‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 28 sur 110 · Ce mot ne paraît pas devoir être pris à la lettre, car il · texte numérisé non relu

Ce mot ne paraît pas devoir être pris à la lettre, car il

« frères du Seigneur ». Cette étroite parenté venait sans doute de son alliance avec Qéophas. Gir ce Qéophasy dit une opinion asses^ bien fondée S était le frère, sans doute le frère aîné, de saint Joseph*. Dans ce cas, Tunion des deux familles aurait été resserrée par le mariage de Notre-Dame ; les deux Marie seraient alors devenues belles-sœurs, et les fils de Cléoplias auraient été légalement les cousins germains de Jésus, ce qui répondrait bien aux relations insinuées par TÉvangile.

Le frère puîné de Cléophas, saint Joseph, faisait dès lors, lui aussi, partie de la famille sainte. Uniquement désireux de rendre sa vie agréable à Dieu, rbumble jeune homme attendait en silence l'heure des desseins de la Providence sur lui.

Enfin, penchées sur le berceau de Marie, paraissent deux figures vénérables et douces : celles des deux saints personnages désignés de tout temps sous les noms de Joachim et d'Anne. Tous deux étaient, sans doute, tels que les représentent le» antiques légendes où, sous les épisodes d'imagination, il reste quelque chose de la vérité des physionomies : pleins de gravité, de bonté, de charité pour les pauvres, d'amour de Dieu et de respect pour son ' Temple, aussi voisins du christianisme que pouvaient l'être des saints de l'Ancien Testament. Ou plutôt, ils devaient dépasser de beaucoup par leurs vertus

semble extrêmement difficile d'admettre qu'Anne et Joachim aient eu une première fille avant la Sainte Vierge.

1. Elle se fonde principalement sur le témoignage d*Hégé« sippe, rapporté par Eusèbe, Histoire ecclésiastique^ III, xi; PG., XX, a48.

a. Cléophas serait né d'un premier mariage de Jacob. Plus tard celui-ci, devenu veuf, aurait épousé la veure d'Héli, Voir plus haut*

le peu qu^en disent les vieux narrateurs, qui n^étaient pas toujours hommes d'une bien délicate spiritualité. Plus que ces récits, où la part exacte du yrai est difficile à faire, leur haute sainteté a. pour garants la convenance, ou plutôt la nécessité de leur vocation providentielle, et la persuasion de toute TÉglise chrétienne ^

En effet, toutes les générations ont répété à leur louange ce mot, qui en dit plus que ne ferait une longue histoire : « Vous les connaîtrez à leurs fruits '• » Parfois, il est vrai, le juste naît de parents coupa* blés, et, dans la généalogie même de Jésus, plu-* sieurs noms évoquent de bien tristes souvenirs. Mais le contraste entre les fautes de Thumanité et la pureté réparatrice du Sauveur et de sa mère, beau et consolant tel qu'il se présente entre la sainte famille et ses lointains ancêtres, serait souveraine* ment choquant s'il s'agissait de parents immédiats. Il est touchant de voir des pécheurs prosternés devant

I. On tait que de nombreux détails sur Anne et Joachim, leurs vertus, leurs prières, leur désir d*aToir un enfant, leur Tœu de le consacrer au Temple j et l'annonce qui leur est faite par un ange de la naissance de Marie, se trouvent dan« les Évangiles apocryphes. Voir, par exemple, dans Tischendorf, le Protivangile de Jacques et V Évangile du Pseudo^Matthieu ou Liber de ortu Mari» et înfantia Sahatorîs (souvent cité à tort sous le nom de saint Jérôme). Les récits des Pères orientaux, qui n'apparaissent qu*à une époque relativement tardive et semblent en grande partie dérivés des apocryphes, ne peuvent non plus garantir la vérité des détails. Parmi tons ces détails, quelques-uns portent en eux-mêmes le caractère de la fausseté ; d'autres peuvent être vrais, et on se hasarderait beaucoup en les niant ; mais aussi, il est bien difficile d'affirmer, et de séparer à coup sûr l'histoire d'avec les additions légendaires*

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rhostîe d'expiation ; mais le prêtre qui la touche et le vase qui la reçoit doivent être purs et consacrés. Ainsi, plus approchait le Fils promis à David, plus allait s'épurant le vieux sang des rois de Juda. Au terme bienheureux^ de cette longue série de générations, la maternité divine exigeait la sainteté suréminente de Marie; et la sainteté de Marie, éclatante dès le mystère de sa conception, exigeait une mesure surabondante de vertus chez ceux de qui elle devait tirer sa très pure origine. La bienheureuse Anne a reçu la grâce qui convenait pour mettre au monde la mère du Verbe incarné; Joachim a été choisi, de préférence à tous les autres saints, pour devenir père de la mère du Fils de Dieu*. Voilà par où il faut juger des mérites de ces deux saints. « O bienheureux époux, Joachim et Anne! la nature créée vous est tout entière redevable ; car, par vous, elle a offert à son auteur un don, le plus excellent de tous les dons, cette chaste mère, seule digne de son Créateur.... O bienheureux époux Joachim et Anne, couple vraiment immaculé!... Vous aviez disposé l'ordre de votre vie selon qu'il était agréable à Dieu, et d*une façon digne de celle qui naquit de vous*. » Et les mêmes motifs de convenance nous assurent que, dans un âge avancé, Anne et Joachim obtinrent de Dieu, par la prière, la naissance de leur enfant bénie. Cette circonstance est dans l'harmonie générale du mystère. Dans la pensée des théolo-

I . C'est ce que dit l*Ëglise dans les oraisons de sainte Anne (s6 juillet) et de saint Joachim (dimanche dans l'octave de l'Assomption).

a. Saint Jean de Damas, Premier sermon pour la Nativité de Marie\ PG., XCVI, 664 et 668; cité aux leçons 5 et 6 des matines de saint Joachim.

LA. SAINTE yiERGB» 3 '

giens et des saints, Tlmmaculée Conception fut une œuvre toute divine ; la nature y eut le moins de part possible; tout son rôle fut de fournir ce léger fondement sur lequel doivent nécessairement s'appuyer la grâce et les merveilles de Tordre surnaturel.

Chez tous les autres, qui naissent d'Adam suivant les lois ordinaires, la nature commence d'exister telle que le premier homme l'a faite, lorsque sa désobéissance la sépara de Dieu; elle est privée de la grâce, et l'absence de cette perfection, exigée cependant par sa destinée surnaturelle, est une tache qui la dépare. Plus tard, intervient la vertu rédemptrice du Christ ; elle efface la tache, en versant la grâce dans Tâme; elle incorpore à la famille divine le rejeton de la fs^mille humaine. Chez Marie, jamais d'indigence surnaturelle, jamais de tache, jamais d'éloignement de Dieu. Dès le premier instant, la grâce orne et remplit son âme. S'il faut qu'elle soit rachetée, puisqu'elle naît, comme les autres, de la race d'Adam, la vertu rédemptrice l'atteint d'une façon toute différente ; au lieu de réparer, elle préserve; au lieu de la relever de la ' commune déchéance, elle l'empêche d'être rangée au nombre des déchus, et, dés le premier instant^ l'élève à la dignité des enfants de Dieu. Ce mode unique de rédemption et cette interversion des rapports ordinaires de la nature et de la grâce, annoncent celle qui doit être dans une relation unique avec l'auteur de la grâce et de la rédemption. Et en effet, rimmaculée Conception de Marie — voilà ce qui rend ce mystère si glorieux pour elle — est intimement liée à toutes ses prérogatives. Si Dieu l'introduit dans le monde avec cette plénitude d'innocence

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