LA FUITE EN EGYPTE
rent à Bethléhem un jour seulement ou un peu plus. Ils y passèrent à tout le moins une nuit. Car c*est € en songe » qu* < ils furent divinement avertis de ne pas retourner vers Hérode » . Évitant donc de remonter à Jérusalem ^ et regagnant directement le passage du Jourdain, « ils retournèrent dans leur pays par un autre chemin ».
Les mages « étant partis^ », et sans doute très promptement après leur départ, « voici qu'un ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : Lève-toi, prends Tenfant et sa mère, fuis en Egypte, et demeures-y jusqu'à ce que je te dise autre chose; car Hérode va chercher Tenfant pour le faire périr. Et lui se leva, prit l'enfant et sa mère durant la nuit, et se retira en Egypte. »
Hérode, en eflfet, apprit vite — car Bethléhem est à moins de deux heures de Jérusalem — qu'il ne fallait plus compter sur les princes orientaux pour renseigner son inquiète jalousie. < Alors, voyant qu'il avait été joué par les mages, il s'irrita violemment, et envoya tuer tous les enfants qui étaient à Bethléhem et dans tous ses environs, depuis deux ans et au-dessous, selon le temps dont il s'était exactement enquis auprès des Mages. » Tout le monde, dans la petite ville, pouvait dire aux émissaires du roi devant quelle maison s'était arrêtée la brillante caravane, et ajouter que les habitants'de cette maison venaient précisément de disparaître. Mais on pouvait soupçonner les Bethléhémites de mensonge ou de connivence pour cacher le rival redouté d' Hérode ;
I. Saint Matthieu, n, i3-2i3; texte ^îommentë dans les pages suirantes.
les enfants désignés par Tordre royal, une cinquantaine peut-être, furent mis à mort. < Alors reçut son accomplissement » d'une façon nouvelle < la parole du prophète Jérémie, disant : Une voix s*est fait entendre dans Rama, des sanglots et des lamentations sans nombre : Rachel pleure sur ses fils, et elle a refusé toute consolation, parce qu'ils ne sont plus^. » L'épouse de Tantique Jacob avait semblé pleurer sur ses fils, au temps où, Dieu châtiant son peuple, on rassemblait à Rama les captifs, pour les transporter dans la lointaine Assyrie. Aujourd'hui, de sa tombe creusée le long du chemin de Bethléhem, elle pouvait pleurer de nouveau sur les fils d'Israël cruellement massacrés, et pleurer surtout sur l'infidélité des chefs de la nation : car déjà on reniait le Messie, on l'obligeait à fuir, on marchait vers une apostasie plus grave que l'idolâtrie des anciens rois et vers des châtiments plus terribles que les invasions venues d'Assyrie et de Chaldée.
Cependant, la haine du tyran faisait, comme toujours, l'œuvre de l'amour divin. Si Jésus, dès qu'il paraît, attire la persécution sur ceux qui l'entourent, il leur apporte en retour les étemelles récompenses. Premières victimes immolées pour lui, les Innocents étaient fêtés par les anges, et ne descendaient aux Limbes que pour y attendre dans la paix la glorieuse couronne des martyrs.
Pendant ce temps, la famille sainte s'éloignait sur la route de l'exil. L'ordre divin, communiqué à Joseph, avait trouvé chez la servante du Seigneur, et chez Jésus emporté sans qu'on le consultât, la plus parfaite obéissance. Joseph avait pris les plus