Pertz, 328, Annales Metteuses
742. Hunaldus, dux Aquitaniæ, Ligerim transiens, cum manu valida ad Carnotis urbem perveniens, ipsa civitate dirutâ igné eam cremavit cum ecclesia episcopali quæ in honoreS. Dei genet. Mariæ consecrata fuerat.
Plusieurs églises remplacèrent la première avec plus de magnificence et furent la proie des flammes. En 1020, Fulbert, un des plus grands évêques qui aient gouverné le diocèse de Chartres, joignant à une science profonde une dévotion particulière à Marie, conçut la pensée d’élever un de ces monuments qui étonnent les siècles par leur grandeur et leur majesté. Il fut admirablement secondé par la foi des populations qui s’empressèrent d’apporter à l’évêque leur argent, des vivres pour les ouvriers et leurs propres bras pour concourir à une œuvre si méritoire. On ne peut lire sans attendrissement les récits merveilleux des contemporains racontant la foi de tous ces hommes, de ces femmes les plus délicates, mettant eux-mêmes la main à l’œuvre pour l’édification de l'admirable basilique.
Fulbert, étant tombé malade de la maladie du feu sacré qui lui dévorait la langue avec d’atroces douleurs, il vit une nuit, venir à lui une dame, pleine de majesté et de beauté, accompagnée d’une suite céleste et d'un grand appareil ; elle lui répandit sur la langue quelques gouttes de son lait qui le guérirent aussitôt, ses joues mêmes en reçurent, et le saint prélat s’étant essuyé avec des linges précieux, il les laissa comme reliques à son église et comme souvenir du miracle opéré en sa faveur h
L’église de Chartres, une des gloires de notre France artistique, attire cependant moins les populations que Notre-Dame-de-Sous-Terre ou sa statue druidique, Notre-Dame-du-Pilier et le voile de la sainte Vierge. La première était une madone assise, tenant son fils sur ses genoux. L'enfant Jésus de sa main droite donnait la bénédiction et de la gauche portait le globe du monde. Son visage, ses pieds et ses mains étaient d’un noir d'ébène brillant. La Vierge avait, par-dessus sa robe, un manteau, en forme de dalmatique qui, se relevant aux bras, semblait arrondi par le devant sur les genoux.
t. P. Sausseret, 145.
SANCTUAIRES ET IMAGES
Le voile jaune, qui lui couvrait la tête et les épaules, retombait sur le dos. Le visage était ovale et noir comme celui de l’Enfant, sa couronne toute simple, garnie par le haut de fleurons en forme de feuilles d’ache ; la statue avait o',',78 de hauteur. La madone portait un fruit de la main gauche, elle était peinte et dorée. L’inventaire de 1682 disait encore : « L’Enfant a la tête nue et les pieds aussi. Il n’a qu’une simple tunique dont il est revêtu. Il tient une boule dans sa main gauche et donne la bénédiction de la droite. Ses yeux sont ouverts au lieu que ceux de sa mère sont fermés, ce qui n’a pas été fait sans dessein, car les anciens philosophes n’ont représenté cette mère Vierge avec les yeux fermés que pour marquer que celle qu’ils honoraient sous cette figure n’était pas encore au monde; tandis qu'ils ont ouvert les yeux de son enfant pour faire connaître qu’ils le croyaient existant avant tous les siècles et de toute éternité... Aujourd'hui le visage est rempli de mastic en plusieurs endroits et particulièrement aux joues qui sont toutes cavées et creusées à force d’y avoir présenté des chapelets au bout de crochets de fer » L
A chacun des désastres qui, dans les anciens siècles, entraînèrent, à plusieurs reprises, la ruine de la cathédrale, les habitants de la cité, après l’avoir retirée de son sanctuaire pour la soustraire au danger, l’y rapportaient aussitôt que le péril était passé. Dans les diverses constructions qui se succédèrent jusqu’à l’église de Fulbert, on ménagea toujours, sur l’emplacement de la grotte mystérieuse, une chapelle souterraine où la Vierge druidique fut chaque fois religieusement placée. Ainsi fut honorée Notre- Dame-de-Sous-Terre, jusqu’aux jours néfastes de la Révolution française. La statue, tant de fois séculaire, fut renversée, couverte d’outrages et livrée aux flammes devant la porte même du
1. Magasin pittoresque, 1854-64. — Souchet, Histoire de la ville et de l’église de Chartres. — Pintard, Histoire chronologique de la ville de Chartres. — Hérisson, Histoire de la translation des reliques de saint Piat.
temple magnifique que lui avait élevé la piété des anciens âges.
Je ne sais rien de plus touchant que le sanctuaire de cette madone, si longtemps livré à l’oubli et que la piété de MM. Durand et Richard ont rendu depuis peu d’années aux fidèles. La statue Virgini pariturœ , détruite par la Révolution, avait laissé la chapelle dépouillée et négligée; pendant longtemps on y jetait par les fenêtres les immondices de la ville. Un jour, M. l’abbé Richard vint trouver M. Paul Durand et lui conseilla de suggérer à Msr l’évêque de Chartres l’idée de rétablir un autel en ce lieu vénéré durant tant de siècles. M. Durand avait le même désir et, grâce à leur initiative, un modeste autel fut relevé. L’inauguration de la nouvelle statue eut lieu le 15 septembre 1857, par les mains de NN. SS. les évêques de Chartres et de Poitiers I. La piété des fidèles reprit le chemin qu’avaient connu leurs pères, les prières et de larges offrandes y abondèrent de nouveau. Bientôt la richesse2 fut assez grande pour permettre, par les soins de M. Durand, découvrir la chapelle d’une magnifique décoration de peinture, où l’agrément de la forme n’a pas empêché la pensée symbolique de se produire. Aujourd’hui , cent lampes , images des prières continuelles des âmes dévotes à Marie, brûlent jour et nuit devant la statue, fac-similé de l’antique madone. Derrière cette statue s’élève une cloison qui n’existe que depuis le xive siècle.
La copie de la madone nous paraît manquer du caractère archaïque qu’on pouvait attendre. Il vaut mieux, pour nos études, revenir aux anciennes gravures sur bois, à la petite statuette en émail que l’on conserve dans un couvent de Chartres et qui remonte à Henri IV ou à une médaille d’argent que nous donnons. (PL CXXII.)
Une statue, moins antique que la statue druidique, mais cependant honorée depuis quatre