‹ La Sainte ViergeChapitre 575 sur 1187 · Grenoble et Paris · texte numérisé non relu

Grenoble et Paris

SANCTUAIRES ET IMAGES

pareilles bandelettes recouvraient aussi la main ; mais les doigts, très-caractérisés , offraient une roideur extrême et le plus mauvais dessin.

(PL CXXXLI.) — C’est sur ces toiles qu’on avait étendu une couche de blanc à la gouache, puis peint à la détrempe les draperies accompagnées d’ornements de différentes couleurs. La face de la mère et celle du petit Jésus étaient d’un noir foncé imitant le noir de l’ébène; le visage, d'un ovale extrêmement allongé, contre toutes les règles du dessin ; le nez d’une épaisseur et d’une longueur démesurées ; la bouche petite, le menton raccourci et rond; la partie osseuse supérieure de l’œil fort saillante, et l’œil, malgré cela, très-petit; les yeux composés de deux loupes d’un verre très-commun ; la partie concave, appliquée sur un plan intérieur peint avec les couleurs de l’œil, en imitait l’iris. Sous la couronne, en forme de casque, la tête et les oreilles se cachaient derrière une espèce de tissu noir assez commun; sous cette première enveloppe, on en remarquait une seconde formée par des lisières de soie noire, et enfin une troisième en toile de fil ; le tout très-étroitement lié et fortement resserré contre la tète, qui paraissait dépourvue de chevelure. La couronne, en cuivre doré, ayant la forme d’un casque travaillé à jour dans certaines parties, était ornée de plusieurs camées antiques ; deux portions mobiles de cette sorte de casque se prolongeaient jusqu’au-dessous des oreilles. Les draperies, grossièrement sculptées en bois, n’offraient aucuns plis. La partie de la robe, depuis le col jusqu’à la ceinture, avait le fond vert, tirant sur le bleu, et les ornements d'un blanc jaunâtre; la jupe, peinte en rouge d'ocre, était décorée de losanges et autres ornements d'un blanc terne; la garniture de la robe était jaune. Quoique les pieds de la statue parussent attenants à la jupe, ils en étaient détachés, et les jambes se prolongeaient même intérieurement d’environ trois pouces et demi dans le vide de la jupe; on les avait entourées de plusieurs bandelettes peintes en noir. Les mains étaient peintes en blanc. La tunique de 1 enfant, attachée par une ceinture et d’une cou¬

leur rouge très-foncée, portait en manière d’ornements un grand nombre de petites croix grecques.

On attribuait à cette statue une origine égyptienne à cause de la la toile collée sur le bois et on pensait que c’était peut-être une statue d’Isis ou d’Osiris. Faujas, un peu embarrassé par ces toiles et la nature du bois de cèdre, croit plutôt qu’elle avait été façonnée par les premiers chrétiens du Liban sur le modèle des statues égyptiennes et qu’elle avait été apportée par Aimar de Monteil, évêque du Puy,un des plus célèbres croisés et légat du pape Urbain II à la terre sainte.

Cependant M. J. Durand pense que les procédés employés pour l’ornementation de la statue ne sont pas sans ressemblance avec ceux des Byzantins dans l’exécution de leurs tableaux peints sur bois, et certains motifs de l’ornementation en couleur se retrouvent sur leurs monuments; il est persuadé que la statue du Puy a été exécutée en France au xie ou xnc siècle. Il existe au musée de Cluny (n° 15163) un Christ en bois de grandeur naturelle, dont le corps est ainsi couvert d’une toile peinte, et ce monument provient justement de l’Auvergne et du xne siècle L

A la fin du siècle dernier, l’église du Puy possédait les reliques les plus insignes, entre autres deux morceaux de la vraie croix, qu’elle a le bonheur d’avoir conservés, dont l’un avec son reliquaire, donné par le pape Innocent III, l’autre provenant de l’abbaye de la Chaise-Dieu, à laquelle Clément VI l’avait envoyée. Notre- Dame du Puy avait aussi un fragment considérable de la couronne d’épines dont saint Louis lui avait fait présent en 123p.

Des papes, des rois, des princes et des grands seigneurs, des saints, toutes les classes du peuple suivaient les pèlerinages qui souvent étaient si nombreux que l'on y comptait de nombreuses

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