PURIFICATION ET PRÉSENTATION AU TEMPLE
raêl ; il doit être un signe de contradiction — et votre âme à vous sera traversée d*un glaive — afin que soient manifestées les pensées de beaucoup de cœurs. »
Parce que le Messie vient pour sauver les hommes sans faire violence à leur libre arbitre, son œuvre de salut sera du même coup une œuvre de jugement. La vie et la lumière qu'il apporte seront pour ceux qui s'attacheront à lui, mais ceux qui le rejetteront courront par là même à leur ruine. Il faudra prendre parti pour ou contre lui ; force sera k chacun de mettre en acte Tamour de Dieu ou Tamour-propre qui dort au fond de son cœur, et de révéler par là ses plus secrètes pensées. Et, dans cette lutte qui se livrera autour de lui, Jésus aura à souffrir ; il souffrira tellement, qu'à son sujet Tâme de sa mère sera comme traversée d'un glaive.
Sans doute, Marie savait déjà que la mission de son Fils n'irait pas sans de grandes peines, et ces peines, elle s'attendait à les partager avec lui. Mais voici qu^aujourd'hui. Dieu voulait lui donner de cet avenir une certitude nouvelle et plus précise ; il le lui faisait annx)ncer, non plus seulement, comme à tous, par l'Ëcriture et les prophètes, mais par une parole directement adressée à elle, et qui la frappait au cœur.
Prédire à une jeune mère, et dans les jours mêmes de ses premières joies, que le fils qu'elle tient dans ses bras sera un jour pour elle l'occasion d'une douleur aiguë et pénétrante comme un glaive qui s'enfoncerait dans l'âme, qu'est-ce autre chose qu'empoisonner sa vie, et flétrir à l'avance tout son bonheur? Comment le regardera-t-elle désormais, cet enfant, sans penser aux tortures qui l'attendent ?
Comment livrera-t-elle son cœur h rallégresse et à Tespérance des mères, sans le blesser aussitôt à la pointe de ce glaive, toujours prêt à le transpercer ?
Mais le cœur de Marie était trop grand, trop saint, trop aimé de Dieu, trop soigneusement façonné par TEsprit-Saint, pour que la douleur lui fât épargnée. C*était le cœur de la Corédemptrice ; il devait être semblable à celui du Rédempteur; et, dans cette fête du sacrifice et de Toffrande généreuse. Dieu même, par la plaie qu'il y ouvrait, rendait cette ressemblance plus parfaite. Au cœur de Jésus, les joies permanentes de la vision et de Tàmour béaûfiques, et celles du salut du monde ; mais toujours aussi le souvenir du calice amer, des âmes infidèles et perdues, de la croix. Au cœur de Marie, le bonheur de contempler son Fils et son Dieu, deTaimer, de recevoir son sourire et son amour, de le savoir Sauveur, résurrection et vie de tous les justes; mais toujours aussi Taustère pensée de la contradiction et de la douleur.
A la parole de Siméon, ce flot d'amertume pénétrait dans rame de la Vierge, mais sans troubler sa paix profonde. Elle reprit avec Joseph sa marche tranquille, et, accompagnée sans doute des deux saints vieillards, elle accomplit jusqu'au bout le rite mosaïque.
Vierge et pure comme au jour où, peu auparavant, elle avait quitté le Temple, plus vierge encore, si Ton peut dire, depuis qu'çUe était mère, puisque la divine visite avait consacré sa virginité, elle se mit humblement au rang de toutes les autres. Elle savait plaire à Dieu par l'humble obéissance à la Loi et par la fidélité à garder le secret du Maître. Elle s'age-