‹ La Sainte ViergeChapitre 226 sur 1187 · SICILE · texte numérisé non relu

SICILE

pure des Vierges ; ce qu’il y a de certain c’est que le souverain Pontife, pour déraciner quelques superstitions qui duraient encore dans la ville de Trapani, lui envoya une très-belle statue de la mère de Dieu tenant son divin fils dans ses bras et qui est actuellement dans l’église Majeure ; on l’appelle Madone-de-l’Étoile; parce qu’une étoile est gravée sur la partie de son manteau qui lui couvre le front.

La ville d’Enna, aujourd’hui Castrogiovanni, possédait un temple de Cérès dont on voit encore les ruines au levant de la montagne. Les nouveaux fidèles lui opposèrent un sanctuaire dédié à celle qui a donné au monde le mystique froment; cependant la superstition ne fut pas encore détruite, et l’image de Cérès figurait encore sur les enseignes de la ville couronnée d’épis de blé. Les ruines du temple antique ébranlaient la foi dans ceux où elle n’était pas encore bien affermie, et ils célébraient au mois de juillet la fête de Cérès. Pour la faire oublier, le clergé et les magistrats de la ville, devenus chrétiens, instituèrent au 2 juillet une fête solennelle avec procession en l’honneur de la nouvelle Cérès. On portait dans cette procession la statue de la sainte Vierge, de l’église Majeure à l’église de Porto-Salvo située à l’autre extrémité de la ville. On substitua l’image de la Vierge à celle de Cérès et on effaça ainsi les dernières traces de l’idolâtrie.

Le nombre des chrétiens croissant, celui des églises dédiées à la sainte Vierge s’accroissait également; une des plus belles fut élevée à Syracuse, en l’honneur de la Reine des cieux, par Bélisaire, noble et riche chevalier, et solennellement consacrée par Euxius, évêque , en l’an 200 de l’ère chrétienne. En 238 Publicus, un des premiers citoyens de la ville de Lentini, éleva un temple à la sainte Vierge près d’une rivière qu’on appelait alors Assia, assez loin de la ville, et s’y retira lors de la persécution de Maxime. Dans le même lieu, vers l’an 260, sainte Thècle appartenant à une famille illustre transforma un temple d’idoles placé au milieu de la ville en une église dédiée à la sainte Vierge.

A Syracuse, en 690, Théodore, second évêque de la ville, érigea une église à la sainte Vierge, sur le modèle de celle que l’impératrice Pulcherie lui avait élevée à Constantinople.

On peut juger, par ce que nous venons de dire, quelle a été l’influence de la sainte Vierge pour déraciner le culte des faux dieux. Malheureusement les guerres et les désastres auxquels la Sicile fut si souvent en proie en ont détruit le souvenir particulier, quoi qu’il soit certain, dès l’origine du christianisme, que beaucoup d’églises furent dédiées à la sainte Vierge. Le moine Nil, dans sa Vie de saint Philarète, dont le manuscrit se conserve dans la bibliothèque de Saint- Sauveur à Messine, constate qu’il y a beaucoup de temples sous le vocable des saints et que les plus beaux sont sous celui de la sainte Vierge.

En 715, Catane possédait une célèbre église de la sainte Vierge dont on parle dans la Vie de saint Léon, évêque de cette ville.

A Girgenti, en 510, une église et un beau monastère furent fondés en l’honneur de la sainte Vierge, ainsi qu’on le voit dans la Vie de saint Grégoire, évêque de Girgenti. Nous nous bornons à rappeler les églises dédiées à la sainte Vierge dans les temps les plus anciens, car il serait impossible de dire les églises et les sanctuaires où elle a été honorée. Y a-t-il une ville, un château, un bourg, une montagne, une vallée, un pont, un bois ou une campagne où l’on ne trouve une église, un autel ou enfin une peinture de la Vierge? Camerino, Segeste, Triocala, Alésa étaient en Sicile de nobles et antiques cités ; elles gisent sous la poussière de leurs propres ruines, mais les sanctuaires de la sainte Vierge ont survécu. Il est vrai que, pendant les deux cents ans de la domination des Sarrasins, beaucoup furent détruits ; mais alors même les fidèles, pour soustraire aux barbares les images, statues et peintures de la sainte Vierge, les cachèrent dans des grottes ou d’autres lieux sous terre; c’est probablement une de ces statues que sur la révélation de la sainte Vierge elle-même on trouva dans la ville de Marsala une statue dite Santa-Maria-della-Cava. De même un tableau

SANCTUAIRES ET IMAGES

peint, représentant le transita de la Vierge, lut découvert dans une profonde grotte de Gibilrossa, voisine de Païenne, au-dessus de laquelle existait une belle église détruite par les Sarrasins. On ne doute pas que la sainte Vierge, émue delà piété des Siciliens, n’ait suscité, pour chasser les barbares, le comte Roger, qui portait sur son étendard de guerre l’image de la glorieuse mère du Dieu des armées. Les Siciliens, voulant exprimer à leur puissante protectrice leur reconnaissance pour les avoir délivrés de la servitude, lui élevèrent après la victoire un nombre intini d’églises, telles que les cathédrales de Messine, Syracuse, Catane, Monreale, qu’ils dotèrent magnifiquement, et une foule d’autres non moins somptueuses. Lorsque les anciens siciliens apprenaient que la sainte Vierge était vénérée sous quelque titre, ils lui élevaient un sanctuaire sous ce vocable. C est ainsi qu’ils eurent leur église de Blaquernes, à l’imitation de celle élevée à Constantinople par Pulchérie, — l’église de Jérusalem, — celles de Sainte-Marie-Majeure à Rome,— de Loretta de Monserrat, donnèrent lieu à leurs copies en Sicile1.

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