‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 41 sur 110 · Aux Ephësiens, v, a3-3a · texte numérisé non relu

Aux Ephësiens, v, a3-3a

3. Saint Bernard, seconde homélie sur Missus est, § i6; PL. CLXXXIU, 69-70.

4. La conyenance, mais une convenance qui s'impose, est le grand et Texcellent motif de cette assertion. Dieu, voulant que son Fils naquît sous les apparences du mariage, dut rendre cette union aussi convenahle et aussi bien proportionnée qu'elle pouvait l'être. U donna donc, sans aucun doute, à la Vierge, un époux vierge aussi, d'un âge qui dëjà inspirât le respect, et qui cependant ne s'écartât pas trop de celui de [Marie. Voilà pourquoi tout le monde aujourd'hui

phas, le fils né de Jacob pour être riiéritier légal d'Héli, l'humble charpentier Joseph.

Sur ses premières années, le silence de TEcriture est absolu. L'Évangile en parle brièvement, en racontant les origines de Jésus; puis, il le laisse dans son obscurité. Longtemps même, Joseph n'a été ni connu ni honoré des fidèles autant qu'il mérij tait de l'être. C'est seulement après de longs siècles, au temps marqué par la Providence, que la pensée chrétienne a pleinement compris ce que son rôle contient de grandeur et suppose de sainteté. La vie intérieure débordait dans l'âme d.e cet artisan silencieux et ignoré ; les plus rares vertus y avaient atteint leur plein développement; la charité y régnait et en gouvernait tous les actes. L'Évangile, en passant, l'appelle « juste »; et un instant de réflexion nous fait comprendre de quelle justice totale il s'agit, et quelle perfection était la sienne. Car c'est à ses mains fidèles que Dieu confia sa mère immaculée ; son cœur fut lié avec le cœur de Marie, en attendant de' l'être avec le cœur même de Jésus, par les plus intimes rapports et la plus pure affection; et enfin, puisqu'il fut jugé digne de contracter cette union; qui demande la ressemblance des âmes et une certaine égalité, c'est que personne

s'accorde à penser que saint Joseph, au moment de la naissance de Jésus, devait être un homme de trente à trente-cinq ans. C'est par suite d'une idée fausse, et non en s'appuyant sur des documents traditionnels, que les auteurs d'Évangiles apocryphes ont vu dans le gardien de Marie l'oc* togënaire qu'ils décrivent. Il faut les abandonner résolument, et regretter que quelque chose de leur fausse conception ait passé dans une partie de l'ancienne littérature ecclésiastique, et par suite dans l'art chrétien*

LA SAINTE VIBBOB* S

autant que lui ne ressemblait à la reine des anges, et ne pouvait au niéme degré supporter quelque comparaison avec elle.

Nul document digne de foi ne nous apprend comment Joseph fut choisi pour être le gardien de Marie, comment Marie fut amenée à accepter Joseph pour épouxV L'Église, dans sa prière liturgique, parle à ce propos de « Tineffable Providence » de Dieu'. Et la seule explication possible est bien, en effet, une intervention de la sagesse et de la puissance de Dieu, conduisant par des voies secrètes et admirables les âmes qui se confient en lui. Marie, en choisissant la virginité, s'était abandonnée à cette Providence toujours fidèle. La Providence inspira à Joseph une résolution semblable à celle de Marie ; elle fit connaître à chacun d'eux la disposition où l'autre se trouvait'; elle leur manifesta qu'il lui

I . Il ne parait pas possible de dégager la part de yérîté, cachée peut-être au fond de la légende des Terges remises au grand-prêtre, pour obtenir un signe du ciel. Cette légende se présente d'ailleurs avec diverses variantes et corrections. Telle qu'elle est dans la plus ancienne rédaction qui soit venue jusqu'à nous (Protévangile de Jacques, viii, ix), elle n'est conforme ni à l'histoire, ni à la dignité de saint Joseph, ni à la vraisemblance. Comment admettre cette convocation des prétendants au son de la trompette, et ce miracle éclatant, là où Dieu voulait le silence et le secret? — A côté de l'explication légendaire, on a tenté l'explication scientifique : des considérations de parenté et de législation juive auraient obligé Marie et Joseph à contracter ensemble ; tout cela reste bien incertain.

a. Oraison du Patronage de saint Joseph.

3. « Ad secundum, dicendum quod beata Virgo, antequam contraheret cum Joseph, fuit certificata divinitus quod Joseph in simili proposito erat ; et ideo non se commisit periculo Dubens. » Saint Thomas, sur le lY* livre des Sentences, distinction xxx, question ii, article i, solution a, ai/ a"*.

était agréable de les voir s*unir, afin de garder ensemble ce qu'ils avaient promis à Dieu.

Selon les coutumes juives, le mariage comprenait trois actes successifs. Il y avait d'abord, entre les deux familles, des pourparlers et une entente — c'est là que Dieu intervint — aboutissant au libre consentement des deux parties, et à leur promesse de s'épouser.

Puis, venait le jour des fiançailles. Peut-être célébra-t-on celles de Marie là où elle avait jusqu'alors habité, dans quelque salle des bâtiments dépendant du Temple. Les familles et linéiques témoins assistaient en général à la cérémonie. Le fiancé remettait au père de la jeune fille, ou à quelque proche parent qui en tint la place; un anneau ou quelque autre cadeau précieux destiné à sa fiancée; ce signe et les paroles qui l'accompagnaient exprimaient un engagement définitif. Depuis ce moment, en effet, les fiancés s'appartenaient, et avaient presque tous les droits et les devoirs de véritables époux*. Cependant, avant de poser le

I. Beaucoup de modernes disent : tous les droits. Us considèrent les fiançailles hébraïques comme équivalentes au mariage et ne Voient qu'une simple formalité dans Tintroduction de Tëpouse dans la maison de Tëpoux. Nous sonunes ti incomplètement renseignés sur les coutumes juives, quHl serait hardi de rejeter absolument cette opinion ; il pourrait se faire qu'il en fût ainsi, du moins à Tépoque évangélique et en Galilée* Cependant, je ne vois pas d.e preuves solides que, de fait, il en fût ainsi; et, puisqu'il est sage d'accepter, faute de mieux, les renseignements un peu postérieurs tirés du Talmud, je dois dire que l'opinion de ces nombreux interprètes me paraît difficilement conciliable arec l'interdiction faite aux fiancés de communiquer ensemble, avec la législation juive telle que l'expose Buxtorf {de Sponsalîbus et divortio, 0>i. 64« 66, 68» dans le Thésaurus d'U^olino, t. XXX, |>. lxxv).

troisième acte, c^est-à-dire d*entrer dans leur habitation commune, ils devaient attendre encore une année entière, vivant chacun dans la maison de leurs parents, et ne communiquant ensemble que par un intermédiaire, nommé « Tami de Fépoux ». Marie était probablement orpheUne ; et rien ne nous apprend si, pour cette année d'attente, le Temple put être considéré comme sa maison paternelle, ou si elle fut confiée à la garde de quelques proches parents.

Les douze mois écoulés, on célébra à Nazareth, puisque c'est là que Ton devait habiter, le mariage proprement dit. Sur le soir, Tépoux, entouré de dix compagnons, venait chercher sa fiancée qui l'attendait, au milieu de dix .jeunes filles. Dès qu'il paraissait, celles-ci préparaient leurs lampes; le cortège se formait ; à la clarté des lumières, au son des flûtes et des tambourins, l'épousée était conduite à la maison de son époux, où avait lieu le festin des noces. Cette solennelle introduction dans la demeure de l'époux était, d'après les usages juifs, l'acte par oïl s'achevait le mariage.

Dans cette humble famille d'une petite ville de Galilée, les cérémonies traditionnelles se passèrent vraisemblablement en toute simplicité. Joseph et Marie, suivant l'ordre de la volonté divine, enga-

et avec la formule de bënëdiction des fiançailles (Thesaurtis d'Ugolino, t. XXX, p» ggglxx). Voilà pourquoi je place avant FAnnonciation Tintroduction de Marie dans la maison qu'elle devait habiter avec Joseph. Les modernes^ dont je crois devoir me séparer, placent cette dernière cérémonie après ^Annonciation, et entendent en ce sens le mot de saint Matthieu : tcapiXaÔtv^ que j'expliquerai d'une autre façon au chapitre suitantè

geaient Tua à Tautre leur affection, et, au milieu de la fête de la terre, ils tenaient leurs cœurs élevés vers celui qui, seul, devait les posséder totalement.

Quand ftirent passés les jours donnés aux modestes réjouissances de famille, ils s^établirent définitivement dans la maison qu^ils devaient habiter. C^était celle de Marie, et celle même où elle était née, disent volontiers ceux qui placent son berceau à Nazareth. Cependant, puisqu'il paraît un peu plus probable que son lieu natal fut Jérusalem, peut-être est-il un peu plus probable aussi que la maison de Nazareth appartenait à Joseph. Il aurait alors non seulement reçu Marie chez lui pour la cérémonie du mariage, mais il l'y aurait gardée et établie.

Adossée par le nord à la colline sur laquelle la ville est bâtie, et avançant vers le sud, Thumble construction présentait une pièce principale — la Santa Casa proprement dite, — sans doute cette salle qui, dans les maisons peu opulentes, sert aux rerpas et à la vie en commun. De cette pièce, on avait accès dans une ou plusieurs autres plus petites, engagées, en partie au moins, dans le rocher. Un de ces appartements, le grand, ou plus vraisemblablement un des petits, servait de chambre à Marie. Joseph, et plus tard Jésus, devaient également avoir où prendre leur repos dans la sainte demeure; mais, suivant Tusage du pays, Tatelier était distinct de la maison d'habitation, et situé à quelques minutes de là.

Au milieu de Tuniverselle corruption, cet humble toit attirait les regards et la miséricorde du ciel. Marie plaisait à Dieu par ses mérites, elle Tinclinait vers le monde par sa prière. Sans doute, la maternité

divine ne peut, avoir de juste proportion avec les plus hautes vertus, les actes surnaturels les plus parfaits et la plus excellente préparation d'une créature. Du moins, tout ce qu'une créature peut faire pour s'en rendre moins indigne, Marie î'avait fait. Prévenue de grâces merveilleuses, elle y avait été merveilleusement fidèle. Au degré où elle était parvenue, elle méritait, non en stricte justice;, mais dans la mesure possible et convenable, la maternité divine^; en d'autres termes, étant supposé qne Dieu voulait avoir une mère, Marie était, autant qu'une femme peut Tètre, digne de le devenir, et sa «^^^inteté demandait qu'elle le devint. £n même temps, ses supplications pour le salut du monde, parfaites et plus agréables au ciel que celles de tous les anciens justes, avaient assez de pouvoir pour hâter l'accomplissement de la promesse. Dieu allait donner au monde le Messie, au temps marqué par sa sagesse ; mais cette éternelle sagesse, dont les décrets tiennent un si grand compte de nos demandes, avait déterminé ce temps dans la prévision des prières de Marie ; et le temps ainsi fixé vint plus tôt et fut choisi avec une plus parfaite convenance que si Marie n'eût pas prié.

Tout se préparait pour le grand événement. Déjà à Zacharie et à Elisabeth avait été donné un enfant de miracle, en qui devait revivre l'esprit d'Élie, afin de préparer au Seigneur un peuple renouvelé. Et sa naissance avait été annoncée par Gabriel, l'un des anges qui se tiennent devant la face de Dieu.

 plus forte raison, l'Incarnation du Verbe devait être annoncée à Marie. Il le fallait, en raison de la

I. Elle méritait la maternité divine non de condîgno^ mais de congruoy disent assez communément les théologiens.

grandeur de l'œuvre, de la dignité du Fils, et aussi du rôle de la mère dans le plan divin.

Le Père, en unissant son Verbe à une nature créée, allait « célébrer les noces de son Fils ». Marie devait, à cette heure des fiançailles, répondre, au nom de Thumanité et de toute la création, qu'elle acceptait rhonneui* de l'union divine. C'est pour lui demandqr ce consentement qu'un ambassadeur va lui être envoyé du ciel.

Jadis, crédule aux paroles d^un ange déchu, la première femme a rompu les relations entre Dieu et la terre, et présenté à l'homme le fruit dont lui et toute sa race devaient mourir. Recevant avec toute sa foi et tout son amour les paroles d'un ange de lumière, la nouvelle Hève va rétablir l'alliance, et donner, par son fruit, la vie au monde.

Les autres mères mettent au jour un fils dont elles ignorent les destinées, et si plus tard, par des actes indépendants de leur volonté à elle, ce fils accomplit de grandes choses, elles se trouvent avoir procuré k leur pays un chef ou un bienfaiteur. Jésus sera d'une toute autre façon le don de Marie : instruite sur sa Personne et sur le but de sa venue, elle deyra déclarer en toute liberté si elle accepte d'être sa mère ; et son consentement, pleinement conscient et volontaire, en même temps qu'il assurera son concours physique à l'Incarnation, la rendra glorieusement responsable des conséquences de ce mystère, et unira sa volonté à toute l'œuvre rédemptrice de son Fils. Ainsi, l'entretien, si simple dans sa grandeur, si bref dans sa souveraine importance, qu'elle va avoir avec l'ange, la fera pour jamais, dans l'amour et la reconnaissance des hommes, l'af sociée de leur Sauveur.

c Dans le sixième mois » depuis la conception de Jean-Baptiste, raconte saint Luc*, « Tange Gabriel (ut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, nommée Nazareth, à une vierge fiancée* à un homme nommé Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie. » L*ange, revêtu d'une forme humaine, « entra près d'elle », sans doute dans Tintérieur de sa demeure « où, la porte fermée, elle priait le Père dans le secret' » ; et, s'inclinant avec un profond respect devant sa reine, il lui adressa ce salut de la part de Dieu : « Je vous salue », oa plutôt, selon la formule orientale : La paix soit avec vous, a pleine de grâce ». Gabriel ne donne pas d'autre nom à Marie, mais « pleine de grâce » n'estil pas comme son nom propre et incommunicable? « Le Seigneur est avec vous », par son amour répandu dans votre cœur, par son esprit qui vous , dirige, par sa puissance prête à éclater en vous, par sa sagesse enfin et par son Verbe, que vous avez conçu dans votre âme, avant de le concevoir dans votre sein. « Vous êtes bénie entre les femmes. »

c Lorsqu'elle entendit », adressées à elle, de pareilles louanges, la très humble vierge, volontairement et avec une prudence toute surnaturelle, « se troubla des paroles de l'ange » ; Dieu jamais n'avait

I. Saint Luc, i, <a6-38 ; texte commente dans les pages suivantes.

a. Saint LuC emploie ici le mot ltJivif](rTeu(Aivvi qui signifie « fiancée io, et il l'emploiera encore (ii, 5), pour un temps où, de Taris de tous, la dernière cërëmonie du mariage était certainement célébrée. Il semble donc vouloir exprimer par ce mot les conditions spéciales de cette virginale union.

3. Saint Bernard, troisième homélie sur Uissus ett\ PL., CLXXXIII, 71.

oncepk ™^ ^**^ ^^^^ ^® ^^ grand à une créature*, t et elle se in^e fil demandait ce que pouvait être une pareille saludete tation».

kj^\^ < L*ange lui dit alors : Ne craignez pas, Marie, 'tleiwc ^^^ ^^"^ ^^^^ trouvé grâce auprès de Dieu », et non Vmk seulement, comme d'autres justes, grâce pour vous, mais vous avez trouvé grâce pour commencer la réconciliation du monde. « Voici donc que vous concevrez dans votre sein et enfanterez un Fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Celui-là sera grand, et se nommera le Fils du Très-Haut; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, et il régnera pour les siècles* sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. »

La révélation divine est rarement exprimée sous une forme méthodique et didactique, comme, celle d'un traité. Ce sont quelques profondes et lumineuses affirmations, dans lesquelles la foi embrasse d'abord la vérité tout entière, puis qu'elle développe et ordonne en les méditant. Ainsi, Gabriel n'expose pas à Marie la théologie complète de l'Incarnation ; mais, en quelques mots, il lui en livre toute la substance ; par quelques allusions aux promesses faites à David, aux prophéties d'Isaïe, de Daniel et des Psaumes', il lui en découvre tous les horizons. Celui qui naîtra d'elle sera Dieu : le nom de t Fils du Très-Haut » qu'il doit porter l'indique, et aussi la perpétuité de son règne, qui ne peut convenir à la seule nature

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