JÉSUS PERDU ET RETROUVÉ AU TEMPLE
envoyé, et, comme homme, son serviteur entièrement dévoué à la mission reçue de lui.
Il voulut enfin, en se montrant dépendant du Père céleste, se montrer indépendant de ses parents de la terre. Cela ne contredit en rien la vérité, que luimême mit en lumière en d^autres occasions, de son intime union avec sa mère dans Taccomplissement de l'œuvre divine. Mais, cette fois, il voulait manifester une vérité différente de celle-là, sans lui être contraire, et donner un nécessaire exemple : lorsque sa mission le demande, le Christ et Tenvoyé de Dieu est, et il doit être, indépendant de tout pouvoir humain et de toute attache terrestre.
Chez Jésus, en effet, la nature humaine, reçue de Marie, devait être toujours soumise à la nature divine, communiquée par le Père ; comme les tendances naturelles de l'humanité devaient, en lui, demeurer subordonnées et parfois sacrifiées à la volonté divine, ainsi le pouvoir maternel de Marie et l'affection de Jésus pour elle, devaient être subordonnés et parfois sacrifiés aux commandements et à Tamour de Dieu ; et de même qu'un jour, immolant toutes les répugnances de sa propre chair, il dira : « Père, non pas ma volonté, mais la vôtre », ainsi aujourd'hui il se montre prêt à immoler la volonté et la tendresse de sa mère de la terre aux ordres de son Père du ciel.
Le temps viendra où ses disciples, qui, eux aussi, porteront en eux une double vie, devront, à leur tour, soumettre et sacrifier la vie terrestre, même dans ce qu'elle a de plus pur, à la vie et à la grâce reçues du ciel. Son Évangile séparera le père du fils et la fille de la mère ; pour garder la foi, ou pour répondre à une divine invitation, il faudra étouffer
la voix de la chair et du sang, renoncer aux affections même les plus saintes, et vivre selon Tesprit, se livrer à un amour supérieur, monter par un âpre chemin jusqu'à Dieu qui appelle. Modèle en même temps que Maître, Jésus devait aux siens l'exemple de tels sacrifices. Non content de le donner, avec celui de tant d'autres vertus, durant sa passion, il veut, comme pour le faire mieux remarquer, le donner à part. Lui, le plus aimant des fils, sera le premier à briser le cœur de la mère la plus aimante, et cela à Ykge même où l'affection filiale est la plus tendre et la plus douce. Put-il le faire sans briser son propre cœur ? Et quel meilleur moyen de nous faire bien entendre que de tels actes, quand Dieu les demande, ne sont ni haine ni froideur, mais douloureuse immolation d^une affection profonde, à une autre plus profonde encore, parce qu'elle est encore plus intime et plus sacrée.
« Ses parents », raconte saint Luc, « se rendaient chaque année à Jérusalem, en la fête de Pâques \ » Marie n'y était pas obligée par la Loi; mais il y avait piété et perfection à prendre part à la grande solennité d'Israël, et elle aimait à revenir le plus souvent possible au lieu béni de ses prières d'enfant, des grâces prévenantes de Dieu, de la rencontre de Siméon et de l'oblation de Jésus. Pour Fenfant divin, peut-être craignait-on de l'y conduire tant qu'Archélaûs occupa Jérusalem. Quand Auguste déposa le jeune ethnarque et plaça la Judée sous l'autorité directe de Rome, le fils d'Hérode avait commandé dix ans; Jésus en avait donc environ douze, et il
I. Saint Luc, ii, 4i-5a; texte commeoté dans let pages tulyantes.
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est possible qu'il ait fait alors seulement son premier pèlerinage pascal. Rien ne prouve cependant d'une façon certaine que, même avant ce temps, il n'ait pas, chaque année, accompagné Marie et Joseph.
En tous cas, « lorsqu'il eut atteint l'âge de douze ans, ses parents montèrent selon la coutume de la fête. Et quand ils eurent passé les jours consacrés », soit la semaine entière des Azymes, soit du moins les trois jours qui suffisaient pour satisfaire à la Loi, « comme ils s'en retournaient, l'enfant Jésus », sans les prévenir, « demeura à Jérusalem ; et ses parents ne s'en aperçurent pas ». Car les pèlerins d'un même pays voyageaient en troupes nombreuses ; on se connaissait; on pouvait, le long de la route, se grouper au gré de chacun. Marie et Joseph, ne voyant pas leur enfant près d'eux, c pensèrent qu'il était en » quelque autre partie du long « cortège des voyageurs ».
« Ils firent donc une journée de marche », jusqu*à Bééroth, à quatorze kilomètres au nord de Jérusalem \ Quand, le soir, on s'arrêta à cette première étape, étonnés de ne pas voir Jésus revenir à leurs côtés, « ils le cherchaient parmi leurs parents et leurs connaissances » . A chaque groupe inutilement interrogé, grandissait leur inquiétude ; bientôt ils eurent parcouru tout le campement; Jésus n'était plus avec eux.
Quelle est l'angoisse d'une mère, s'il lui arrive de perdre ainsi son enfant! Et quelle fut l'angoisse de cette mère, qui était de toutes, et sans comparaison, la plus aimante ! La pensée que son Fils était Dieu
I. Aujourd'hui El-Biréh. Tradition locale, attestée par une église et un hôpiul bâtis en cet endroit au temps des croisades.
ne la diminuait point; car, Payant vu jusqae-là accepter toutes les faiblesses et les souffrances de la nature humaine, elle pouvait craindre pour lui les mêmes accidents que pour un enfant ordinaire. Et n*avait-elle pas la constante menace de ces souffrances du Messie, dont le temps et les circonstances lui demeuraient obscurs ? Toujours voisin de son cœur, le glaive commença ce soir-là de s*y enfoncer; afQigée déjà de plus d'une rude épreuve, jamais, depuis qu'elle était mère de Dieu, elle n'avait éprouvé pareille souffrance; c'est à sa douleur pendant la passion qu'il faut comparer celle de la perte de Jésus, et il y avait là, en effet, comme un prélude du suprême sacrifice.
Ce fut une nuit de larmes et de prières. Marie et Joseph conjuraient le Père, qui leur avait confié son Fils, de le rendre à leur amour, ou de leur manifester sa volonté et ce qu'ils devaient faire. Quand, au lever du jour, la caravane reprit sa marche vers la Samarie et la Galilée, eux revinrent sur leurs pas. Ils refirent la marche de la veille, anxieux, et regardant sans doute, à chaque tournant du chemin, s'ils n'allaient pas voir leur Fils accourant, et se hâtant pour les rejoindre. Mais Jésus ne revenait pas encore ; ni au lieu de la ville sainte où ils avaient logé pendant les jours de la Pâque, ni dans les endroits qu'ils visitèrent avant le coucher du jour, il ne se laissa trouver. La nuit à Jérusalem fut triste comme la nuit à Bééroth, plus triste peut-être, car de nouvelles espérances avaient été déçues.
Les jours de sabbat et dans le temps des fêtes, les scribes les plus en renom avaient coutume de venir au Temple; ils se tenaient soit dans l'un des portiques extérieurs, soit dans quelque salle des bâti-