‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 45 sur 110 · I. Saint Luc, i · texte numérisé non relu

I. Saint Luc, i

a. Saint Matthieu, i, i8-a5; texte commenté, d'après Topinion qui parût la plus probable, dans les pages suivant^t.

l'incarnation révélée a saint JOSEPH. 97

en de telles conjonctures, demeurer avec Marie. € 0)mme il était juste », croyait à son innocence, et par suite « ne voulait pas la diffamer » ni exposer . à la critique ce qu'il soupçonnait à bon droit être un mystère divin*, il songea à dénouer le plus secrètement possible le lien de son union. Il remettrait Marie à ces mains divines qui Pavaient jusque-là dirigée et sauraient encore prendre soin d'elle.

Pour tirer son saint époux de perplexités qu'elle devinait certainement, et qui n'étaient pas moins douloureuses pour elle, un mot de la Vierge eût été bien puissant. Elle était assurée d'être crue ; et peutêtre une prudence ordinaire eût-elle jugé que ce mot devait être dit. Mais une sagesse plus haute lui inspirait de respecter le secret céleste; il y avait une plus délicate convenance à ce que cette confi* dence.ne vînt pas d'elle; c'était à Dieu d'ordonner à Joseph de garder sa place et sa mission près du Messie, et Dieu saurait le faire au temps convenable. Elle attendait et elle priait. Ce silence élait digne de la Vierge très prudente, maîtresse d'elle-même dans la paix, pleinement abandonnée à Dieu.

Bien n'est à la fois plus mystérieux et plus sûr que la conduite de ce Dieu sur ceux qui cherchent ses voies et se confient en lui. Tantôt il leur indique luimême la route à prendre, sans leur dire où elle les conduira ; tantôt il leur marque d'avance le terme, sans les éclairer sur le chemin ; tantôt il laisse à leur propre jugement le choix de la conduite à tenir ; et enfin, ce choix de la sagesse humaine, tantôt il le

I. « Joseph, connaissant la vertu de Marie, et admirant ce qui était arrivé, enveloppe de silence ce dont il ignorait le mystère...* » Saint Jérôme^ sur ce passage; PL., XXVI, i4*

confirme, et tantôt, le réformant, il prend par la main son fidèle et le remet sur la voie droite.

« Tandis que Joseph avait l'esprit occupé de ces pensées, voici qu'un ange du Seigneur lui apparut durant son sommeil, et lui dit : Joseph, fils de David, ne craignez pas de prendre avec vous Marie votre épouse. Car ce qui est né en elle vient du Saint- Esprit. Elle enfantera un Fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus : car c'est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés. Or, tout cela est arrivé afin que s'accomplît la parole du Seigneur,, dite par le Prophète : Voici que la Vierge concevra et enfantera un Fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, dont la signification est : Dieu avec nous. »

Ainsi, la vision céleste assurait saint Joseph des deux choses qu'il avait besoin de connaître d'une façon certaine. Tout d'abord, le mystère accompli en Marie était bien une œuvre divine, celle de l'Esprit-Saint; et le Fils qu'elle mettrait au monde était vraiment celui qui devait délivrer Israël de ses péchés, le Sauveur promis, Dieu avec nous. Puis, le rôle de Joseph devait être et rester celui que Dieu lui avait indiqué déjà, en l'unissant à Marie. La Vierge singulièrement bénie devait lui appartenir par le droit de son très pur mariage. Aux yeux des hommes, il serait donc le père de l'enfant; sa généalogie même leur serait un signe pour reconnaître l'origine du Messie, et, pour cela, l'ange a soin de l'appeler : « Joseph, fils de David ». Ses droits paternels n'existeraient pas seulement dans l'opinion de la foule; ils seraient réels, fondés sur l'ordre des choses et voulus de Dieu. Parce que le champ était à lui, à lui aussi appartenait le trésor que le ciel y avait caché, la fleur qu'il y avait fait croître. Et Diea

lui ordonnait de prendre possession de son autorité^ en imposant à Tenfant le nom de Jésus.

« Joseph s'éveilla de son sommeil et, faisant ce que lui avait ordonné Fange du Seigneur, il prit avec lui son épouse \ » Jamais réveil ne fut plus suave, et jamais non plus rencontre plus douce que celle de Marie et de Joseph au matin de ce jour-là. Le secret qui, un moment, les avait isolés Tun de Tautre, communiqué maintenant à tous deux, renouvelait et multipliait tout le bonheur de leur union et de leur intimité. Joseph répétait à Marie les paroles de range; Marie lui racontait la scène de F Annonciation et les divines consolations de Kàrem. Jésus était désormais Tunique objet des pensées, des entretiens et de Tattente des deux époux.

Mais ce Jésus, qui voulait mourir sur la croix, cherchait pour naître un réduit plus pauvre et plus incommode que la pauvre demeure de Nazareth.

D'ailleurs, d'après un ancien oracle, le Messie devait sortir de Bethléhem. Joseph, et surtout Marie, ne pouv«iient ignorer cette prophétie, puisque les Israélites instruits la - connaissaient ^. Mais, comme toujours, ils s'abandonnaient à la conduite de Dieu, et, ne sachant comment devait s'accomplir ce qui était < écrit, ils attendaient un signe de sa volonté.

Cette fois, l'indication vint par le moyen des

!• Joseph avait hésité; il s*était demandé si Marie lui appartenait yraiment, et avait cru devoir s*en séparer» L'ange lui dit de la prendre sans crainte, de l'accepter définitivement, dans une union tranquille et assurée, et Joseph le fait. Tel parait être, aux versets ao et a4) le ^^^^ du verhe icapa>a6eTv.

a. Michée, v, % ; Saint Matthieu, ii, 4-^.

événements extérieurs et des pouvoirs politiques. Aussi bien, il convenait que Thistoire du monde fût mêlée à celle de la naissance du Sauveur. Déjà, en vue de son règne, Thégémonie des nations avait passé des royaumes orientaux à un empire plus vaste encore et plus fortement constitué; et, Tan de Rome 746, la huitième année avant notre ère, Auguste avait fermé le temple de Janus. L^unité et la paix romaines annonçaient et préparaient la paix et Tunité dans le Christ.

a En ce temps-là donc', César Auguste fît paraître un édit, ordonnant le dénombrement de toute la terre. Ce premier recensement », exécuté ou à tout le moins terminé par Quirinius, garda le nom de ce magistrat ; on le désignait comme le premier recensement, qui « eut lieu lorsque Quirinius exerçait Fautorité en Syrie ^. Tous allaient se faire inscrire », et, selon les coutumes d*Israël agréées par le pouvoir romain, « chacun se rendait dans sa ville » d^origine. « Joseph donc », toujours soumis à Fautorité, comme à Dieu même de qui elle dérive, se mit lui aussi en route ; et, « parce qu'il était de la maison et de la famille de David, il monta, de Galilée et de la ville de Nazareth, en Judée, dans la ville de David nommée Bethléhem, pour se faire inscrire, avec Marie, son épouse, qui était enceinte^».

I. Saint Luc, 11, i-ao; texte commenté dans les pages suirantes.

a. Sur les nombreuses questions se rapportant à Quirinius (telle est la vraie forme de son nom), et aux deux recensements dont il eut la direction, voir le Dictionnaire de la Bible^ art. Ctrihus, ou d'autres ouvrages spéciaux et récents.

3. Je m'efforce, dans cette traduction, de rendre exactement le texte de saint Luc, qui ne dit pas nettement si Marie menait pour être inscrite.

LA NAISSANCE DE JÉSuV A ÉÉTHl^HJ^. ' lOJ

Elle aussi, peut-être, devais fl^ter^sàir'W^tktèstfu'' cens ; car il n^est pas sans vraisemblance que, dans certains cas, les femmes y fussent obligées, et elle pouvait rêtre au titre spécial de fille unique et d'héritière de Joachim.

Les deux époux montaient donc vers Jérusalem, qu'il leur fallait traverser pour arriver à Bethléhem, situé^ à deux heures au sud de la ville sainte. L'hiver et l'encombrement des voyageurs leur rendaient la route plus pénible. Peut-être allaient-ils à pied, peut-être Marie, comme on la représente souvent, était-elle portée par un âne. Son voile était baissé, sa contenance merveilleusement modeste et recueillie. Sans doute, elle s'entretenait avec la Sagesse du Père, qui reposait en elle ; elle s^abîmait dans la pensée qu'elle portait en elle son Dieu, et que bientôt elle le verrait et le tiendrait dans ses bras; elle et Joseph demeuraient plongés dans un silence de contemplation et d'attente. Et, s'il leur revenait alors au cœur des échos des psaumes si souvent chantés sur ce même chemin, quel sens et quelle saveur prenaient pour eux les aspirations vers la face du Seigneur, et vers le Dieu qui éclaire Israël d'un rayon de son visage. Autour d'eux cependant, c'était le bruit et l'écoulement de la foule indifférente. N'est-ce pas ainsi que la foule * passe d'ordinaire, sans voir Dieu ?

Le Dieu qui venait visiter son peuple « ne fut pas reçu des siens^ ». Le khan de Bethléhem était rempli. Peut-être des riches eussent pu encore forcer l'entrée; mais pour l'humble artisa^n et sa compagne, il n'y avait plus de place. Par compassion,

I, Saint Jean, i, iz.

102 ^ ' LA SAINJ^ VIERGE.

-ôB'lèià'^iûdiquay un jpen M l'écart, une grotte creusée au flanc du rocher; elle servait ou avait servi d'étable, et pouvait abriter des pauvres pendant quelques nuits. Doucement résignés, et adorant, sous la dureté des hommes, la très aimable volonté de Dieu, il s'y retirèrent, et Joseph s'efforça de rendre ce lieu le moins incommode possible à sa sainte épouse, et à celui dont la venue ne pouvait tarder.

« Ce fut » en effet « pendant qu'ils étaient là, que vint le terme auquel Marie devait enfanter.» C'était, d'après l'antique tradition, le 25 décembre peu après minuit, probablement un dimanche \ et assez vraisemblablement l'an 748 de Rome, 6 avant l'ère vulgaire.

Tandis que, pleinement exempte de la malédiction d'Hève, miraculeusement, virginalement, elle donnait le jour au Sauveur, il est probable qu'elle fut favorisée d'un ravissement de l'ordre le plus élevé*. Si quelque conjecture est permise sur ce secret de son cœur, n'aurait-elle pas vu, cette fois encore, dans la splendeur de Dieu se révélant à son âme, le mystère même auquel elle concourait ? Le Père, qui, dans l'étemel aujourd'hui, engendre son Verbe, Dieu de Dieu, lumière de lumière, l'engendrait, à • cette heure du temps, dans la nouvelle nature désormais inséparable de sa Personne; le Père

I. Une tradition^ appuyée sur plusieurs témoignages importants, et assez communément admise, veut que rincamation (aS mars) ait eu lieu un vendredi, et conséquemment la Nativité (a5 décembre) un dimanche. — Voir Suarez, Mystères du Christ^ t. II, disp. xiii, sect. 4.

1. Peut-être de la vision de l'essence divine. Voir note de la p. 84) et Suarez, Mystères^ t. II, disp. xix, sect. 4*

engendrait son Fils avec elle et par elle ; car cette humanité, qui participait à la filiation divine, était vraiment quelque chose de sa chair et de sa sub^ stance, tout comme la Personne du Verbe est la substance même de Dieu ; et, avec le Père, elle disait à cette unique Personne : a Vous êtes mon Fils, aujourd'hui je vous ai engendré *. » Son Fils était le Seigneur des anges, et le Père, « Fintroduisant dans le monde, disait : Adorez-le, vous tous, anges de Dieu' ! » Son Fils était la lumière du monde, et d'elle procédait cette lumière, qui allait luire dans les ténèbres et dissiper l'ombre de la mort.

Et cependant, aux yeux du corps, son « premierné' » et son unique était un frêle enfant qui, dans ses bras, tremblait au froid de la nuit. Marie « l'enveloppa des langes » qu'elle avait apportés. Aucun berceau ne l'attendait dans la pauvre étable ; il n'y avait là qu' a une crèche », sorte d'auge en argile^, portée sur des supports de bois. Elle y « coucha son Fils », et, agenouillée avec Joseph, lui offrit les premières adorations de l'humanité.

€ Cependant, il y avait dans la même région », à deux kilomètres environ du côté de l'est*, a des bergers qui se tenaient en plein air, faisant la veillée de nuit sur leur troupeau. Un ange de Dieu se présenta devant eux, et la clarté cfu Seigneur les

I, Psaume ii, 7.

a. Aux Hébreux, i, 6 ; cf. psaume xcri, 7,

3. Dans le langage biblique, le premier enfant qui naitdans une famille est toujours appelé a premier-né », qu'il aib ou non des frères.

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