Ibid
SANCTUAIRES ET IMAGES
images n est pas de 1 invention des peintres, mais résulte de la tradition et de la législation de l'Église catholique; cette tradition n’appartient pas au peintre, l’art, l’art seulement est de lui, mais l’ordonnance et les dispositions générales appartiennent aux saints Pères. » Jl en fut ainsi jusqu’à la hn du xive siècle.
Le concile de Trente, au sujet des images, nous enseigne qu’on ne doit révérer dans les images aucune divinité ou vertu; qu’on ne peut leur demander aucune grâce, et qu’il n'est pas permis d’y attacher sa confiance, comme le faisaient autrefois les païens devant les idoles. Notre foi doit se borner à penser que l’honneur et la vénération qu’on leur rend se rapportent aux originaux qu’elles représentent. Rien n’empêche cependant que l’on appelle miraculeuses certaines images de Jésus-Christ et de la sainte Vierge, à cause des guérisons surnaturelles ou d'autres prodiges qu’il a plu à Dieu d’opérer en faveur de ceux qui implorent assistance devant elles.
On peut assurer que, dans l’antiquité ou dans les temps modernes, aucune image n’a été reproduite avec une profusion comparable à celle qui a répandu dans le monde le groupe de la madone. Sur les autels du moindre village, dans les rues, dans les carrefours, les oratoires privés, les boutiques des marchands; dans les gravures populaires, sur les étendards militaires, les monnaies, etc., nous retrouvons partout et toujours cette scène touchante de Marie serrant le Sauveur dans ses bras. Mais on peut dire que le tableau de Sainte-Marie-Majeure nous la montre sous des traits inimitables; on peut l’appeler la reine des Madones.
4° La Madone de Sainte-Marie -Majeure estelle de saint Luc?
Avant de chercher la réponse à cette question, nous devons nous en adresser une seconde, et nous demander si réellement saint Luc a été peintre. Pour 1 éclaircir , nous rapporterons d’abord les témoignages de ceux qui le croient, et
nous exposerons ensuite les objections qu’on élève contre cette tradition.
Opinions affirmatives. — Les auteurs favorables sont :
i° S. Germanus (721), ( apud Damascenum, QAct. S. Stephani) ;
20 Théodore le Lecteur (lib. Collectaneorum) ;
3" Nicéphore Calixte (806) (liv. XIII, 14);
4" Saint Théodore (806) [Ribadeneira, II, 146) ;
5° Simon Métaphraste (904);
6° Saint Épiphane (935) ;
70 Michel Glycas (1120);
8° Nicétas l'historien (1200);
90 Innocent III (1207);
1 o° Saint Bonaventure (1250);
n» Saint Thomas d'Aquin (1256) ;
i2° Nicéphore l’Archiviste (1329);
130 André Dandolo (1340) ;
140 Billy, Duranti, Sigonio, Baronius, au xvie siècle ;
150 Gretzer, les Pères de Saint-Maur, Canisio, au xvne siècle ;
16" Tolet, Bellarmin dans la « Dispute des images » , etc. , etc.
« Personne, dit M. Milochau dans son beau travail, personne depuis saint Grégoire le Grand n’avait douté que saint Luc eût été peintre, et que l’image de Sainte-Marie-Majeure fut de lui. Benoît XIV n’en doute pas; les leçons du Bréviaire romain sont au moins aussi formelles, c’est une croyance chère aux catholiques. La loi juive, contraire aux représentations des figures, était brisée alors avec ses entraves et ses scrupules. D’ailleurs si elle avait défendu ces sortes de représentations, depuis longtemps cette défense était abrogée sur ce point, témoin la statue d'Edesse élevée par l'hémorroïsse et le voile de Véronique conservé à Rome. Des portraits de saint Pierre et de saint Paul, contemporains del'image
CH. II
ROME. — SAINTE-MARIE-MAJEURE
d’Édesse et rappelés par Eusèbe, prouvent que chez les Juifs on pouvait faire des portraits.
Le portrait de Marie ne devait-il pas être poulies fidèles un souvenir aussi précieux que sa tunique, sa robe et sa ceinture? et le culte des saintes images ne devait-il pas commencer par celui de la sainte Vierge et de son fils? A ceux qui ont dit que saint Luc n'avait fait que le portrait intellectuel de la sainte Vierge, et qu’il ne l’avait vue que fort âgée, et après la Passion, Michel-Ange a répondu : « Et ne savez-vous pas que la virginité parfaite conserve la jeunesse du corps aussi bien que celle de l ame? »
Théodore le Lecteur nous rapporte le premier témoignage historique, en disant qu’Eudoxie envoie à Pulchérie des reliques de la sainte Vierge et son portrait par saint Luc. Pulchérie rit bâtir trois églises pour les recevoir : celle de Blaquernes, celle des Orfèvres, et enfin celle des Odégores pour l’image qui en prit le nom et fut désignée plus tard sous le titre d’image Odegitria. Elle y attachait donc une grande valeur.
En Occident, le chroniqueur de l’abbaye de Farfa (cenni storici, Roma, 1840; Salviucci, abb. de Vincençio Bin procurât, monachor . Cassiniensium) nous apprend que saint Laurent le Syrien, qui fut au ve siècle le fondateur et le premier abbé de ce monastère, rapporta de Palestine une image de la sainte Vierge peinte par les mains de saint Luc et la déposa dans cette église, où elle est encore l'objet de Ja vénération empressée des fidèles.
Les écrivains antérieurs n’en ont pas parlé, mais peut-être leurs œuvres ont-elles été détruites; d’ailleurs c’est un argument négatif qu’on ne peut invoquer, les auteurs des quatre premiers siècles n’étaient pas conduits à parler de ces portraits par la nature des sujets qu’ils traitaient.
Au ixe siècle, les trois patriarches de l’Orient, Job d’Alexandrie, Christophe d’Antioche et Basile de Jérusalem, écrivaient à l’empereur iconoclaste Théophile (829 + 842) : « Le saint apôtre et évangéliste Luc a fait sur bois avec un mélange de couleurs le divin et vénérable portrait de la très-chaste mère de Dieu. » Le Père Sirmond
(1699) cite les propres paroles de saint Théodore Studite (753 + 826) : a Saint Luc, lorsqu’il composa le saint Evangile, lorsqu’il peignit le portrait du Seigneur, légua aux âges futurs un ouvrage de la plus haute beauté et d’un prix inestimable. »
A partir du ixe siècle, les témoignages deviennent innombrables; nous citerons entre autres, au ixe, celui de Métaphraste, au xe le ménologe de l’empereur Basile.
11 n'est guère d’historien du Bas-Empire qui n’ait dû parler de la vierge Odegitria à propos des faits qu’ils racontent; elle est mêlée à tout dans Constantinople, comme la vierge de Sainte- Marie-Majeure à Rome. Du Cange nous apprend quand et comment fut détruite cette précieuse image; les Turcs dépouillèrent tous les temples de la ville, ils s’emparèrent d’une image de la sainte Vierge, peinte par saint Luc, qui était en grande vénération chez les Grecs, la traînèrent ignominieusement par les rues, la foulant aux pieds et la souillant d’ordures, enfin ils la mirent en pièces.
Au xme siècle, saint Nicéphore Calixte donne le portrait de la sainte Vierge conforme aux anciennes images, il y revient à plusieurs reprises sans insister, comme lorsqu’il s’agit d’une chose qui n'a pas besoin de démonstration1.