VIE DE CONTEMPLATION ET D'AMOOR
comme Joseph ouvrait son âme aux divines confidences ! Il devait, lui, mourir avant de voir son Fils ado^tif inaugurer son ministère public; il n*assisterait ni aux douleurs de sa Passion, ni au triomphe de sa vie glorieuse. Il convenait qu^il connût, à Nazareth, quelque chose au moins de l'avenir réservé au Fils de rhomme, qu'il fût instruit de son œuvre, et initié au mystère du royaume de Dieu.
L'Évangile, en plusieurs endroits^ nous montre Jésus-Christ se livrant plus volontiers, et avec une confiance plus abandonnée, dans les colloques intimes que dans la prédication publique. Plus qu'à Nicodéme, à la Samaritaine ou aux apôtres, il dut se manifester à ses saints parents. Nous voyons encore, par l'histoire de l'Église, que beaucoup de saints et de saintes ont été instruits et fortifiés par des révélations privées : révélations privées, qui ne contiennent rien de différent de la révélation publique, et même ne lui ajoutent rien de substantiel, qui cependant éclairent plus vivement, consolent davantage, et substituent à la foi obscure une foi qui ressemble déjà, tant elle est lumineuse et toute pénétrée d'amour, à l'intuition béatifique. Les confidences et les effusions de la vie cachée ne furentelles pas pour Marie quelque chose d'analogue, de plus doux encore et de plus haut? Ces réflexions nous permettent de soupçonner ce qu'eut de profond et de délicieux le mystère de ces entretiens. Mais, comme les révélations des saints restent un secret entre Dieu et l'âme favorisée, ainsi celles-là. C'est le secret de Nazareth.
I. Voir saint Matthieu, xin, i6, 17, et les endroiu parallèles; mais surtout les entretiens rapportes dans saint Jean, III, i-ai, IV, i-j6, IX, 35-38,
Et, tandis que Jésus montrait de plus en plus la grâce et la sagesse qui étaient en lui, Marie croissait de jour en jour dans la sainteté. Ce n*étaient pas alors de ces grands coups de la grâce, comme à rincarnation, au Calvaire, à la Pentecôte, mais une ascension calme — avec quel essor cependant ! — et un incalculable progrès dans la charité.
Pour développer au cœur de Thomme cette divine charité, dans Tordre présent de la Providence, l'humanité de Notre-Seigneur est le grand moyen. Connaissant visiblement le Dieu incamé, nous sommes ravis par lui jusqu'à Tamour de l'invisible . Marie entrait dans ce dessein de Dieu. Contemplant sans cesse Jésus, l'écoutant souvent, elle buvait longuement l'amour.
A cet amour, ses incommunicables privilèges donnaient des caractères spéciaux et incommunicables aussi. C'était plus que le tendre amour des mères, plus que l'amour pur et ardent des vierges ; c^étaient, unis en un seul cœur, toutes les forces et toutes les délicatesses d'un amour virginal et maternel ; c'était l'amour d'une vierge mère, qui, parce que seule elle a donné son enfant au monde, est d'autant plus entièrement et exclusivement à lui.
Mais, plus encore, c'était l'amour d'une mère de Dieu. Si Marie ne partage avec personne sur terre les droits et l'amour que donne la génération, elle les partage avec le Père du ciel. Par là, dépassant tout le monde créé, elle atteint jusqu'aux frontières de la divinité, et par là sa charité revêt aussi un caractère qui lui est absolument propre et qui a quelque chose de divin. En même temps qu'elle aime Dieu comme son créateur, son bienfaiteur, sa fin suprême et le souverain bien, elle, et elle seule,