CH. II. — ROME. — SAINTE-MARIE-DE- LA-CONSOLATION
bras de l’enfant Jésus est nu ; le modelé de ses pieds paraît également éloigné des anciens types. Les sourcils arqués, la bouche souriante et correctement dessinée. Il y a dans toute sa personne une grande dignité et une incomparable majesté. Il tient dans la main gauche une croix pattée; le fond broché d’ornements semble moderne. La madone de Sainte -Marie impératrice est celle qui lui ressemble le plus. Nous répéterons en face de ce tableau une observation que nous avons déjà plusieurs fois eu occasion de faire, nous dirons que cette peinture, bien qu’elle nous semble moderne, nous rappelle sans doute un type plus ancien, dont la tradition, toujours si respectable à Rome, nous apporte le souvenir. Nous devons voir ici une copie telle qu’on les exécutait au xvie siècle avec une main plus habile que fidèle.
Mosaïque dans la sacristie. — En visitant la sacristie, on remarque un fragment de mosaïque provenant de l’ancien Saint-Pierre et qui faisait partie d’une adoration des mages. Quoique destinée à être vue de loin, cette peinture, même sous les yeux, est admirable : le visage de la sainte Vierge offre dans ses larges touches un à-propos, une grâce, une candeur qu’on est étonné de voir produire à si peu de frais. Nous nous sommes longuement occupé de ce monument à propos de l’Évangile; il n’est donc pas opportun de revenir sur ce que nous avons déjà dit1.
Fresque sous le porche. (PI. XCV.) — Nous allions nous éloigner de cette vénérable église, lorsqu’un jour, en examinant les monuments si curieux dont son portique est encore rempli, nous remarquâmes au fond du tombeau d’Alfani, le restaurateur de l’édifice, une fresque très-curieuse et très-dégradée. En examinant de près cette peinture, nous vîmes qu’elle représentait la très-sainte Vierge. La madone occupe le centre du tableau ; elle est assise sur un trône et porte l’enfant sur ses genoux. Deux anges lui servent
i. Voyez Evangile ; Adoration des mages.
d’acolytes à droite et à gauche, et deux autres personnages dont la coiffure paraît militaire se tiennent sur des degrés inférieurs. Elle est parée d'une couronne qui ressemble à celle de la crypte de Sainte-Praxède; sous la couronne, des flots de cheveux blonds s’échappent et forment une sorte de volute autour de l’oreille, de laquelle pend un anneau. La sainte Vierge tient à la main gauche un sceptre terminé dans le genre des enseignes romaines et qui rappelle les hastes des anges de la tribune de Santa-Maria-in-Pallara, c’est-à-dire garni alternativement d’une boule et d’un cartel, etc. J’ai cru au sommet de ce sceptre distinguer une fleur de lis. Le nimbe de la madone est jaune et bordé de rouge, celui de l’enfant jaune est serti de filets rouges, blancs et noirs. Un trait remarquable de cette fresque est la position de l’enfant dans le même axe que sa mère. Il paraît tenir un globe. Le trône est ornementé de rouge. La robe de la madone en teinte neutre avec plis blanchâtres. Les anges blonds, aux ailes sépia, tiennent des bâtons comme des pèlerins qui touchent enfin au but de leur dévotion. On pourrait les comparer à ceux de Saint-Nicolas du Latran, dont ils sont, si je ne me trompe, à peu près les contemporains. En effet, le tombeau du xiT siècle appliqué devant cette peinture sert pour ainsi dire de sceau à l’authenticité de cette date ancienne.