Voici les principales images attribuées à saint Luc
i° Ascoli, donnée par le pape Nicolas (1288 + X299) ;
20 Bologne, N.-D. de la Garde ;
30 — Une autre portée en procession;
40 Brescia ;
50 Cambray ;
6° Constantinople, donnée par Pulchérie ;
70 — une autre prise par les Vénitiens
à la sacristie de Sainte-Sophie;
8° Czestochowa en Pologne ;
90 Farfa ;
io" Ferino en Italie;
ii° Grotta-Ferrata ;
12° Guadelupe, donnée par saint Grégoire ;
1 30 Lorette ;
140 Monopoli ;
150 Mons-Virginis (Avellino) ;
160 Naples, Sainte-Marie-Majeure;
170 Padoue, Sainte-Justine ;
x8° Païenne, portée en Sicile après la prise d’Alexandrie J
190 Rome, image d’Edesse, Saint-Alexis ;
SANCTUAIRES ET IMAGES
Opinions contraires . — Apres avoir rapporte les opinions favorables à l'authenticité du portrait de la sainte Vierge par saint Luc, nous croyons devoir présenter les objections qu’on y a faites.
Un seul écrivain ignorant, dit Manni1, Théodore le Lecteur, au début du vT siècle, a commencé à mettre un pinceau à la main de l’Evangéliste, en disant qu’Eudoxie envoya à Pulchérie une image du Christ qu’avait peinte saint Luc, l’apôtre. Remarquez que, dans son onzième livre, il parle d'Eudoxie et de son voyage à Jérusalem, mais plus de saint Luc ni de sa peinture.
Comment se fait-il qu’au concile de Nicée, en 787, il n’en soit pas question, mais qu’une fois la voie ouverte à la peinture de saint Luc, on lui attribua dans les siècles suivants des sculptures en grand nombre, des dessins, des ouvrages littéraires apocryphes. Le nom de Luc était si commun parmi les chrétiens, qu'il n’est pas difficile d’y rencontrer quelques peintres. N’avons nous pas eu deux Etienne peintres, deux Eugène du clergé florentin qui ont étudié les mémoires de l’Église, et qu’on a. longtemps confondus en un seul. Il n’est donc pas invraisemblable que, dans les premiers siècles, un autre Luc ait été confondu avec l’Évangéliste.
Lanci, parlant de l’image de sainte Maria delf Impruneta, dit que ce tableau a été peint par un Florentin, grand serviteur de Dieu, nommé Luc et qui passait pour un saint, qui ne se mettait jamais à sa peinture sans être à jeun, avant de s’être confessé et d’avoir communié.
D. Calmet pense que la peinture animée que
20" Ara-Cœli, sur le grand autel ;
2i° Sainte- Marie-in-Cosmedin ;
22° Santa-Maria-in-campo-Marzo, depuis le x' siècle ;
23° Sainte-Marie-Majeure, la plus célèbre;
24" Santa-Maria-ad-Martyres ;
250 Santa-Maria-Nuova, Sainte-Françoise-Romaine ;
26° Sainte-Marie-du-Peuple, apportée en 1277 par Grégoire IX ;
270 Sainte-Marie-in-Transtevere, plus tard Saint-Sixte;
28° Sainte-Marie-in-Via-Lata.
On peut ajouter Saint- Augustin et Sainte-Marie-des- Grâces.
i. Del vero pittore S. Luca e del tempo del suo Ikrire Firenze, 1764, in-40.
saint Luc, dans son Evangile, fit de la sainte Vierge, a pu faire croire qu’il l’avait peinte avec son pinceau.
On a cité l’autorité de Léon X et de Benoît XIV, mais lorsque le premier parle de la madone de Bologne, il se contente de dire : ut piè creditur, ce que Benoît XIV répète.
Saint Luc n’était pas peintre, mais médecin; s’il eût connu les deux arts, les Actes des apôtres et les livres saints en eussent fait mention. Il fut converti à la religion chrétienne trop tard pour voir la sainte Vierge. Enfin, s’il était juif ou prosélyte, ou même chrétien, dans les premiers temps il lui était défendu de peindre. Origène dit l’horreur que les Hébreux avaient pour la peinture et la sculpture. Josèphe le rapporte aussi; ce que nous avons de plus ancien chez ce peuple, ce sont les monnaies; or elles n’offrent aucunes figures humaines. L’Ecriture sainte a dit en effet : Ne faciamus nobis sculptile aut aliquam similitudinem.
Cette horreur des Juifs était telle qu’ils ne voulaient pas même admettre les images des empereurs. Pilate, voulant faire prendre à ses troupes leurs quartiers d’hiver à Jérusalem , ainsi que le raconte saint Epiphane, fit entrer pendant la nuit les enseignes portant les images de César. Le peuple, l’ayant appris, vint cinq jours de suite prier Pilate de les faire enlever. Il s’y refusait, croyant voir une insulte à l’empereur dans cette démarche ; mais le peuple ne cessait de prier. Le sixième jour, des soldats en armes menacèrent de mort les suppliants, s’ils continuaient ce tumulte. Ils se jetèrent alors à terre, disant qu’il recevraient la mort avec bonheur. Pilate, admirant leur courage et le zèle à observer leur loi, lit retirer les enseignes.
La prohibition des images existait même chez les premiers chrétiens1, on craignait par là que les ignorants fussent conduits à adorer des ouvrages de l’homme. Saint Justin contre Tryphon, Tertullien contre les Juifs et les autres Pères des
1. Nous n’avons pas besoin de dire combien cette assertion est fausse ; nous n’avons qu’à rappeler nos antiques images des catacombes pour la démentir.
CH. II. — ROME. — SAINTE - MARIE-MAJEURE
deux premiers siècles ne mentionnent nulle part de reproche fait par les juifs aux chrétiens sur le culte des images. On voit plus tard qu’au contraire ils ne ménagèrent pas ce blâme. Ce n’est qu’à la paix de l’Église et quand on ne craignit plus l'idolâtrie, qu’on pensa que les images des saints et des martyrs pouvaient être utilement multipliées pour exciter la piété des fidèles par leurs exemples.
Dans le second concile de Nicée, oii les Pères s’occupèrent du culte des images, ils ne dirent pas un mot des portraits de saint Luc.
Saint Augustin dit en termes formels que de son temps on ne possédait aucun portrait authentique de Notre-Seigneur ni de Marie.
La sainte Vierge vivait très-retirée. Saint Luc n’a donc pu la voir avant sa conversion, c'est-àdire avant l’an 52 de l’ère chrétienne, époque où saint Paul, qui convertitsaintLuc, commenta de prêcher dans la Troade. Saint Luc n'alla pas à Jérusalem avant l’an 56, c’est-à-dire dix-huit ans après l’Ascension. La Vierge aurait eu alors soixante-six ans. Or les auteurs les plus accrédités ne supposent pas qu’elle ait vécu plus de soixante ans.
Conclusion. — Tout ce que nous venons de voir laisse une grande incertitude sur ces deux questions : saint Luc était-il peintre? avonsnous encore un tableau de sa main? Une tradition vénérable nous répond affirmativement; malheureusement cette tradition a son origine éloignée des temps apostoliques. Nous avons vu aussi que le premier souvenir historique relatif à la précieuse image de Sainte-Marie-Majeure ne remonte qu’au vT siècle, au pape saint Grégoire, qui la ht promener processionnellement pour obtenir la cessation d’un fléau. Rien, dans son examen intrinsèque, ne nous invite à supposer qu’il s’agisse ici d’une autre image. Nous pouvons admettre cet événement comme une limite inférieure de son antiquité. Mais est-elle fort antérieure à saint Grégoire?
Les monuments d’histoire nous faisant défaut, nous en sommes réduits à demander la réponse
à la peinture elle-même et au style qui l’a marquée de son sceau. Lorsque nous avons obtenu à Rome la faveur de l’aller visiter au fond du petit tabernacle, nous avons été émerveillé de sa beauté et nous sommes resté convaincu que nous étions en présence d’une œuvre de la première époque byzantine. Et cependant nous n’avons pu la juger que par les tètes, seules parties maintenant découvertes. L’allongement du nez, fortement dessiné du côté de la lumière, l’étroitesse du méplat central, l’enflement des narines, la grandeur des yeux, le galbe des paupières, le recouvrement sensible de la paupière supérieure, dont la ligne s’étend jusqu'aux tempes, le dessin accentué de l'inférieure, et l’ombre qui la cerne, la petitesse de la bouche, l’effilement de ses coins, l'expression des lèvres, l’ombre qui sépare vigoureusement la lèvre inférieure du menton, la manière du cou gracieusement enveloppé sous les plis du voile, sont des caractéristiques de byzantinisme qui ne peuvent nous tromper. La tète de l’enfant Jésus est en harmonie avec celle de Marie et confirme ces données artistiques. L’attitude du visage tourné vers la sainte mère, le nez camus et retroussé, les lèvres fortement dessinées, la grosseur du haut des joues, forment ces traits que pendant plus de mille ans l’Orient s’effiorcera de copier en s’éloignant toutefois de la beauté primitive.
On ne trouvera pas, je crois, chez les Latins un geste bénissant tel que celui-ci; dans la mosaïque de Sainte-Marie-Majeure, l’enfant Jésus étend tous les doigts à la fois. Nous sommes donc ramenés au byzantin primitif. Nous devons ajouter que les parties cachées, pour lesquelles nous sommes obligés de nous en rapporter aux anciennes copies, notamment à celle de saint François Borgia, corroborent cette opinion. L’ajustement, le nimbe de Marie, la croix, le front, l’étoile sur l'épaule, tout cela se retrouve textuellement dans les images en nombre infini que l’Orient nous fournira.
On a dit que l'image était imparfaite et que c’était un argument d’antiquité. Nous croyons j bien plutôt à la beauté des modèles qu’à la per-