‹ La Sainte ViergeChapitre 88 sur 1187 · CH. II. — ROME. — SAN-SPIRITO-IN-SASSIA · texte numérisé non relu

CH. II. — ROME. — SAN-SPIRITO-IN-SASSIA

d’après la tradition, au vme siècle. Un fameux roi anglais vint à Rome, dégoûté du pouvoir et dans l’intention de déposer le sceptre dans un cloître : son dernier acte de souverain fut d’établir dans son royaume le tribut de saint Pierre sous le nom de Romescot ou S. Peter’s pence. A Rome, il voulut fonder un hospice pour les pauvres pèlerins saxons, et il choisit les bords du Tibre et le voisinage de Saint-Pierre comme emplacement de sa fondation ; il y annexa une église, dédiée à la sainte Vierge, où l’on plaça l'image qui nous occupe. En souvenir de ce prince étranger et des Anglo-Saxons auxquels on offrait là l’hospitalité, le peuple l’appela Sancta-Maria-in-Saxia. Pendant les onze siècles que cette image reçut la vénération des fidèles, on ne peut énumérer les honneurs dont elle fut environnée et la munificence qu elle donna lieu de déployer aux princes chrétiens. Parmi ces pieux tributaires citons le roi Offa , Ethelred, et au ix' siècle Charlemagne lui-même. Des inscriptions placées dans la sacristie, et qu’ont malheureusement recouvertes des peintures modernes, portaient témoignage de ces souvenirs. Ce qui contribua le plus à étendre la vénération de cette madone fut le prodige qui arriva au ixc siècle, peu d’années après les agrandissements donnés à l’hospice par Charlemagne et le roi Offa. A cette époque un violent incendie éclata dans l’hospice et, sous les raffales d’un vent furieux, ne tarda pas à menacer les maisons voisines. Les cloches tintaient dans tous les campaniles, les citoyens accouraient de toutes parts, multipliant leurs efforts pour arrêter l’incendie du bourg. Tout restait impuissant. Dans ce moment solennel et terrible, le saint pontife Pascal accourt, et, plein de confiance dans la maflone, il s’élance au milieu du feu, détache l’image et la rapporte sans que l’incendie lui ait fait le moindre mal. Se retournant alors vers les flammes, il leur montre la madone et les force devant sa vue à s’incliner, il marche contre elles avec cette tête de Marie, puissante pour le bien comme la fabuleuse tète de Méduse l’était pour le mal, et les oblige à fuir devant elle;

partout où il paraît elles cèdent et succombent, et bientôt la victorieuse peinture s’arrête au milieu de l’incendie éteint et d’un peuple transporté de joie qui chantait les louanges de la Mère de Dieu.’On voit aujourd’hui un tableau dans la sacristie qui représente ce miracle avec ces paroles explicatives placées au-dessous : Paschalis I papa igncin in vico Saxonum prece signoque compescit. Ce miracle eut lieu en 817, et un prodige analogue s’est renouvelé en 847. Comme le rapporte l’inscription qu’on lit encore dans l’église :

Beatæ virgfras Mariæ Imaginem •

Vetustatem et miraculis celeberrimam Paschale I et Leone IV pape Incolumem inter flammas servatam Capitulum S. Pétri An. D. MDCLV Aurea corona donavit A. M. archiepiscopus Naupacti Præceptor generalis ordinis S. Spiritus in Saxiâ Ad illius cultum augendum M. P. anno MDCCXL.

Il est difficile d’expliquer, même avec la restauration moderne dont on nous parle, une telle antiquité pour l’image que nous voyons aujourd’hui. C’est sans doute une copie et peut-être même une copie peu fidèle, car Bombelli (dont l’exactitude, il est vrai, n’est pas parfaite) nous la montre sous des traits fort différents de ceux que nous avons maintenant devant les yeux; dans sa gravure, le contour du cadre, au lieu d’un carré, nous fait voir une sorte de trèfle, l’enfant Jésus est debout sur les genoux de sa mère et il laisse pendre son bras gauche au lieu de le lever vers la sainte Vierge. Un geste caractéristique et assez singulier que l’on retrouve dans la gravure et dans le tableau nous montre la sainte Vierge prenant de la main droite le pied de l’enfant. Le tableau paraît, en définitive, par son type byzantin, un souvenir plus fidèle.

Nous ne saurions trop remercier de son bienveillant accueil le bon prêtre de San-Spirito qui nous a si libéralement ouvert les portes de l’église et nous a donné les détails qu’on vient

de lire. Depuis peu, la dévotion des fidèles s'est réveillée aux pieds de cette madone; de petits tableaux, dont quelques-uns fort joliment touchés, viennent lui faire cortège et prouvent que la main miséricordieuse de Marie ne s’est pas retirée de nous. Pie IX l’a recommandée à la piété des malades sous le titre de Sains infirmorum.

saint-urbain-alla-caffarella.

A peu de distance du cirque de Maxence, sur une colline qui fait partie du domaine des ducs Caftarelli, s’élève un temple antique que Pascal Ier convertit en église. Le souvenir de saint Urbain, qui avait, dit-on, prié là dans un souterrain, détermina son vocable. Parmi les peintures du XIe siècle qu’on voit encore sur les murs, nous pourrions montrer plusieurs scènes qui se rapportent à l'histoire de la sainte Vierge; mais comme nous en avons déjà parlé dans les Evangiles nous nous bornerons ici à mentionner la madone de la crypte. Là, au fond d’une niche peu profonde, au-dessus d'un autel, on voit les débris d’une fresque qui représente la sainte Vierge entre saint Urbain et saint Jean évangéliste. Le Mvrr/p ©tou et les noms des deux saints ne laissent aucun doute sur la pensée de l’artiste (PL XCV.) La madone pose les deux mains sur les épaules de l’Enfant; elle est droite, rétrécie, sans élégance. Le Sauveur bénit de la main droite en inclinant seulement l’annulaire sur le pouce, il tient un rouleau de la gauche. Il écarté les pieds comme un enfant sur le point de quitter les genoux de sa mère. Quoiqu’on ne voie pas le trône, la madone est certainement assise; la fresque manque dans le bas; les nimbes sont jaunes avec un premier filet blanc, et un second rouge plus large, le fond de la niche bleu foncé et les lettres s’y détachent en blanc. Quoique cette madone soit loin de nous offrir le beau caractère, 1 ampleur de la composition et le dessin de celle de la chapelle Saint- Zenon, nous devons dire cependant qu’elle

présente avec cette dernière de notables analogies. Elle est peinte au-dessus d’un autel avec les mêmes dimensions , dans une niche entre deux saints; elle est assise, nimbée, caractérisée par les sigles. L'usage de peindre ainsi des madones au fond d’une niche, dont les souterrains de Saint-Clément nous donnent un nouvel exemple, semble avoir appartenu surtout au ixr siècle et nous indique l’âge de ce monument. Si d’Agincourt avait étudié soigneusement cette peinture, considéré les traits rouges qui dessinent grossièrement le visage, le nez, les paupières, les regards étonnés des personnages, la maigreur des doigts, il ne lui aurait certainement pas attribué une date aussi reculée qu'il l’a fait. Comment d'ailleurs ne pas adopter le ix' siècle auquel nous ramènent les caractères de cette fresque lorsque l’histoire elle-même signale à cette époque la consécration de l’Eglise ? Malgré l'humidité de ce souterrain, nous avons pu prendre un calque dont nous offrons une réduction exacte dans nos planches.

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