P«aume lxxxyi
à runion des épqux. Et cette comparaison, puisque la condescendance divine la permet à la créature, s*applique d*une façon toute singulière à Marie. Elle est Tépouse : car, si ce titre convient à chacune des âmes justes, il convient surtout à la plus sainte de toutes les âmes. Elle est Tépouse : car, si ce nom est donné à TEglise et à rassemblée des saints, celle-là y a droit la première, qui est la reine et le type idéal de TEglise de la terre et deFEglise du ciel. Elle est répouse enfin, à un titre propre à elle seule et incommunicable : car, avant de se donner à l'humanité et à TEglise, Dieu, en sHncarnant dans^son sein, s^est donné singulièrement à elle, dans le mystère d^une ineffable union.
Pour ces trois raisons, le Cantique des divines fiançailles est par excellence le cantique de Tunion de Dieu avec Marie. Ce n'est pas dans un sens mystique ni accommodatice qu'il lui convient. La lettre du poème chante d'une façon très générale Tamour de Dieu pour l'humanité : son amour pour la Vierge fait donc partie intégrante du sens littéral, et même, en vertu de la primauté de Marie, il en est la partie la plus importante ^ Il y a place, sous le voile très ample de l'allégorie, pour d'autres personnes réelles, comme chacune des âmes saintes, ou mystiques, comme la Synagogue et l'Eglise, auxquelles le titre d'épouse appartient à divers degrés ; et à celles-là peuvent s'appliquer, à côté des passages relatifs à l'union divine, ceux qui marquent quelque imperfection chez l'épouse, ou insinuent quelque reproche
I. Du moins, par rapport à ce qui 8*applique aux autres pures créatures. Car il faut mettre, avant Tapplication à Marie, celle qu^on peut faire à la nature humaine du Christ, ëpousëe par lui dans rincarnatiou.
de la part de Tépoux. A Marie plus qu'à toute autre convient tout ce qui exprime la beauté sans tache , Famour sans défaillance, Tintimité sans nuage :
Vous Voici belle, ma bien-aimée, vous voici belle ; Vos yeux sont des colombes...
Vous êtes toute belle, ma bien-aimée, Et point de tache en vous*.
Devaut elle, toutes les autres s'efifacent :
Tel le lis parmi les épines,
Telle ma bien-aimée parmi les femmes *•
Sa beauté de reine est majestueuse et forte comme , celle des armées ou des grandes villes :
Vous êtes belle, ma bien-aimée, comme Thirsa,
Agréable comme Jérusalem,
Redoutable comme les armées sous leurs étendards ^
C'est une beauté puissante sur le cœujr même de Oiiju, Car à Marie s'appliquent tous ces passages où Tardeur d'un amour réciproque est si vivement dépeinte. Dès sa première parole, comme l'Immaculée dès le premier acte de son cœur, l'épouse aspire au « baiser de la bouche j» de l'époux ; elle le cherche dans le plein midi où il fait paitre et reposer ses troupeaux ; elle conjure ceux qui l'ont aperçu de lui dire son amour ; si elle s'endort — et, pour Marie, ce trait se vérifiait probablement à la lettre — son cœur veille en pensant à lui*. Et l'époux
r. Cantique, i, 14 ; iv, 7 (héb.).
^* Cantique, 11, a.