CHAPITRE IV
SAINT JOSEPH; LE VIRGINAL MARIAGE (ENVIRON l'aN ^
AVANT NOTRE ÈRe). l' ANNONCIATION (aS MARS
DE l'an 6?).
Dieu avait sanctiGé d'avance Anne et Joachim pour les rendre dignes de Marie ; et, après la leur avoir donnée, il les avait de nouveau bénis à cause d'elle. L'effusion de grâces reçue par l'Immaculée avait reflué sur ses parents ; puis sa présence sous leur toit, ses premières paroles et les premiers signes extérieurs de sa piété, le sacrifice de la conduire au Temple et la vue de son ardeur à se donner à Dieu, le spectacle, lorsqu'ils venaient la visiter, de ses merveilleux progrès, tout avait été pour eux excitation et secours pour avancer dans la sainteté. Lorsqu'ils eurent atteint la très abondante mesure de grâce qui devait les faire solennellement honorer par toute l'Église chrétienne. Dieu les rappela de ce monde. Ce fut, dit-on assez communément, durant le séjour de Marie au Temple ^
I. Les peintres ont assez sourent représente sainte Anne près de Marie et de Tenfant Jésus, dans leyrs tableaux de la sainte Famille. Cependant, la plupart des auteurs placent ayant Plncarnation la mort des parents de Marie. 11 n'y a, d'ailleurs, dans un sens ou dans l'autre, ni textes d'une yaleur Traiment historique, ni arguments décisifs.
Se séparer d^eux avait été la première douleur de leur fille ; les perdre fut une douleur bien plus amère encore. Car, plus Marie aimait Dieu, plus elle aimait, en lui et pour lui, tous ses proches. Entourer d'une ardente aflecûon ceux à qui elle devait la vie, et ceux qui avaient consacré sa vie à la prière et au service du Temple, c'était se conformer à la volonté divine ; les assister peut-être à la mort, et certainement les pleurer avec une profonde afSiction, c'était encore se conformer à Tordre de la très sainte et très pure charité. Mais sa douleur était paisible et intimement consolée : car elle les savait endormis dans la grâce de Dieu et Tattente de ce Rédempteur, qui devait ouvrir aux justes les portes du ciel.
Peut-être sa condition d'orpheline entre-t-elle pour quelque chose dans cet « état d'abaissement' » dont Marie parlera bientôt. «Mon père et mamère m'ont abandonnée, pouvait-elle dire dans sa prière, mais le Seigneur m'a recueillie*. » Plus elle était séparée de toute affection humaine, et plus Dieu même allait prendre la conduite de sa vie.
Ce n'est pas seulement la perte de ses parents qui la rendait étrangère en ce monde. Librement et dans l'intime du cœur, elle s'était pour jamais dégagée de la terre. Nous voyons, par une de ses paroles à l'ange Gabriel, que, avant le jour de l'Annonciation, elle
I. Saint Luc, i, 4^* Marie Teut surtout dire que Dieu a regardé sa serrante, qui n*est que pauTretë et néant devant le Créateur. Toutefois, il est possible que dans ce mot taiccivcùaiç, qui exprime Fëtat d'abaissement, soit comprise aussi rhumble condition où elle se trouvait réduite aux jeux du monde.
a. Psaume xxvi, lo.
avait, d'une manière absolue, engagé à Dieu sa virginité*. Nous ne savons pas exactement, du reste, à quelle époque remontait ce vœu*. Il tient si étroitement à ridée même de Marie, qu'on n'en saurait chercher trop loin l'origine. Depuis son premier acte, la charité de l'Immaculée était un don total d'elle-même ; ce don excluait d'avance tout ce quii peut partager le cœur; il renfermait une très, pure intention de plaire à Dieu en toutes choses et une consécration parfaite à son service.Le jour vint où Marie comprit combien la pureté virginale est agréable aux regards divins. Et dès lors, désireuse de toujours garder une si précieuse vertu et d'en rendre, par vœu, la pratique plus excellente et plus stable, elle se lia par un engagement formel et explicite. Dieu s'est plu quelquefois à mettre cette promesse dans le cœur et sur les lèvres d'enfants appelés à une haute perfection. Qui peut dire avec quelle hâte l'Esprit- Saint l'inspira à la plus parfaite des créatures, à la plus éclairée, à celle que tous devaient nommer oc la