‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 100 sur 110 · MARIE AUX SOINS DE SAINT JEAN · texte numérisé non relu

MARIE AUX SOINS DE SAINT JEAN

Diaprés ropinion la plus vraisemblable, Notre- Dame, tant qu'elle vécut, ne s'éloigna guère de Jérusalem*. Il peut se faire qu'elle soit parfois retournée avec Jean revoir la Galilée, ou que, parfois encore, elle Tait accompagné dans ses voyages en Samarie ou sur les confins de la Palestine. On peut supposer encore que Jean, partant pour quelque mission courte et peu éloignée, la laissa quelquefois aux soins d'autres fidèles disciples. Mais tous les deux semblent avoir habituellement résidé dans la ville sainte, et les missions du fils de Zébédée, tant que vécut Marie, ne paraissent pas s'être étendues bien loin de la terre d'Israël.

I. Je regarde donc comme plus probable, non seulement que Marie n'est pas morte à Éphèse ou aux environs d*Épbèse, mais encore qu'elle n'est jamais allée en Asie Mineure. La lettre des Pères du Concile d'Éphèse {Conciles de Mansi, t. IV, col. ia4i)» souvent citée, ne^me parait pas dire que Marie soit venue dans cette ville. Depuis quelques années, la question a été de nouveau agitée à propos du fait suivant : Anne-Catberine Emmericb, dans ses visions éditées par Clément Brentano, dit que la Sainte Vierge mourut près d'Éphèse, dans une maison qu'elle décrit minutieusement; or, en 1891, les missionnaires français établis à Sm/rne, prêtres de la Congrégation de la Mission, se mirent à explorer le Bulbul- Dagh, montagne voisine des ruines d'Épbèse, et y rencontrèrent, au lieu dit Panagbia-Capouli (porte de la Toute- Sainte), une antique maison ou chapelle, qui leur a semblé, et qui depuis a semblé à divers voyageurs, répondre aux indications de la voyante; cette découverte se trouve, paralt-il, confirmée par la tradition locale des habitants de Kirkindjé, descendants des Éphésiens. Évidemment, le jour où il serait prouvé que la description de la maison voisine d'Épbèse, et les autres détails relatifs à la mort de Marie, contenus dans les visions de Catherine Emmerich, proviennent d'une révélation divine, il n'y aurait qu'à s'incliner, et à corriger, d'après ce que Dieu aurait fait connaître à sa servante, quelques no-

Au reste» de la vie que mena la mère de Jésus dans cette retraite, et de raction qu'elle exerça autour d'elle, rÉcriture sainte ne dit rien. Dieu semble avoir voulu laisser beaucoup à deviner sur le grand mystère que fut Marie. L'Écriture donne sur elle quelques indications à la fois discrètes et lumineuses, et elle abandonne le reste à la réflexion et à l'amour des fidèles. Au cours de la vie de Jésus, Marie est montrée à des moments d'une spéciale importance, et comme à tous les points de départ de la grâce. Et de même, au début des jictes : elle «st au milieu de l'Église, lien d'unité et de charité, centre des apôtres et des fidèles groupés alentour. Après avoir rappelé cette première scène, on nous laisse à

lions qui temblaient jusqu'ici faire partie de la rëritable histoire du siècle apostolique. Je suis prêt à faire ces corrections, si jamais Torigine divine du récit d*Ânne-Catherine vient à être reconnue. Mais ce jour ne me parait pas renu encore. Je ne rois pas qu'on ait exclu toute possibilité d'explication naturelle de la description, et de la coïncidence (qui d'aiUeurs ne parait pas à tous également frappante) entre la description et la décourerte de 1891. Les erreurs, et surtout les nombreuses et incontestables bizarreries, que renferment les a rérélations » publiées par Clément Brentano, imposent une prudente réserre à l'endroit de cet ouTrage et des renseignements qu'il contient. Par ailleurs, il 7 a de très graves raisons pour maintenir, contre les prétentions d'Épbèse, la tradition de Jérusalem. Les principales sont : i* Les attestations directes en fareur de Jérusalem, bien autrement fortes que la tradition locale des Kirkindjotes en faveur d'Épbèse ; 1" Surtout, l'étude attentive des Actes et de l'histoire apostolique, d'où il semble très clairement résulter : que saint Jean n'est pas Tenu à Éphèse avant saint Paul ; que saint Paul a fondé l'égÛse d'Épbèse vers l'an 55, très probablement après la mort de Marie ; et qu'enfin saint Jean y est venu seulement après l'an 60, ou même après la mort de saint Paul (67), ou même (Fouârd, saint Jean), après la ruine de Jérusalem (70).

penser que Marie demeura, de même, au centre de rÉglise, et fut sur terre comme Tâme de la communauté naissante. Mais, ce qu'elle fit au juste, où et comment se manifesta son influence, à nous de le conjecturer. Et ce mystérieux demi-jour convient bien à la modestie de Marie. Il convient aussi au rôle de la femme et de la mère, qui est si grand dans la famille, mais si effacé, souvent, dans les apparences; action douce, voilée j mais pénétrante, pleine d'amour, et que saura comprendre le cœur des enfants. Nous essaierons de retracer comment, en s*aidant des principes de la foi et de ce que nous savons par ailleurs sur Marie, la méditation chrétienne a compris la vie de Notre-Dame pendant ses dernières années.

Elle est le lien très saint et très doux qui a uni Jésus à rhumanité. Il fallut qu'elle fut avant lui, pour le recevoir et le donner à la terre; il fallut qu'elle fût après lui, pour apprendre aux hommes à le garder, à vivre de lui, à s'appliquer les fruits de sa rédemption. C'était sa vocation divine d'entourer de soins le corps du Christ. Mais le corps du Christ n'est pas seulement cette chair divine, jadis nourrie par elle, puis souffrante, puis enfin glorifiée; c'est l'Église aussi. Car la grâce d'adoption des enfants de Dieu est si grande, elle crée entre Jésus et les siens une si étroite union, que les fidèles sont avec lui, leur chef, les membres d'un même corps. La Personne de Jésus et l'Église, voilà le Christ tout entier. Or, c'est du Christ tout entier que Marie était la mère. Elle devait donc, comme elle avait assisté Jésus à Bethléhem et à Nazareth, assister aussi l'Église naissante, et l'acheminer vers l'état adulte de la vie chrétienne et de l'esprit chrétien.

Pour cela, comme la mère, elle agissait d'abord par Texemple. La mère prie, s'approche des sacrements, et, par là, enseigne aux enfants à faire comme elle. Ainsi, Marie. Elle était, pour tous, le modèle de la prière, soit dans le silence de sa maison, soit dans le Temple. Car on se réunissait eacore au Temple. Ce lieu était demeuré vénérable, et rien n*empéchait les fidèles d'aller avec les Juifs y chanter les louanges d'un seul Dieu et Père, ou d'y monter pour prier individuellement. Les apôtres mêmes instruisaient parfois dans le Temple, comme avait fait Jésus, et se tenaient de préférence dans ce portique de Salomon où, peu auparavant, le Maître parlait à la foule \

Il était pourtant un rite qu'on n'accomplissait pas au Temple de Jérusalem, car il était essentiellement propre à la religion fondée par Jésus. Cest par groupes, dans les maisons, qu'on pratiquait l'acte religieux mystérieusement désigné sous le nom de « fraction du pain* ». A lire les Actes et quelques passages des Epitres, il semblerait que les apôtres, littéralement fidèles à la recommandation de faire en mémoire du Maître ce que lui-même avait fait, renouvelaient ce qu'ils avaient vu à la dernière Cène. Comme au soir du jeudi saint, un repas parait avoir été associé aux prières, aux hymnes, et à la consécration, qui formaient le rite eucharistique. S'il en était ainsi, après le festin où Jésus se donna luimême à ses disciples, on n'en conçoit pas de plus saints que ceux auxquels Marie venait s'asseoir, participant, lorsque le moment était venu, au mystère renouvelé par les mains de saint Jean.

I. Saint Luc, xxiv, 53; Actes, ii, 46; r, la et 4^. a. Actes, n, 41 et ^6.

Mais la science d'aujourd'hui reconnaît qu'elle ignore beaucoup sur la liturgie primitive. Il peut se faire que le festin sacramentel ait été célébré en dehors du repas commun. Les points importants demeurent incontestés : FEucharistie était, dès les premiers jours de l'Église, le centre et l'âme des réunions intimes; pour la célébrer, on se recueillait dans la prière et l'action de grâces ; l'apôtre qui présidait opérait, en répétant les paroles de Jésus, le changement du pain en son corps et du vin en son sang, et reproduisait par là-même, d'une façon sacramentelle, le sacrifice du Calvaire ; puis, il présentait aux fidèles la chair immolée du Christ et son calice de salut. C'était donc pour Marie la visite quotidienne de son Fils. Avec quelle singulière ferveur elle devait prendre part aux prières alors d'usage ; et comme, à tous ceux qui l'entouraient, elle devait apprendre à recevoir l'hôte divin avec la révérence extérieure et la dévotion de l'âme! Chacun, en ce temps-là, épanchait librement les pensées saintes que lui communiquait l'Esprit de Dieu ; et peut- être elle-même, sans sortir cependant de la réserve prescrite aux femmes, laissait-elle paraître au dehors quelque chose des élans de son âme, entraînant les fidèles dans ses adorations, ses demandes, ses actions de grâces. Et peut-être aussi, à d'autres jours ou à d'autres moments, leur donnaitelle la seule leçon de son silence, de son attitude admirablement modeste, de son recueillement profond. Puis, sans doute, quand la réunion s'était dispersée, elle continuait seule ses colloques avec celui qui était la vie de son âme. Elle fut la première des* adoratrices de Jésus dans son sacrement; elle enseigna à l'Église de quel respect, de quelle pureté et

âl2 Lk SAINTE VIERGE.

de quel amour il veut être entouré dans ce mystère ; et les foules qui, depuis dix*neuf siècles, s*ag^enouillent devant le Dieu caché, ne peuvent mieux lui plaire qu^en imitant les dispositions qu'il trouvait au cœur de sa mère, en ces jours-là.

La douce influence de Marie s'exerçait certainement encore dans les visites qu'elle recevait, et les entretiens qu'elle avait avec beaucoup d'âmes. Non seulement elle avait autour d'elle le cercle des femmes nommées dans l'Évangile, mais le cercle s'élargissait chaque jour. Les compagnes ordinaires de Marie lui amenaient, de Jérusalem, de Samarie, de Galilée, celles qui venaient d'être gagnées à la foi. Plus encore que la catéchèse régulière qui les préparait au baptême, la conversation de Marie éclairait et transformait leurs cœurs. Elle leur inspirait la joie, car elle leur faisait mieux connaître les biens inestimables apportés au monde par Jésus- Christ; l'action de grâces, pour le don inénarrable de Dieu; l'esprit de prière, qui obtient la persévérance et la pureté de la vie ; le mépris des biens de la, terre, car le cœur du chrétien doit être au ciel avec Jésus; la charité, qui s'attache à Dieu, et qui aime en Dieu toute créature; la charité qui se porte sur la Personne de Jésus, et qui, voyant en lui le Dieu et l'homme, le Père avec qui il est un, les hommes avec lesquels aussi il est un, aime Dieu et les hommes en lui. C'est tout l'esprit de l'Évangile, et c'est cet esprit que la mère inspirait à ses enfants.

La vie chrétienne n'était pas seulement dans les âmes, à l'état individuel; elle devenait la vie sociale de l'Église. La communauté s'organisait : il s'y formait des groupes et des classes, sur lesquels l'action de Marie ne pouvait manquer de se faire sentir. La

virginité commençait à paraître. Déjà, l'Église honore comme vierge Marthe, sœur de Lazare. Que ne fat pas, pour pyrifier et élever cette âme, et bien d'autres dont nous ignorons les noms, le contact de la Vierge par excellence I Si, à cette lointaine époque, les vierges étaient dispersées dans la société chrétienne, les veuves constituaient des groupements. Il y eut, dès les premiers jours, les veuves pauvres, assistées quotidiennement par les ressources de la communauté chrétienne ; il y eut plus tard, et peutêtre de très bonne heure, des veuves plus riches, exerçant une sorte de diaconat, consacrées à la pratique des bonnes œuvres*. lia Vierge Marie, qui était aussi le modèle des veuves, veuve de Joseph, mais plus encore veuve sur terre de son Fils et de son Dieu, inspirait aux unes Famour de leur pauvreté, aux autres Tamour des pauvres, à toutes le détachement du monde et le goût de la piété.

Les femmes n'étaient pas seules à l'approcher. On lui présentait sans doute les convertis, surtout les plus notables. Sur les membres même de la hiérarchie, elle étendait ses soins. On a toujours pensé que les apôtres recouraient à ses lumières. Car, nous le voyons par plus d'un épisode des Actes^ la grâce de la Pentecôte ne les avait pas tout d'un coup éclairés sur ce qu'ils auraient a faire dans chaque occasion difficile. Et, à ce moment, où il s'agissait d'appliquer aux âmes la transformation reUgieuse que le Messie avait opérée, de les détacher peu à peu des rites anciens, de réunir dans une même Église Juifs et païens baptisés, d'asseoir sur des bases inébranlables une religion destinée à durer autant que le

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