‹ La Sainte ViergeChapitre 928 sur 1187 · The Mary of the Irish · texte numérisé non relu

The Mary of the Irish

SANCTUAIRES ET IMAGES

il est dit qu’aucune langue ne peut suffire à raconter les merveilles et les vertus de sainte Brigide; ils ne brillent dans aucune autre que dans cette sainte qui était comme sainte Marie.

Quæ nostris numquam auribus si sint facta audivimus Nisi per istam virginem Mariæ sanctæ similem.

Dans l’hymne de St.-Brogan-Cloen à sainte Brigide, on retrouve cette même comparaison :

Il y a deux Vierges dans le Ciel Qui me protégeront Marie et sainte Brigide,

Nous devons demeurer sous leur commune protection.

Et ailleurs :

La Vierge voilée qui conduit sur le Curragh Est un bouclier contre les armes acérées Cette Vierge, qui n’est égalée que par Marie.

On voit par ces citations que dans l'imagination irlandaise, rien n’est comparable à leur sainte patronne, à la seule exception de Marie.

Dans le fameux Felire ou festologie d’Aengus écrite dans le vme siècle, nous trouvons encore des témoignages de l’antique vénération de l’Irlande pour la mère de Dieu. Lorsqu’il résume son ouvrage et qu’il rappelle les saints sous certains titres, il invoque les Vierges de l’Érin sous celui de sainte Brigide de Kildare et les Vierges du monde entier sous celui de la sainte Vierge Marie.

Saint Colomban. — La dévotion pour la sainte Vierge, si chère à l’antique Irlande, accompagnait ses missionnaires dans leurs voyages Saint Colomban, au commencement du vne siècle, fonde un oratoire sous l’invocation de la sainte mère de Dieu : « Ubi (in Bobbio) etiam ecclesiam in honorem almæ Dei genitricis semperque virginis Mariæ ex lignis construxit ad magnitudinem sanctissimi corporis sui L »

Saint Colomban, dans le commentaire du

1. Vitu S. Colomb, in Florilegio , edited by Messingham; p. 240; Confer. Parie on die Round Towers , etc., P- 347-

psaume 77, verset 14 : Et deducit eos in nube diei, écrit : « Voici le Sauveur qui vient en | Egypte dans la nuée du jour. Par cette nuée du jour, nous devons entendre le corps de Notre Sauveur, car il était la lumière que ne souillait aucun péché, ou nous pouvons interpréter le , sens par la très-sainte Vierge ; elle est magnifiquement appelée la nuée du jour, car cette nuée n’avait pas d’ombre, mais un éclat perpétuel. »

Longtemps après saint Colomban, nous trouvons un autre pèlerin irlandais qui embrassa une vie de pénitence et de réclusion, près de la ville de Krems, dans la basse Autriche. Il s’était fait murer par saint Altmann dans une cellule contiguë à Y église de la mère de Dieu. Ce saint reclus avait pour compagnon le fameux Marianus, qui partit d’Irlande en 1067, et devint bientôt célèbre en Allemagne par ses beaux écrits.

Sedulius. — Le poëte Sedulius fut le premier écrivain irlandais qui acquit une réputation considérable sur le continent. Dans le Carmen Paschale, qui est sa plus célèbre composition, il eut plusieurs fois l’occasion de chanter les dignités et privilèges de la sainte mère de Dieu. Ainsi, dans le second livre, après avoir parlé du péché originel, il ajoute :

Et velut e spinis, mollis rosa surgit acutis Nil quod lædat habens, matremque obscurat honore ; Sic Evæ de stirpe sacra veniente Maria Virginis antiquæ facinus nova virgo piaret,

Ut quoniam naturaprior vitiata jacebat,

Sub ditione necis, Christo nascente renasci Posset homo et veteris maculam deponere carnis.

La prose Paschalis de Sedulius est peut-être encore plus expressive : « Et velut rosa suavis atque mollissima de spinoso cespite nascitur, ni 1 læsura matrem quam gratia jucunditatis obscurat ; ita de stirpe nocentis Evæ Maria sacro veniente cum lumine, primæ virginis lucem sequens virgo dilueret, etc. »

Quelques lignes après, notre poëte, après

CH. XII

IRLANDE

avoir rappelé la naissance du divin Rédempteur, adresse cette douce invocation à la Vierge mère :

Salve, sancta parens, enixa puerpera regem Qui cœluin terramque tenet per secula, cujus Numen et æterno complectens omnia gyro,

Imperium sine fine manet, quæ ventre beato Gaudia matris habens cum virginitatis honore Nec primam similem visa es nec habere sequentem Sola sine exemplo placuisti femina Christo.

Ces vers sont encore récités dans l’office de la sainte Vierge.

La même idée se trouve répétée dans la prose pascale :

« Salve, parens optima tanti regis puerperio consecrata.... cui nulla penitus æqualis femina reperitur quæ tuum decus similiter præcesserit aut sequatur, sola placens singulariter Christo nulli compararis exemplo. »

Dans le cinquième livre, il rappelle de nouveau l'honneur rendu à Marie dans l’église catholique :

Discedat synagoga suo fuscata colore Ecclesiam Christus pulchrosibi junxit a more Hæc est conspicuo radians in honore Mariæ Quæ quum clarifico semper sit nomine mater Semper virgo manet.

Ce qui se trouve répété dans la prose :

« Christus sibi pulchram niveo décoré sociavit ecclesiam. Hæc honorem Mariæ præstat ad gloriam quæ quum charitate conspicua, semper mater esse cernatur, semper tamen virgo conspicitur.

Nous citerons enfin ce beau distique qu'on lit dans son poëme élégiaque :

Sola fuit mulier, patuit quia janua letho;

Et qua vita redit, sola fuit mulier.

11 y avait un autre Sedulius, abbé de Kildare, dans le vme siècle, qui acquit une renommée par ses commentaires sur l’Évangile et les épîtres de saint Paul. Deux fragments de son travail ont été publiés par le cardinal Maj, un autre fragment est contenu dans le manuscrit du Vatican ( codex Palatinus , nü 242); ce dernier offre une exposition de la généalogie du Sau¬

veur, selon saint Mathieu; en arrivant à la formule Joseph virum Maries, il explique le nom de Marie et termine ainsi son traité :

« Maria illuminatrix vel Stella maris interpretatur : syro sermone Domina dicitur, Illuminatrix : quia per ipsam lux totius mundi natus est Christus. Stella maris : quia sicut nantæ in aliquam terram remigantes aliquod sydus eligunt cujus signo lueeque radiante, sine errore possint adduci ; ita sancta Maria in mari hujus mundi navigantibus Stella maris data est par quam ad portum perpetuæ quietis valeant perduci. Domina dignissima nominatur quæ Dominion peperit salvatorem, decentissime namque mater regis Christi, regum regina, mater Domini, Dominorum Domina nuncupanda est per quam lumen fidei accepimus, qua ad visionem Dei perpetuo cum matre simul et filio gavisuri perducamur. »

En lisant ces lignes, il semble que saint Bernard avait le traité de notre abbé devant les yeux lorsqu’il écrivait sur les dignités extraordinaires de Marie.

Claudius. — Dans le même temps que l’abbé de Kildare vivait le commentateur Claudius Scotus, que cite souvent Usher dans son traité de la Religion de l'ancienne Irlande. Voici comment il s’exprime sur la virginité de Marie :

« Non diffidebat (saint Joseph) in ea prophetiam esse complendam. Sed si eam occulte dimitteret neque acciperet conjugem, et ilia sponsa pareret , pauci essent qui eam virginem et non potius autumarent esse meretricem. Unde consilium Joseph repente consilio meliore mutatur ut videlicet ad conservandam Mariæ famam, ipse eam celebrato nuptiarum connubio comitem acciperet sed castam perpetuo custodiret. » Puis il ajoute : « Maluit namque Dominus aliquos modum suæ generationis ignorare quam castitatem infamare suæ genitricis.

« ... Hoc totnm factum est, quid totum? hoc per Unigeniti descensionem : hoc de ista Christi incarnatione ; hoc de angeli ad virginem destinatione... quid illud est? quod virgo genuit,

iï.

quod virgo permansit, quod mater fuit et intacta virgo perseveravit. »

DIVERS

Lorsque les anciens écrivains irlandais s'adressaient au Rédempteur, ils aimaient à rappeler la virginale maternité de Marie, témoin cette belle hymne de matines, chantée dans l'église d'Irlande dès les premiers âges de la foi :

Ante sæcla tu fuisti factor primi sœculi,

Factor cœli, terræ factor, congregator tu maris,

Omniumque tu creator quæ pater nasci jubet ;

Virginis receptus membris Gabrielis nuntio

Crescit alvus proie sancta, nos monemur credere

Rem novam nec ante visant virginem puerperam.

Ce texte est tiré du Liber hymnorum. L'hymne est rappelée par Bède et Hincmar ; elle est insérée avec notes, par Daniel, dans son Thésaurus hymnolog . — Vol. I, page 191.

Dans l’hymne à saint Martin, qu’on trouve auss idans le Liber hymnorum , la seconde strophe rappelle les privilèges de la vierge Marie :

Martine te deprecor, prome rogaris Patrem, Christum, ac Spiritum sanctum, habentem Mariam matrem.

Cette formule : ’« Connais le dis de la Vierge (the son of the Virgin knows) » revenait souvent, employée par les anciens saints, notamment saint Canice1.

Dès le ve siècle, nous trouvons le sacré privilège de la virginité de Marie, rappelé dans la profession de foi d’un Irlandais, disciple de saint Patrice, présenté à Rome à saint Léon le Grand.

a Filiurn credimus (dit-il) in novissimis diebus natum esse de Virgine et Spiritu sancto carnem naturæ humanæ et animam suscepisse... Virginem quoque de qua natum scimus, et virginem ante partum et virginem post partum, ne consortes Helvidiani errons habeamur. »

Ce passage est tiré de l’Apologie présentée

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