces transports miraculeux. Jules II rappelle les bulles de ses prédécesseurs et ajoute que cette maison, suivant la renommée et une pieuse croyance, est la chambre oii la bienheureuse Vierge a été conçue, élevée, saluée par l’ange, où elle a conçu le Sauveur des hommes.

Léon X imita l’exemple de ses prédécesseurs en rappelant leur sentiment religieux sur le caractère du sanctuaire, et lui prodigua toutes les faveurs dont il disposait.

Ces bulles, il est vrai, ne portent pas sur ce fait un jugement solennel qui exige de tous les fidèles une complète adhésion, mais elles sont un grand poids en faveur de la pieuse tradition qui place à Lorette la maison de Notre-Dame2.

La Madone. — Nous avons vu qu’une statue

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