VIE DE CONTEMPLATION ET D'AMOUR. 14S
Taime en même temps comme son Fils. « Mon cœur et ma chair tressaillent au Dieu vivant*, » dit le Psalmiste, et, avec lui, tout fidèle. Mais de quelle façon cela est vrai pour Marie ! Tout son être s*abime dans Famour de son Fils et son Dieu. L'unité de son amour de mère et de créature répond à Tunité de la Personne du Verbe fait chair, qui est son Dieu et son Fils. Le terme de ses affections est unique, et c'est vers lui que tendent à la fois et le tressaillement de la mère qui aime en son fils quelque chose d'ellemême, et le plus pur amour d'adoration de la créature se jetant toute en son Dieu.
Et pourtant, cet amour qui s'allume à la contemplation de Jésus a aussi ce caractère de souveraine perfection, qui est le détachement: détachement de tout ce qui est sensible, même en Jésus. Car de la douceur même de sa présence, des joies et des consolations qu'il répand autour de lui, il faut parfois se détacher. Et Marie, tout en voyant et en écoutant son Fils, se rappelle qu'il est là chose de Dieu, qu'il est donné et consacré à Dieu, qu'elle-même l'a offert. Elle voit ces choses, et les accepte. Elle accepte que son Fils soit à Dieu plus qu'à elle, que Dieu le redemande et le prenne, quand il voudra, pour son service, pour son œuvre, pour la souffrance, pour la mort. Et son amour, épuré par le sacrifice, grandit encore, jusqu'à d'incommensurables degrés.
Cette charité de Marie est la cause principale du mérite de ses œuvres. Car jamais, en aucun temps ni en aucun lieu du monde, tant de mérites ne furent accumulés que dans la maison de Nazareth. Il y avait là plus de grâce contenue que n'en verront
!• Psaume lxxxiii, 3«
dans la suite les plus saintes familles, les monastères les plus fervents» les solitudes les plus austères. Et cependant, où trouver des occupations plus simples et plus vulgaires, des emplois plus humbles, des actes de vertu disparaissant davantage au regard des hommes ? Mais aux plus vulgaires actions de la vie extérieure, la vie intérieure, qui en était Tâme, donnait un prix inestimable: c*était le regard de rame fixé sur Dieu, le cœur sans cesse désireux de lui plaire, enfin cette incomparable charité, cet or pur dont le contact transforme tout en or.
Moindre que celle de Marie, la charité de Joseph dépassait de loin celle des autres saints, et à lui aussi, au cours de ces longues années, elle avait fait un trésor de mérites. La mesure voulue de Dieu était comble: son rôle était achevé. Il fallait que Jésus, sur le point de se manifester au monde, se montr&t Fils de Dieu et de Marie, et que le père adoptif s'effaçât pour laisser paraître le vrai Père, dont le Sauveur parlerait sans cesse. Et kii, le bon serviteur, qui n'avait vécu que pour faire en tout la volonté de Dieu et pour être le fidèle coadjuteur du grand dessein, au moment oii ce grand dessein lui demandait de disparaître, il se retirait, simplement et humblement. Il avait probablement alors soixante et quelques années.
Il mourut entouré des soins de Jésus et de Marie, et sa mort est restée comme un idéal de celles qui sont, entre toutes, consolées, saintes et bénies. Il s'endormit dans le baiser du Seigneur, et alla aux Limbes attendre la prochaine victoire de Jésus sur la mort. Marie lui avait, de l'intime de son cœur et par la volonté de Dieu^ donné son affection conju-