‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 31 sur 110 · L'IMMACULÉE CONCEPTION · texte numérisé non relu

L'IMMACULÉE CONCEPTION

jusqu^à la frontière, le roi envoie ses ambassadeurs chargés des présents princiers. Les anges voient préparés les joyaux divins ; déjà monte « la fumée de la myrrhe, de l'ence ns et de tous les parfums* » ; derrière le cortège qui s'avance, ils pressentent le roi pacifique qui viendra pour unir la terre au ciel. Bientôt Tépouse va paraître, bientôt on entendra son cantique : « Joyeuse, je me réjouirai dans le Seigneur, et mon âme tressaillira en pion Dieu : car il m'a revêtue des vêtements de salut, il m'a entourée d'un manteau de justice, comme l'épouse parée de ses bijoux'. »

Le moment où fut créée Tâme de Marie fut, en effet, pour elle, celui des premières fiançailles, la première rencontre avec Dieu. Par là, sa Conception Immaculée présente, à côté de son aspect splendide, un autre aspect tout intime. A peine pou vons-nous soupçonner quelque chose de ce qui se passa alors : ce mystère de grâce demeure, entre Dieu et Marie, un impénétrable secret.

L'Immaculée, pensent communément les théologiens, reçut le bienfait de la sa notification dans une âme pensante et libre, et avec une parfaite correspondance à l'action de son Créateur. La grâce est une mystérieuse union entre Dieu et la créature intelligente. La dignité de cette union demande, si rien ne s'y oppose d'ailleurs, qu'elle soit librement acceptée, et que l'amour créé réponde, en se touraant vers lui, aux avances de l'amour infini. C'est d'ailleurs l'ordre de la Providence de donner le plus

I. Cantique, m, 6. Voir la scène décrite 6-11. a. Introït de la messe de Tlmmaculëe Conception (pris dlsaie, lxi, 10).

possible d*action personnelle et de mérite aux créa* tures. Ainsi Adam, ainsi la multitude des anges, lorsque Dieu, dès le premier moment de leur existence, les éleva à Tordre surnaturel, ne furent ni inconscients ni passifs. Par la connaissance et Tamour, ils attirèrent la grâce, au moment même où Dieu la répandait en eux*. En tout supérieure aux anges et à r homme innocent, Marie n*a pu être sanctifiée d*une façon moins parfaite. Pour elle, il est vrai, Tusage de Tintelligence, naturel pour Tange et pour le premier homme créé adulte, ne pouvait être que Teffet d'un miracle; mais ce miracle, comment Dieu le lui aurait-il refusé, au moment où il prodiguait pour elle ses merveilles ?

Bien entendu, même avec ce pouvoir d'user de ses facultés spirituelles sans le concours des sens, Marie ne pouvait ni mériter la première grâce actuelle, toujours et essentiellement gratuite, ni se disposer à être sanctifiée par un acte qui précédât, dans le temps, sa sanctification elle-même*. Mais, par les actes de ces facultés qui échappent à la loi du temps', elle pouvait se tourner vers Dieu au

t. opinion de tous les maîtres de la théologie, à la suite (le saint Thomas.

1. Car elle fut sanctifiée au premier moment où son âme fut créée. Bulle Ineffabilis, vers la fin.

3. Saint Thomas répond pour un cas semblable (i« p., q. XGT, a. i) : « Comme le mouvement de la volonté n*est pas successif, rien n*empêche que le premier homme, au premier instant de sa création, ait consenti à la grâce. » Marie n'acquiert pas ses premières pensées ; elle est créée Tintelligence pleine d'idées infuses, et dans Pacte de la pensée ; à cet acte de connaissance de Dieu répond, dans la volonté, ua acte d*amour; ces actes de connaissance et de volonté sont surnaturels, car ils sont produits sous Finfluence de la

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même moment où il se tournait vers elle, et par là mériter, d^un mérite de convenance, que la grâce sanctifiante fût aussitôt versée dans son àme^ Quand la lumière du matin vient toucher et ranimer la fleur, la tige se relève d'elle-même vers le soleil ; la corolle s'ouvre et se dilate, comme pour attirer et boire avidement les chauds rayons. Ainsi, prévenue par l'action divine, Marie ouvrit à la grâce, aussi largement que possible, toutes les issues et toutes les capacités de son âme.

Son esprit s'éveille à la vie, plein d'idées qu'il n'a pas acquises, mais que le Créateur y a mises en lui donnant l'être. C'est Dieu qui est là, présent à son intelligence, non pas vu dans son essence *, mais se révélant clairement comme l'infinie beauté, le

grâce actuelle : tout cela ne demande - pas de temps. Mais, dans VuniquB moment réel où tout 6ela s'accomplit, on peut distinguer des instants virtuels^ et des actions de Dieu ou de Marie, antérieures à Finfusion de la grâce sanctifiante dans Tordre de leur nature seulement, et non dans Tordre du temps. Ainsi : i^ Marie est prévenue par la grâce actuelle; a* sous Pinfluence de cette grâce, son intelligence, créée arec des idées infuses, connaît Dieu, et sa volonté se tourne vers lui par Pambur; 3* la grâce sanctifiante est répandue dans son âme, sans qu'il j ait aucun intervalle entre la disposition à la grâce et la grâce eUe-même.

• I. En termes techniques, la disposition personnelle de Marie à la grâce avait un mérite de convenance (de congrue)^ et non de condignité (de condigno), car le mérite de condignité existe seulement lorsque la grâce sanctifiante est déjà répandue dans l'âme.

a. La créature admise à la vision intuitive de Dieu est tellement possédée par cet incomparable objet, que les actes d'amour qu'elle produit alors ne sont plus des actes libres. Comme on s'accorde à dire que Marie, à son premier moment, se donna librement à Dieu, on ne peut admettre qu'elle fut, à ce même moment, favorisée de la vision de l'es-

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bien parfiût, la fin où il faut tendre par le Yerbe médiateor. Exdlée en même temps parla grâce pré- Tenante, Tâme se jette tout entière dans ce bien suprême, qni FinTiteet Tattire; l'intelligence acquiesce à la rérélation qu'il fait de lui-même*; la Tolontë se donne sans résenre par le plus ardent amour. Dans le même indirisible moment où Marie produit ces actes, la grâce déborde en elle, suivant Tinsondable mesure de son amour pour Dieu, et la mesure plus insondable encore de l'amour de Dieu pour elle. Avec la grâce sanctifiante, ce sont tous les privilèges qui tiennent à l'essence même de cette grâce ou en forment le brillant cortège : participation de la vie divine, relation d'amitié avec Dieu, habitation de la Trinité sainte dans l'âme comme dans un temple consacré, dons du Saint-Esprit, dispositions données aux fisicultés, pour leur faire produire les actes de toutes les vertus. Et toutes ces divines énergies ne sont pas en elle â l'état de germe et encore sommeillantes, comme chez tout autre enfant que la grâce vient de régénérer; Marie est, dès l'origine, pleine d'une vie surnaturelle développée et agissante ; déjà son âme est le jardin de délices, qu'embellissent toutes les fleurs et qu*embaument tous les parfums.

L'homme et les anges coupables étaient tombés, pour s'être considérés avec orgueil. Marie n'a pas un

fence divine. Les quelques auteurs qui supposent que ce privilège lui fut alors concëdé, parlent donc, ou doivent parler^ non du premier instant, mais de Tun de ceux qui suivirent.

I. Sur la nécessité de la foi, dans les cas analogues de range et du premier homme, voir saint Thomas, a' 2**,

Vf a. I.

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