I. Vijir Actes, vi, i ; première à Timothée, v, 9-10, i
monde, des questions ardues et délicates se posaient chaque jour. Outre l'assistance de son Esprit, promise et indéfectible, Jésus avait laissé à ses apôtres sa mère, trône de la sagesse et trésor des bons conseils. Gouverner n'était pas son rôle; la décision et Tautorité restaient aux. mains des chefs établis; mais il était utile et doux à ceux-ci de venir chercher près d'elle lumière et consolation.
Il semble que Marie dut être en relations avec chacun des quatre Évangélistes. La chose est claire pour saint Matthieu, puisqu'il était l'un des douze. Jean Marc ne pouvait non plus lui être inconnu ; car sa mère, l'une des saintes femmes qui portaient le nom de Marie, avait rang parmi les chrétiennes les plus en vue de Jérusalem, et possédait l'une des maisons où les fidèles se réunissaient en plus grand nombre. '
Nous savons moins comment et à quelle époque précise saint Luc a pu être mis en rapports avec Marie. Mais, depuis l'antiquité jusqu'à nous, on a dit souvent, et avec vraisemblance, que ces rapports ont existé. L'évangéliste lui-même parait l'insinuer lorsqu'il remarque par deux fois, comme pour laisser deviner de qui il tient ses récits, que Marie « conservait toutes ces choses dans son cœur » . Probablement originaire d'Antioche, il ne semble pas avoir été disciple de Jésus lui-même, mais avoir été converti quelques années après l'Ascension. Il put bien venir à Jérusalem peu de temps avant la mort de Marie. Chrétien zélé, il était désireux de s'instruire exactement de toute l'histoire évangélique*; c'était pour lui un inappréciable bonheur de voir et d'interroger
I • Saint Luc, i, i-4«
la mère de Jésus. Et elle, bonne et affable pour tous, peut-être prophétiquement instruite du rôle d'historiographe que Dieu réservait à ce jeune médecin, lui confia ses souvenirs sur TAnnonciation, la Visitation et la sainte enfance de Jésus. Il en est qui (veulent voir encore un récit transmis par elle dans Tépisode du bon larron, dont la conversion est racontée par saint Luc. Et, d*une façon plus générale, Tinfluence de Marie est-elle complètement étrangère à cet esprit de grâce compatissante, qui anime tout le troisième Évangile? Sans doute, le compagnon de saint Paul écrivait pour des chrétientés recrutées en grande partie dans la gentilité; il fallait leur montrer la grâce et le pardon du Christ n'excluant ni le païen, ni le publicain, ni le plus endurci des pécheurs ; et la destination du livre sert beaucoup à en expliquer le caractère. Mais encore, pour que Touvrage fût exécuté suivant ce dessein. Dieu ne s'est-il pas servi des entretiens de Tévangéliste avec la « mère de miséricorde * » ?
Jean avait été choisi par Jésus pour type de ce que doit être un vrai fils de Marie ; et cette figure de l'apôtre bien-aimé mérite d'être contemplée par tous ceux qui veulent, eux aussi, porter dignement ce titre. Il plaisait à Jésus, parce que, fidèle aux premières grâces divines, il avait gardé son âme pure, et avait ouvert son cœur, libre de toute attache ter-
I. On trouve dans les Extraits de Théodore le Lecteur, ëcriyain du sixième siècle, que a Eudocie envoya de Jérusalem à Pulchérie l'image de la mère de Dieu, que Tapôtre Lnc avait peinte ». PG.fLXXXVI, i65. C'est la plus ancienne mention connue de ce portrait. Les a Vierges de saint Luc », quelle qu'en soit véritablement l'origine, représentent un type très ancien et intéressant à étudier,
restre, à Famour de son Dieu. Jésus aussi lui ouvrit son cœur, et, avec son cœur, on Ta depuis longtemps remarqué, il lui donna sa croix et sa mère. Trois dons divins qui s*appellent Tun l'autre : car pourraiton trouver le cœur de Jésus sans trouver sa mère, ou trouver sa mère sans pénétrer jusqu'à son cœur? Mais celui-là trouverait-il vraiment Marie, qui ne la suivrait pas au pied de la croix? et n'est-ce pas là que furent pour Jean, et que sont pour les saints, les intimités de la mère et celles du cœur de Jésus?
Jean mérite le titre d'évangéliste de la Vierge, à cause de cet épisode du Calvaire, que seul il a raconté, et de l'autre épisode, important aussi dans la doctrine de Marie médiatrice, du miracle de Cana. Dans Tensemble de son œuvre, il est le a théologien », comme l'a nommé l'antiquité, le plus « divin » des évangélistes. C'est, disent les docteurs, qu'il avait reposé sur la poitrine de Jésus et puisé là les secrets du ciel. C'est, disent-ils encore, que les cœurs purs voient Dieu; vierge et enfant de la Vielle, Jean entrait plus avant que les autres dans les mystères divins. Et ils ajoutent, rappelant le séjour de Marie dans la maison de Jean : Il ne faut pas s'étonner qu'il ait dit de plus grandes choses que les autres : « il avait près de lui le trésor des secrets célestes^. » Qui sait si Marie n'avait pas dirigé son attention sur ce qu'il y avait de plus élevé dans l'enseignement du Maître : les relations entre le Père et son Verbe étemel, le Verbe venu dans le monde pour lui donner la vérité, la lumière et la vie, la promesse de l'Eucharistie, les derniers épanche-
I . Saint Ambroiie, De rinitîiutîon de la vierge^ tii ; PL., iVI, 3i8.
ments au soir de la Cène ? Les disciples d^alors retenaient les enseignements de leurs maîtres en se les répétant fréquemment, en se les récitant à euxmêmes. Et, dans le quatrième évangile, nous avons comme le fruit d'une mémoire qui s'est longtemps exercée sur de chers souvenirs. Elle les reproduit fidèlement, mais médités, pour ainsi dire : il y a des répétitions ; les phrases les plus belles ou les plus consolantes reviennent comme un refrain, telles sans doute que le disciple préféré aimait à se les redire; chez lui, et chez lui seul parmi les historiens sacrés, la formule d'affirmation est toujours redoublée : « Amen, amen i> ; et Ton se demande si c'est Jésus qui parlait ainsi, ou si ce redoublement exprime l'ardente foi de l'apôtre, faisant écho à l'affirmation de Jésus, dont la méditation lui avait découvert la force et la subUmité. Ce qu'il écrivait ainsi dans sa vieillesse à Éphèse, comme une doctrine depuis longtemps étudiée avec amour et dont son àme s'était tout entière pénétrée, n'est-ce pas ce que, dans son humble demeure de Jérusalem, il avait si souvent répété près de la mère de Jésus, et ce dont elle lui avait appris k comprendre et à goûter le sens profond ?
Comme apôtre, Jean se distingue par son zèle et son ardeur. Qu'on n'imagine pas, chez ce fils de Marie, une piété molle et languissante. Le repos sur la poitrine de Jésus était le repos qui fortifie et prépare pour l'action. Après la descente de l'Esprit Saint et sous le regard de la Vierge, il est plus que jamais le « fils du tonnerre », comme Jésus l'avait autrefois nommé, ainsi que son frère Jacques. Partout, dans les premières pages de l'histoire de l'Église, il parait au premier rang. Il ne cède le pas
LÀ SAINTE VIBROB. 13
qu*au chef établi par Jésus, à Pierre; mais il se tient le plus près possible de lui.
Le jeune apôtre se trouvait donc mêlé aux principaux épisodes de la vie de TÉglise. En le voyant agir, en T encourageant à Faction, mais aussi en stimulant Tardeur des autres apôtres, qui tous étaient ses fils, Marie suivait avec amour les succès, les épreuves, le développement de l'œuvre du Christ*.
Un soir que Pierre montait au Temple, accompagné de Jean, il guérit, près de la « Belle porte », un mendiant boiteux au point de ne pouvoir marcher. Au bruit d'un tel miracle — car le mendiant et son infirmité étaient connus de tous — la foule s'assembla. Pierre se mit à lui parler, et fit de très nombreuses conversions. Mais, tandis qu'il haranguait encore, parut le gouverneur militaire du Temple. Les deux apôtres furent arrêtés, et retenus prisonniers pendant la nuit. Le lendemain, ils comparaissaient devant le Sanhédrin, qui leur fit défense de prêcher désormais au nom de Jésus. « Jugez vousmêmes, répondirent-ils, s'il est juste en présence de Dieu de vous écouter de préférence à Dieu même. Pour nous, ce que nous avons vu et entendu, nous ne pouvons pas le taire. » Et, mis en liberté, c ils revinrent vers les leurs ». Jean revint donc vers Marie, et nous pouvons croire qu'elle était là, présidant à la prière qui s'éleva du cœur des fidèles, réunis autour des deux témoins de Jésus : f ... Seigneur, regardez leurs menaces, et donnez à vos serviteurs d'annoncer en toute assurance votre parole,
I. Voir, potir ce qui suit, les Actes, iii-xii. Là se rapportent les citations non munies de références spéciales.
tandis que vous étendrez votre main pour guérir, et que les signes et les prodiges se feront par le nom de Jésus.... » Comme ils achevaient leur prière, le lieu où ils étaient rassemblés trembla ; tous furent remplis d'une effusion nouvelle de TEsprit-Saint ; et ils continuèrent à prêcher audacieusement U parole de Dieu. Cet épisode, Tun des premiers de la vie apostolique, représente comme typiquement ce que sera, dans TÉglise primitive et même jusqu'à la fin des temps, la prédication de la foi : l'ouvrier évangélique qui passe, faisant le bien et annonçant la vérité, le monde qui lui résiste, l'invincible obstination de la conscience contre la puissance humaine, la prière qui demande la force, et la grâce toutepuissante qui descend d'en haut.
Peu après, on ne s'en tint pas aux menaces. C'est le collège des douze tout entier qui fut arrêté dans le Temple, conduit devant le grand Conseil, et soumis à la flagellation juive de trente-neuf coups. « Et eux s'en allèrent joyeux de devant le Sanhédrin, parce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir un affront pour le nom de Jésus. » C'est avec cette fierté que Jean reparut devant Marie ; et, continue le récit sacré, « chaque jour, dans le Temple et dans les maisons, ils ne cessaient d'instruire et d'annoncer la bonne nouvelle du Christ Jésus ».
Le succès de la prédication apostolique et la persécution des Juifs allaient grandissant de part et d'autre. Le nombre des disciples, et des pauvres à assister, obligea à créer des diacres, ou à en dou«" bler le nombre. Ceux qu'on élut pour ce ministère se firent remarquer par leur zèle, et excitèrent la colère des Juifs; Etienne, le premier d'entre eux, fut lapidé. Puis, on essaya d'arrêter par la terreur
les progrès de la foi au Christ. Les partisans du judaïsme, et, à leur tête, Saui, qu'un coup de la grâce allait bientôt transformer, dévastaient l'Église, entraient dans les maisons, et emmenaient captifs hommes et femmes. A ce moment, beaucoup de disciples quittèrent Jérusalem, et se répandirent dans la Judée et la Samarie. Mais les apôtres demeurèrent dans la ville sainte. Marie y resta donc probablement avec eux, apprenant aux fidèles à se glorifier du triomphe d'Etienne, à rester fermes au milieu de répreuve, et, comme Tavait recommandé son Fils, à se réjouir à cette heure-là et à tressaillir d'allégresse.
Ceux que Forage avait chassés de Jérusalem propageaient activement au dehors la foi nouvelle. Ainsi, Philippe, le premier des diacres après Etienne, prêcha et baptisa dans la Samarie. Pour conférer les dons de l'Esprit-Saint à ces nouveaux fidèles, les apôtres députèrent Pierre et Jean. Ils priaient, imposaient les mains, et les néophytes recevaient la grâce du Saint-Esprit. Jean parait avoir fait, les années suivantes, quelques autres expéditions apostoliques. Car, lorsque saint Paul vint à Jérusalem, trois ans après sa conversion — donc aussi trois ans, ou un peu plus, après la mort d'Etienne — il ne vit d'autres apôtres que Pierre et Jacques « le fi*ère du Seigneur^ ». Il est possible que Marie ait accompagné son fils d'adoption, portant aux chrétientés naissantes, avec sa douce influence, la connaissance et l'amour de son Jésus.
« Vous serez mes témoins, avait dit le Seigneur, à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et