‹ La Sainte ViergeChapitre 38 sur 1187 · Anasl.y · texte numérisé non relu

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un autre avec une bordure de chrysoclave et une profusion de perles; un devant d'autel en argent doré du poids de 86 livres; une couronne d’argent. Le saint pape avait fait un ciborium élevé sur quatre colonnes d’argent doré du poids de 2,702 livres pour Saint-Pierre, il l’en retira, l’attribua à Sainte-Marie-Majeure et y ajouta une croix d’argent. Il donna encore douze couronnes d’argent ornées de dauphins; enfin un nombre considérable de vases précieux et d’étoffes magnifiques.

Le pape Pascal rivalisa de munificence avec ses prédécesseurs. Il donna quarante-deux grands calices d’argent, quatre couronnes, deux ciboires, une image de la sainte Vierge de vermeil; des vases d’or, quatre colonnes et un arc, une quantité de voiles de soie, de pourpre et d’or.

Grégoire IV (827 4- 844) offrit à la basilique un parement tissu d'or avec la Nativité, le Baptême, la Présentation et la Résurrection, et en tête de ces sujets trois cent quatre-vingts pierres blanches, cinquante hyacinthes, etc.

Sergius II (8444- 847) décora la chapelle de la crèche de tables d’argent doré avec l’histoire de la sainte Vierge.

Léon IV , si dévot envers la sainte Vierge, n’oublia pas Sainte -Marie -Majeure dans la fameuse procession qui sauva Rome du basilic.

Benoît III (855 4- 858) donna à l’église une magnifique couronne d’or; il restaura le baptistère détruit depuis longtemps.

Adrien II voyant que les lampes de Sainte- Marie-Majeure étaient devenues insuffisantes pour les veilles, y plaça de nouveaux luminaires d'argent qu’on devait allumer aux vigiles.

Un souvenir non moins intéressant qu’imporportant se rattache dans la basilique au xe siècle.

L’empereur saint Henri (972 + 1024) y priait

CH. II. — ROME. — SAINTE-MARIE-MAJEURE

la nuit lorsqu’il vit le Christ revêtu d’habits pontificaux, comme pour célébrer la messe, et suivi des saints Laurent et Vincent ; puis venaient la sainte Vierge et une multitude de vierges et d’anges. Après l’Évangile, un ange présenta un livre à baiser au Christ et à la sainte Vierge qui fit signe de le présenter aussi à Henri1.

Madone de Saint-Luc. (PL LXXXVI.) — Après avoir recueilli ces souvenirs de la plus sainte église que la chrétienté ait élevée à la mère de Dieu, allons vénérer la célèbre image qu’elle possède depuis tant de siècles, et rappelons ses traditions et les opinions qui se produisirent devant elle. Dans cette visite, nous la décrirons, nous dirons quelques mots de son histoire, nous donnerons un coup d’œil général aux images de Marie, nous étudierons son authenticité en rapportant les raisons de ceux qui en attribuent la peinture à saint Luc; celles qu’on présente dans le sentiment opposé; enfin nous exposerons humblement l’opinion qui nous semble la plus acceptable.

i° Description de la sainte image. — Audessus de l’autel principal de la chapelle Borghèse, on vénère cette admirable madone ordinairement cachée; nous avons pu l'aborder derrière les volets en y arrivant par d’étroits corridors, vrais labyrinthes pratiqués dans l'intérieur des murailles et qui conduisent à la petite chambre gardienne de ce trésor. Le tableau a om,75 sur im,4o; il est couvert d’une riche garniture qui ne laisse visibles que les deux tètes et la main droite de l’enfant Jésus.

La sainte Vierge, debout, porte son fils sur le bras gauche. Sa figure est d’une rare beauté et l’ovale d’une pureté irréprochable. Ses yeux, admirablement dessinés, sont surmontés d’une paupière supérieure très-élevée, qui forment un léger pli au milieu, ses pupilles un peu

i. Sum. aurea , lit, 1044.

tournées vers la droite dans un sens opposé à l’enfant; l’ombre, à gauche du nez, paraît plus prononcée que dans les autres peintures byzantines. Les sourcils se relèvent un peu aux angles; le menton, assez haut, porte ombre sur le cou. La bouche est d’un dessin élégant; elle présente, comme caractère principal, des coins fortement accusés qui s’effilent par le bas à la manière orientale. La ligne du cou se marie gracieusement avec le pli tombant du voile qui encadre à merveille le visage. L’expression delà tète est pleine de dignité et de fierté ; chaque partie de cette peinture fait s’écrier : « C’est un chef-d’œuvre, un chef-d’œuvre digne de Raphaël, et certainement un des plus remarquables de Rome. »

La tête de Jésus se voit plus difficilement et, pour ce motif, sans doute, nous a moins charmé que celle de la sainte Vierge. L’œil droit se distingue à peine, les cheveux ne présentent aucun détail; la main bénissante est d’une teinte rouge et fort dégradée. Le ton général de la peinture est très-foncé.

20 Souvenirs historiques. — De toutes les images de Rome, celle de Sainte-Marie-Majeure réunit les plus grands hommages des papes, des souverains et des populations. Dans les temps de calamité on la transportait processionnellement pour obtenir la cessation du fléau; une de ces plus remarquables processions signala le règne de saint Grégoire (vne siècle). Une peste affreuse désolait alors la ville. Le saint pape ordonna une procession dans l’église de la trèssainte Vierge pendant trois jours et dans un ordre qu'il prit soin de régler lui-mème ; toutle peuple, divisé en sept processions, devait se rassembler dans sept églises différentes pour venir ensuite se réunir à Sainte-Marie-Majeure. Enfin le troisième jour le saint pape prit lui-même la précieuse image de la mère de Dieu et avec ce trésor se mêla aux rangs de la procession. On vit alors, dit la tradition *, au sommet du mausolée d’Adrien,

1. Nous avons vu que la même tradition s’applique à l’image de saint Sixte,

SANCTUAIRES ET IMAGES

un ange remettre son épée au fourreau pour indiquer que la divine justice était apaisée. Saint Grégoire, très-dévot envers sa bienfaitrice, en envoya une image en Espagne dans l’église delà Guadalupe1 2.

Au xiie siècle le peuple, par une superstition indigne, croyait que l’esprit de la sainte Vierge résidait dans ce portrait peint de la main de saint Luc, et le pape Innocent III (i 198 -p 1216) fut obligé de combattre publiquement cette erreur.

Le premier autorisé par le pape à prendre copie de cette belle madone fut saint François Borgia, troisième général de la société de Jésus; il envoya une des reproductions aux novices de la société à Brunn; une autre fut donnée à la maison professe de Prague et se signala par un miracle. Un jeune novice, voyant tout à coup sa main se dessécher et forcé pour cette raison de quitter l’ordre, pria si ardemment devant l’image que sa main lui fut rendue3.

Jusqu’au commencement du xviT siècle, la sainte image reposa toujours dans le ciboire ou baldaquin de marbre que lui avait consacré le sénat et le peuple romain. Paul V lui érigea alors une chapelle spéciale comme Sixte V l’avait fait pour la crèche du Sauveur; pour la protéger, il la couvrit de lames d’argent qui ne laissent que la tête visible sous une double glace. Au mois d'août 1860, elle fut descendue de son autel pour être portée processionnellement et exposée dans l’église du Jésus. Sa vue suffit pour faire répudier aux savants de nos jours les énormités avancées par ceux du siècle dernier. La commission chargée alors de l’examiner n’a pas osé la reporter aux temps apostoliques, quoiqu’on ait prétendu qu’elle avait été peinte par saint Luc, à Rome, dans la maison de saint Paul, sur l’emplacement de Sainte-Marie-in-via-

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