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LE NOM DE MARIE

Aux confins de Tère chrétienne, Israël était assez voisin de la Syrie, par la langue comme par la contrée, pour qu'un nom syriaque pût être porté par

plètes, mais qui peuvent du moins orienter Fesprit. i* Le mot étant venu d'Egypte avec la sœur de Moïse, on pourrait lui chercher une étjmologie égyptienne. Dans ce cas, il aurait peut-être le sens de c bien-aimée » (roir Hummelauer, in Esodum, p. i6i). On a aussi, paraît-il, essayé de justifier par Tégyptologie le sens d* « étoile de la mer » (voir Knabenbauer, in Matthmum^ p. 44)* ^* On a souvent rapproché Maryam du syriaque mdr, seigneur, d'où le sens de souve^ raine; mais Maryam, ni Maria, n*est pas le féminin de m€Û'. 3* Si le nom est hébreu, ce qu'on regarde aujourd'hui comme plus probable, on peut se demander s'il n'est pas formé de deux mots, le second étant yàm, mer. Les modernes sont, en général, peu favorables à cette hypothèse ; ils voient plutôt dans am une simple désinence nominale, et par suite tendent à exclure les sens où entre l'idée de mer, 4* Reste à chercher quelle est la racine hébraïque principale, fi le nom est formé de deux mots, ou unique, si am n'est qu'une désinence. On a proposé : A. Mdràh, s'opiniâtrer (idée de Hiller, puis de Gesenius, peu suivis); B. Mûm, être élevé, fort, puissant; G. Bd'dh, voir, en hiphil, faire voir, d'où, au participe de la forme hiphil, iliuminatrice ; avec ydm, illuminatrice [étoile ?] de la mer ; D. Mdrar, être amer ou affligé ; à la même racine se rattachent mor, myrrhe (l'hypothèse qui voit l'idée de myrrhe dans le nom de Marie est celle que préfère le P. Knabenbauer), etmar, goutte (onadit parfois 49/i//a morû); £. Mdrd*, littéralement : être développé et robuste, wohlheleibtj dit Bardenhewer; avant lui, Schegg avait proposé prmchtigj magnifique, ifiû conviendrait peut-être mieux. Du sens étymologique, les orientaux passent vite à Pidée de beauté, avec la nuance spéciale, très appréciée chez eux, de beauté forte. Évidemment, cette force et cette beauté doivent, pour Marie, s'entendre au sens spirituel. (Cette dernière hypothèse est celle que préfère Bardenhewer.) — Dans le texte sont indiqués quelques-uns des sens qui paraissent pouvoir être soutenus avec vraisemblance ; il est difficile de • choisir sûrement le vrai.

une juive, ou pour qu'un nom juif pût être, même contre son sens primitif, vulgairement interprété par rapprochement avec un mot syriaque. En fait,le syriaque mâry seigneur, semble bien avoir donné le nom féminin Martha^ dame ou maîtresse. Interpréter Maryam dans le même sens n'est pas grammaticalement régulier. Il ne semble pas cependant impossible que le peuple Tinterprétât ainsi, comme Tont fait plus tard certains Pères qui on traduit Marie par « dame » ou a souveraine » . En restant dans les limites de la langue hébraïque, le mot peut avoir à peu près le même sens, celui « d'élevée » et de «puissante». Peut-être encore j Marie serait-elle « rilluminatrice », et ce nom conviendrait admirablement à celle qui fait lever, sur le monde et sur les âmes, la lumière du Christ. Enfin les interprètes modernes trouvent plutôt, dans ce nom, le sens de beauté. Ce serait la beauté dans la force et la béatitude, celle delà pleine de grâce et de l'auguste reine du ciel. Ou bien, comme d'autres noms bibliques empruntés aux arbres, ou aux fleurs les plus élégantes, celui de Marie rappellerait la myrrhe, d'où coule l'un des précieux parfums de l'orient : et par là, il exprimerait symboliquement la grâce, la suavité, l'amertume et l'incorruption.

Peut-être est-ce à cause des gracieuses idées qu'il éveillait, que les mères choisissaient fréquemment ce nom pour leurs filles. Mais Dieu se réservait de lui donner, chez la femme par excellence, la plénitude de sa signification. Et celles qui, plus tard, le porteront en son honneur, s'efforceront de reproduire dans leur âme quelques traits de sa surnaturelle beauté.

Une telle enfant devait grandir aussi près que

possible du sanctuaire; sa place, indiquée d'avance et comme toute naturelle, était à l.*ombre de la maison de Dieu. Ses parents ne la disputaient pas à celui qui la Youlait toute sienne, et de qui les droits, Tamour, Tintime action sur elle, dépassaient de si loin leurs droits à eux, leurs soins et leur affection. Peut-être même Tavaient-ils par avance vouée à son service et à son Temple. Elle-même, tant était grande Tardeur de son âme à chercher Dieu et à se donner à lui, ne pouvait que concevoir ou ratifier un pareil vœu.

Aussi, pourvu qu'on ait soin d'écarter un certain nombre de détails évidemment légendaires empruntés aux Évangiles apocryphes, il n'y a nulle difficulté à admettre en substance que Marie enfant fut amenée au Temple, y fut offerte à Dieu, et demeura dans quelque bâtiment qui en dépendit, pour y passer le temps de son éducation. Ce fait, il est vrai, n'est pas attesté par des témoignages historiques aussi fermes qu'on pourrait le souhaiter; et, d'autre part, l'Égliseï lorsqu'elle en rappelle le souvenir dans la fête de la Présentation de Marie, ne prétend pas engager là toute son autorité. Néanmoins, la présomption purement historique est favorable à l'opinion commune. Car l'enfance de Marie forme une portion notable de sa vie. Et, bien que l'antiquité ait beaucoup ignoré sur la biographie de Notre-Dame, il semble qu'elle ait pu savoir si ses premières années s'étaient, ou non, écoulées dans la maison paternelle. Or, elle ne nous a pas transmis de tradition opposée à la tradition courante ; les anciens auteurs, lorsqu'ils parlent explicitement de l'enfance de Marie, la placent au Temple et non ailleurs. Il semble donc que le fait de l'éducation près du lieu saint ait fait partie

du canevas historique transmis par la première génération chrétienne. Les auteurs du Protéifangile de Jacques^ de V Évangile du pseudo-Matthieu^ de t Evangile de la Nativité de Marie^ brodèrent beaucoup sur ce fond, mais ils ne paraissent pas Tavoir inventé. Et, dans un ordre de motifs différent de la pure histoire, le fait que les Pères grecs aient si communément ^dmis et prêché la Présentation au Temple, que les Églises d'Orient Taient très anciennement fêtée, et que TÉglise romaine elle-même la fête depuis plusieurs siècles, constitue un grave argument en faveur de cette tradition.

Rien d'invraisemblable, du reste, à ce qu'une enfant fût ainsi offerte à Dieu et élevée près de son Temple. Un certain nombre de documents s'accordent, au contraire, fort bien avec le témoignage de l'antiquité chrétienne.

Nous savons, par l'Écriture sainte, que l'on pouvait « vouer des âmes au Seigneur », et que ce vœu s'appliquait aux femmes tout aussi bien qu'aux hommes, aux enfants comme aux adultes \ Souvent, le texte même l'indique, on se libérait de pareils engagements par voie de rachat. Mais ne pouvait-on aussi bien les accomplir par la donation au Temple de sa personne et de ses services ? La seule raison d'en douter, pour les femmes, est qu'on pourrait se demander s'i) y avait pour elles quelque place et quelque emploi près du lieu saint.

I. Voir Lé¥itique^ xxvii, 1-9 (noter le v. 6). Au r, a, 9UÎ^. : « L'homme qui aura engagé son âme au Seigneur » ; kéb. : « L'homme qui aura engagé «fei âmes,,, » (par exemple, un père, la personne de ses enfants). — A propos de ce passage, les auteurs protestants de la Bible annotée de Neuchâtel (t. II, p. ia4)« admettent également que le yœu pouvait être accompli personnellement, même par des femmes.

Or, ici encore, plusieurs indices semblent favoriser la tradition. On peut, il est vrai, sérieusement douter que les a vierges renfermées » qui, au moment de l'attentat sacrilège d'Héliodore, accouraient pleines d'effroi vers le grand-prêtre, fussent précisément celles que Ton élevait dans le Temple*; il est possible qu'il s'agisse là simplement de jeunes filles renfermées dans la maison paternelle^ Mais, ce texte obscur et douteux mis à part, d'autres textes et d'autres raisons insinuent que les femmes pouvaient travailler pour le sanctuaire, et même s'associer d'une façon spéciale à la liturgie. Dès le temps de Moïse et d'Aaron, les femmes a au cœur habile » brodèrent, pour le Tabernacle, les toiles de lin et les étoffes richement teintes en couleurs d'hyacinthe et de pourpre* ; et il est clair que les plus dévouées au Dieu d'Israël purent toujours s'occuper à de semblables travaux. D'autres fois, dans les cortèges sacrés, femmes et jeunes filles frappent sur le tambourin et répètent le refirain des cantiques^. Peut-être même un chœur de femmes s'unissait-il, au moins quelquefois et d^une place éloignée, aux chants liturgiques du Temple. Enfin et surtout, la Bible nous parle par deux fois de femmes qui, dès les temps les plus reculés du culte mosaïque, formaient comme une garde d'honneur devant l'entrée du Tabernacle*. Peut-être est-ce à l'un de cespassages,peut-être à[quel-

I. Second des Macchabées, m, 19 (yoir le grec et faire attention aux rariantes).

a. Exode, xxxv, a5, a6.

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