LA PROMESSE DE L'ÉDEN
justice, éTidemment aussi il la dépasse beaucoup ; c'est dans toute la suite des siècles que se prolongera la lutte; et elle aura un épisode central, qui la résumera tout entière, le moment où sera écrasée la tête du dragon ; il y aura donc alors un vainqueur, portant en lui-même toutes les forces de Thumanité et prenant en son nom une revanche définitive ; et à celui-là conviendra d'une façon spéciale le nom de « race de la femme », employé ici à dessein. La pécheresse de TEden entrevit quelque chose de ce consolant avenir. Pour le démon, la vision fut plus nette, et elle fut terrible : c'était la même qui avait excité sa révolte au seuil du ciel, mais, cette fois, la femme et le Dieu-homme lui apparaissaient menaçants, et prêts à venger sur lui le genre humain.
C'est bien, en effet, ce groupe de Marie et de Jésus, montré dans le lointain de la prophétie, qui en forme l'objet principal. Il s'oppose au groupe vaincu, qui, dans la scène de la chute, occupe le premier plan. — L'homme et la femme ont fait alliance avec l'ange révolté ; ils sont devenus esclaves du péché, de la concupiscence et de la mort. L'inimitié établie par Dieu entre le démon et le groupe
€t la race de la femme sont ensemble ennemies du serpent et de la race du serpent. Ainsi, Marie et Jésus, objets principaux de la prophétie, sont associés dans la lutte et la victoire; ils font groupe, comme il est dit plus loin. Le fait qu'ils sont unis pour combattre et triompher montre que la yariante qui se lit dans la Vulgate : a La femme t'écrasera la tête », reste conforme au sens de la prophétie. — Quant aux verbes « écraser » et a attaquer », ils traduisent un même verbe hâireu, répété deux fois ; mais en français, comme dans la Vulgate et dans la plupart des autres versions, il était difficile de trouver un même mot qui répondît à l'attitude si différente des combattants.
vainqueur sera totale et absolue ; purs de tout péché, exempts de toute imperfection terrestre, triomphant de la mort, ils détruiront Poeuvre de Satan et écraseront sa tête. — Seul, le péché d'Adam, chef du genre humain, a perdu tous ses fils; mais près de lui se tient la femme, par qui la ruine a commencé, et qui a présenté le fruit de mort. Seul, le Christ nous sauvera; mais près de lui, Marie aura sa place, commençant Tœuvre de notre salut, et présentant à tous le fruit de vie. — D'Adam et d'Hève sortiront toutes les générations humaines; mais la nature qu'ils transmettront à la multitude de leurs fils sera détournée de Dieu et portera jusqu'à la fin des temps le stigmate de leur faute. Vers Jésus et Marie se tourneront tous ceux qui renaîtront à la grâce ; c'est d'eux que partira la source de vie, pour ceux qui les précéderont dans le temps comme pour ceux qui les suivront. — C'est après le péché, et lorsqu'elle commença de donner à Adam des fils selon la nature, que la femme reçut ce nom d'Hève, qui signifie «vie », a parce qu'elle était la mère de tous les vivants^ j». Hélas! en leur communiquant la vie terrestre, elle les enfantait pour la mort. Glorieuse antithèse de la première femme, Marie sera THève nouvelle et « la mère de tous les vivants »,parce qu'à tous elle donnera de participer à la vie divine et immortelle de Jésus. — La « race de la femme » n'indique pas Jésus seul, mais comprend^ avec lui et en lui, tous les fils de la femme qui, par la nouvelle Hève, auront reçu cette vie surnaturelle*. A travers les temps et à travers le monde, tous
ti Genèse, m, ao.
a. Cf. Apocalypse, xii, 17,