‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 42 sur 110 · I. Origène, sur ce passage; PG., XIII, i8i5-i8i · texte numérisé non relu

I. Origène, sur ce passage; PG., XIII, i8i5-i8i

a. Je traduis mot à mot le grec elç toOç alâvaç, également bien rendu dans la Vulgate par in œternum, son équivalent dans la langue biblique.

3, Voir Second des Rois, vu, 8-17 ; Psaumes lxxxviii et cxxxi; Isaïe, tu et zx; Daniel, yii (surtout i3, i4, 27).

humaine; car cette royauté de tous les siècles et sans fin, promise à David pour une longue suite de descendants, elle est ici assurée à la Personne même de Jésus. Il sera homme cependant, car David est nommé son père. Et cependant il est un : c'est le Fils que Marie doit concevoir et enfanter. Son œuvre est marquée par son nom terrestre : « Jahveh sauve, Jésus' ji ; elle est exprimée encore par ces prophéties dont Tange emprunte les termes : le Fils attendu, le roî à qui appartient le trône de David, le chef du royaume étemel, c'est le Messie qui doit sauver IsraL^l, le réunir sous son sceptre avec les nations régénérées, et mettre son peuple en possession de tous les biens du « royaume de Dieu ».

Marie était instruite d'avance sur le mystère du Verbe incarné et sur le sens des prophéties; et la lumière divine Téclairait à ce moment même, pour pénétrer, dans toute sa profondeur et sa lointaine portée, le sens du message angélique. Elle se vit donc, sans le moindre doute, choisie pour la mère du Dieu-Messie, et crut, sans aucune hésitation, à Taccom plissement de tout ce que le Seigneur lui faisait dire. Un seul point demandait une explication, et son esprit s*y porta aussitôt, car il intéressait soa plus cher trésor. La virginité qu'elle avait engagée à Dieu ne pouvait être mise en péril par la maternité du Verbe ; une prophétie formelle^ qu'elle connaissait bienj lui en garantissait la merveilleuse conservalion. Mais que devait-elle faire, afin que le miracle s'accomplît* ? Prudemment et discrètement, a Marie

j, Jehôiua*, Ou, sous une focme abrégée, Jê}ûa^, formé du nom divin apocope, et du verbe ya5a% qui, à la forme hiphil^ ÊÏgiiiiie sauver,

a. Beaucoup supposent ici que Marie est surprise d'en-

dit à Fange : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme? Et Tange, répondant, lui dit : L'Esprit-Saint surviendra sur vous, et la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c^est pourquoi la chose sainte qui naîtra de vous sera nommée le Fils de Dieu. Et voici qu'Elisabeth, votre parente, a, elle aussi, conçu un enfant dans $a vieillesse, et ce mois est le sixième de celle qu'on nommait stérile : car nulle œuvre ne sera jamais impossible à Dieu. »

En apprenant à Marie que sa parente était devenue mère\ Dieu avait ses desseins, et préparait les mystères de la Visitation. Puis, le miracle accompli en Elisabeth était une confirmation et un signe prochain du miracle plus grand, annoncé jadis, et maintenant sur le point de s'accomplir; l'un est aussi aisé que l'autre à la puissance infinie. Et la Vierge n'avait autre chose à faire que de se livrer à l'action de Dieu.

Gabriel avait tout dit; et cependant, il ne se retirait pas. Il attendait le consentement de celle à qui il venait d'exposer le plan divin. Tout ce qui passait en cet instant devant le regard de Marie, notre esprit manque de force et de lumière pour s'en faire quelque idée. Dans la foule de ses pensées, il

tendre parler de maternité, et demande comment ce qci*on lui annonce pourra se concilier avec son vœu. L'explication que je donne semble être plus vraie et s'accorder mieux avec la science de la Sainte Vierge. C'est d'ailleurs celle d'excellents interprètes, saint Ambroise par exemple, parmi les anciens, et, parmi les modernes, le P. Knabenbauer (in Lucam, p. 67-68).

I. Probablement, Marie n'en avait pas été informée par sa parente, qui s'était enfermée dans le silence et la retraite (saint Luc, i, 34, aS).

y avait la claire prévision a'indicibies honneurs et de souffrances ineffables. Et elle, accoutumée à s'oublier, n'avait égard ni aux uns ni aux autres ; au-dessus de tant de visions ravissantes ou terribles, elle regardait Dieu seul, l'aimait, et, dans sa volonté, aimait le salut du mondei Se recueillant dans un geste de modestie et de charité, « Marie dit ; Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole. »

Et, au même instant, tandis qu'elle entre dans une contemplation qui est la claire vue du mystère*, les trois divines Personnes opèrent en elle l'Incarnation. De la très pure substance de la mère, l'Esprit- Saint forme le corps immaculé du Fils. Comme Dieu, ombrageant d'une nuée l'arche et le Tabernacle, y descendait jadis par une spéciale présence, ainsi le Verbe, Vertu de Dieu', prend possession de son Tabernacle nouveau ; et la nuée dont il s'enveloppe aujourd'hui, c'est ce corps, œuvre de l'Esprit-Saint, cette âme en même temps créée, cette humanité enfin qu'il (ait sienne en la tenant dans l'intime dépen-

I. Marie eut donc à ce moment la vision de Pessence divine elle-même, si cette vision peut être accordée en cette vie à une pure créature, — question discutée en théologie ; à tout le moins, une vision de Dieu aussi élevée que possible dans la vie présente. Voir Suarez, Mystères du Christ^ t. U, disp. IX, sect. a, fin.

a. La plupart des exégètes et des théologiens entendent par la « Vertu du Très-Haut » le Saint-Esprit, et interprètent le second membre de la phrase de l'ange dans le même sens que le premier. D'autres, moins nombreux, mais, je crois, plus exacts, pensent qu'ici, comme en d'autres endroits de TËcriture, la a Vertu du Très-Haut » est le Fils. Saint Thomaà accepte cette seconde explication, 3* partie, question xxxir, art. I, ad i'". Dans son commentaire sur cette article, Suarez cite d'autres auteurs qui ont tenu la même opinion*

dance de son être divin. Le Père est avec lui, l'engendrant éternellement, et, au milieu des âges, l'envoyant dans le monde; la nature humaine, qui subsiste en la Personne divine, entre en partage de la même filiation; et la chose sainte, que Marie conçoit aujourd'hui et qui bientôt naîtra d'elle, sera nommée, dans le temps comme dans ^'éternité, le Fils de Dieu.

Le Fils de Dieu incatmé est le prix de notre rédemption, et de toutes les faveurs données au monde; et le Père, avant de partager ce trésor entre les créatures, le fait reposer tout entier en Marie. Un flot de grâces doit déborder sur toute l'aire du père de famille; et Marie, comme la mystérieuse toison, en est la première imprégnée, et en contient la source. Le Christ est le chef, dont l'influence ani* mera tous les membres incorporés à son unité; et Marie, qui conçoit le chef en vue de le donner aux membres, conçoit avec lui tout le corps mystique contenu dans son énergie vitale; le Christ, fils de sa chair virginale, repose dans son sein, et déjà les frères du Christ, dont elle devient en esprit la mère, reposent, eux aussi, dans son amour.

Devant la mère de Dieu et la mère de grâce, Gabriel s'abaissa avec plus de respect qu'à son entrée. Et « s'éloignant d'elle », il la laissa prosternée dans son extase, rendant grâces à Dieu, et s'humiliant profondément devant lui.

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