SAINTE-MARIE-IN-TRANSTÉVF.RE
L’église de Sainte-Marie-in-Transtévère tire son nom de sa position au delà du Tibre, au pied du Janicule; il y avait là dans l’antiquité un hospice pour les vieux soldats. Peu de temps avant la naissance du Rédempteur, on y vit surgir, dit-on, une source d’huile qui pendant toute une journée s’écoula dans le fleuve. Ce phénomène fut considéré par les premiers chrétiens comme un miracle qui avait annoncé la naissance du Christ; c’est ainsi qu’en parlent les écrivains Eutrope et autres.
Cette pieuse croyance engagea saint Calixte P* à demander à l’empereur Alexandre Sévère la concession de ces terrains pour y bâtir une église qu’il dédia à l’enfantement de la Vierge. Hugon prétend que ce fut la première église de Rome consacrée au culte public du vrai Dieu, sous l’invocation de Marie. Panvinio (Sette cliiese ) et Sezzano attribuent cet honneur à la basilique Libérienne, sur l'Esquilin. Quoi qu’il en soit, après la construction, la cruauté des persécutions la fit abandonner pendant près d’un siècle; après la paix de l'Église, saint Jules Ier la reconstruisit de nouveau (340); elle prit le titre de Saint-Calixte et de Saint-Jules. Vers 735, Grégoire III la renouvela depuis ses fondements en refaisant la couverture et l’ornant de peintures. Adrien Ier y ajouta deux nefs.
Dons des papes. — Un grand nombre de papes rivalisèrent de sainte prodigalité en faveur de ce sanctuaire. Nous en trouvons les témoignages répétés dans Anastase. Léon III lui offrit un parement blanc tout de soie avec des ornements roses et dans le milieu un tableau en chrysoclave figurant la Présentation de Notre- Seigneur ; des rideaux de pourpre ornés de croix et de gammas, une quantité de voiles de soie d’une grande beauté, des statues d’argent doré, dont l’une avec des pierreries et un arc d’argent; une lampe, deux encensoirs, une couronne d’or ornée de pierres précieuses pour être suspendue sur le grand autel.
SANCTUAIRES ET IMAGES
Grégoire IV établit des chanoines pour desservir l’église. Il la restaura; il y ht faire une crèche semblable à celle de Sainte-Marie-Majeure et l'orna de lames d’or et d’argent; il donna une image d’or représentant l’histoire de Notre-Dame avec diverses pierres précieuses, deux couronnes d'argent avec douze dauphins, un ciborium d’argent, des tables d’argent sur l’autel, une couronne d’argent et beaucoup de vases sacrés.
Léon IV restaura l’abside, qui tombait de vétusté; il donna un parement orné dans le milieu d’une croix en chrysoclave.
Benoît III, après une terrible inondation du Tibre, offrit a la basilique, pour son grand autel, un parement en chrysoclave où l’Assomption était représentée. Il orna les fenêtres de verres de couleurs et les murs de mosaïques. 11 refit le portique, le baptistère et la sacristie.
Innocent II, en 1139, remania complètement l’église, la couvrit d’un toit, l’orna d’un magnifique dallage d 'opus alexandrinum. On lui doit aussi la mosaïque de l’abside et le ciborium du grand autel qui était soutenu par quatre colonnes de porphyre, et qui reçut le corps de saint Quirinus, enlevé du cimetière Saint-Calixte.
En 1702, saint Pie V exécuta de grandes réparations dans les mosaïques de la tribune et de la façade extérieure et ajouta le nouveau portique sur les dessins de Fontana.j
Voussure de la façade. (PI. CIL) — Sur la façade principale, au-dessus du portique, on voit encore une ancienne mosaïque représentant la sainte Vierge assise sur un trône, et tenant dans ses bras le Sauveur qu’elle allaite; de chaque côté s'avance vers la reine des Vierges une procession de vierges qui tiennent à la main leurs lampes ardentes, autant comme témoignage de leur chaste fidélité que pour honorer leur Epoux. Aux pieds de la madone est figuré, sur une plus petite échelle, Eugène III, l'ordonnateur de la peinture. Le voile et les vêtements de Marie sont bleus avec semis d'or, l'Enfant est vêtu d’une robe teinte neutre et d’u n manteau d’or.
(Pl. CXII.) — Comme une colombe nichée sur un sommet, on aperçoit une madone vers le haut du campanile; elle paraît contemporaine de la voussure et par conséquent du xne siècle. Là, sous son petit' tabernacle de marbre, dans un fond d’or encadré d’une bordure brune, nous apercevons le Sauveur et Marie, représentés à la manière byzantine. La sainte Vierge porte un manteau gris-bleu, des manchettes ourlées d'or; l'Enfant est vêtu d’une robe rouge à plis d’or multipliés, sa tète est presque chauve et entourée d’un nimbe crucifère; il bénit en levant seulement les deux premiers doigts de la main.
Notons encore sur les murs extérieurs de l’église une image de Marie, sculptée en haut du chambranle de la porte latérale et qui nous semble appartenir au ixe siècle. Nous l’avons publiée dans les Evangiles.
Mosaïque de la Tribune. (Pl. LXIX.) — Entrons maintenant dans la vénérable basilique et cherchons, sous l’ombre mystérieuse qui la couvre depuis tant de siècles, les autres images de la très-sainte Vierge. Nous voyons d'abord la mosaïque de la tribune et l’admirable groupe de Jésus et de Marie, assis sur un trône; du côté de Jésus les saints Pierre, Corneille , Jules, Calepodius; du côté de Marie les saints Calixte et Laurent, le portrait d’innocent II portant dans ses mains l’église qu'il ht restaurer et orner de ces belles mosaïques, en 1143. Au-dessous de ces hgures, l’Agneau divin, entouré de douze agneaux qui sortent de Bethléem et de Jérusalem, enfin, au deuxième rang, des tableaux, exécutés vers 1290 et représentant divers sujets
de lavie de Marie tels que la Naissance, l’Annonciation, la Nativité, l’Adoration des mages, la Circoncision de Jésus, la Mort de la mère de Dieu.
Les yeux, devant cette vaste composition, sont principalement attirés et charmés par le groupe central, non moins par ses dimensions grandioses que par la beauté de l’exécution. Là, au milieu du fond d’or qui brille sous l’ombre de i la voûte, on aperçoit, sur un trône magnifique,
CH. II