COLLECTIONS ET MUSÉES
Louvre. — Nous ne saurions nous éloigner de Paris sans visiter le Louvre, le musée de cette immense capitale, devenue l’asile de tant de trésors dispersés par la Révolution ; là encore nous retrouvons, dans les témoignages artistiques, des traces glorieuses de notre incomparable Vierge.
Notons d’abord la célèbre Vierge ouvrante
en ivoire du Louvre, longuement décrite par M. Didron et illustrée de huit belles planches
1. Pertz, Script., VI, 545 : Apud civit. Parisiorum in quodam monasterio S. Stephani inveniuntur reliquie de capillis S. Marie.
CH. VIII
FRANCE. — DIOCÈSE DE PARIS
gravées par M. Guillaumot1. M. Didron l’attribue au commencement du xnC siècle. Je pencherais plutôt pour le xir siècle, si l’on considère surtout la forme du siège. Les sculptures de l'intérieur paraissent d’un âge moins reculé, ce qui laisse croire que la Vierge étant sculptée pleine, on n’aura eu que plus tard la pensée de la scier d’abord parallèlement à la face, puis de couper en deux la partie antérieure pour former ainsi un triptyque. L’étendue donnée au travail de M. Didron ne me permet pas d’en parler plus longuement dans l’histoire iconographique de la sainte Vierge qui nous occupe, mais l’importance de la ligure m’engage à en présenter au moins une simple vignette.
La salle des émaux au musée du Louvre nous montre un monument du xne siècle qui a le rare privilège d’ètre daté : c’est un coffret oblong, couvert de bas-reliefs d’argent doré, repoussé et orné d’émail. On croit que ce reliquaire a contenu un bras de Charlemagne que Frédéric Barberousse y aurait placé, en 1 166, lorsqu’il ouvrit le tombeau d’Aix-la-Chapelle pour en tirer les restes du grand empereur. (PI. CXLVI.) Il est de travail allemand et non byzantin. Sur la face principale on voit, au milieu, la sainte Vierge tenant l’enfant Jésus, à sa gauche l’archange Gabriel et au delà Béatrix de Bourgogne; à sa droite saint Michel archange et au delà l’empereur Frédéric Barberousse; par derrière, au milieu, le protome du Christ, à sa gauche saint Paul, puis Frédéric duc de Souabe, à sa droite saint Pierre, puis Conrad III, aux deux extrémités Louis le Débonnaire et Othon.
La collection des bijoux possède une plaque en lapis, gravée en relief sur ses deux faces et incrustée d’or, enchâssée en un cadre d’argent doré, qu’orna.’ent des perles et pierreries et provenant de l’abbaye de Saint-Denis; d’un côté, le Christ 1C-XC apparaît en pied, tenant livre
x. Dans les Annales archéologiques } aux tomes XX, pages 181, 316; XXII, 258; XXV, 165; XXVI, 410; XXVII, 51.
fermé et bénissant, de l’autre côté la sainte Vierge en pied, les bras étendus avec le sigle MP ©V. On voit aussi au Louvre un médaillon en jaspe sanguin représentant la Mère de Dieu les bras étendus. (Pl. cxl.)
Bibliothèque nationale. — La Bibliothèque nationale nous ouvre une source abondante de documents iconographiques; nous y avons, comme on l’a vu, largement puisé pour les diverses scènes de la vie de Marie, nous y trouvons aussi quelques madones isolées dont nous devons mentionner dans ce chapitre les plus anciennes et les plus importantes.
(Pl. CXL.) — C’est d’abord cette singulière ligure placée en tète du Missale Gellonense (12048) au-dessus de la majuscule I, et dans laquelle on reconnaîtrait difficilement la sainte Vierge, si son nom n’était écrit au-dessus. Elle est debout, coiffée d’un voile qui se termine en pointe, habillée d'une longue tunique avec ornements carrés. Son cou est orné d’un collier auquel pend une croix. Elle tient une croix de la main gauche, un encensoir de la droite. Il n’y a dans tout ce dessin que des tons jaunes et rouges. Les contours et les ornements sont en bistre, les pieds, la tête et les mains en couleur de chair. Cette œuvre, qui accuse les dernières limites de la barbarie, est réputée du vnT siècle.
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Évangéliaire de Charles le Chauve. —
M. Durand, dans un article intitulé « Ivoires de
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SANCTUAIRES ET IMAGES
Paris et de Berlin 1 » , s’occupe de ce bel ivoire qu’il attribue au ixe siècle. M. de Bastard pense que c’est la plus ancienne madone en ivoire que nous possédions en Francet^La sainte Vierge, sur un trône enrichi de têtes de lion, garni d’un dossier, tient l’enfant Jésus sur le bras gauche. Elle est voilée, nimbée ; elle porte le manteau relevé par les bras et la tunique; dans le haut, deux petits anges s’inclinent en adoration. Cet ivoire est devenu malheureusement fruste par suite de l’usure qui a effacé les traits des têtes.
(PL CXLIV.) — Auprès des madones d’ivoire que nous offrent des évangéliaires à Nuremberg, à Aix-la-Chapelle, nous devons ranger un bel ivoire 2 d'origine allemande, qui vient de Mirecourt, et qui est classé dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale sous le numéro 10514, du fond latin. Le volume est de format in-40 et la plaque d’ivoire qui contient notre madone est encadrée de feuilles d’or repoussé et avec cabochons. Cet ivoire a om,n de large sur o1",^ de hauteur. La sainte Vierge, représentée à micorps, est enveloppée dans une volumineuse draperie plissée à l’infini; l’enfant Jésus paraît, surtout par les traits de sa tête, dans un âge de puberté assez avancé. Le groupe est accompagné de deux colonnes torses réunies par un cintre. On remarque encore des restes de dorure' sur le nimbe et de peinture au manteau. M. Champollion-Figeac, dans un article de la Revue archéologique (15 mai 1845), attribue cette sculpture au vne siècle. Mais cette opinion nous paraît exagérée et nous ne pensons pas qu’on puisse dépasser pour ce bas-relief l’époque carlovingienne. Les peintures contenues dans Févangéliaire sont très-inférieures comme mérite et sans doute aussi comme date, on y voit une Nativité, Adoration des mages, Crucifiement, etc.
(PL 1 1 1 C- . ) — Le manuscrit 9448 nous fournit une figure de Marie dans sa gloire, du xc siècle.