I. Sur ce <|ai suit, ef, saint Jean, i^s^-Si
premiers qui comprirent furent André, de Bethsaïde, et un jeune homme au cœur pur et k Tâme ardente, ({ui devait plus qu*aucun autre pénétrer dans Tintimité de Jésus et de sa mère, Jean, fils du pécheur Zébédée. Jean gagna probablement au Maitre son frère Jacques, avec lequel TÉvangile le montre toujours uni; André amena son frâre Simon, auquel Jésus dit, en fixant sur lui son regard : c Tu te nommeras Kêfâ », c'est-à-dire Pierre. Puis, Jésus, ayant repris le chemin de la GalQée, rencontra Philippe, de Bethsalde lui aussi, et, de lui-même, il lui dit : c Suis-moi! » Philippe, à son tour, présenta le fils de Tolmaï, Nathanaël, de Cana, que nous appelons d'ordinaire Barthélémy. Sans se donner encore définitivement, ces cinq ou six preniiers disciples con^mencèrent à entourer et à suivre le Messie qu'iis avaient trouvé. Ils formaient son cortège lorsque, dans la seconde moitié de février, Jésus revint en Galilée.
€ Or, le troisième jour », depuis Tune des rencontres précédemment , racontées, < il y eut des noces à Cana de Galilée ; et la mère de Jésus était là^ ». Les fiancés, ou Tun d'eux, étaient vraisemblablement parents ou amis de la famille sainte. Marie, qui dans sa charité envers Dieu puisait une charité active au service du prochain, était venue pour les aider, comme jadis elle était allée à Kârem pour aider et consoler Elisabeth. En raison de runion des deux familles, et par reconnaissance pour Marie, € Jésus fut, lui aussi, invité à ce mariage » ;
I. Saint Jean, ii, i-ii ; texte commenté dans les pages vti^ Tantes.
LES NOCES DE GANa. Ibl
et| puisqu^il reparaissait dans son pays, entouré de disciples, « ses disciples » furent pareillement in« vités.
Incomparablement plus haute que celle de Jean- Baptiste, la sainteté de Jésus devait être d'une apparence moins austère, et plus attirante pour la foule des hommes. Le Sauveur et sa mère très pure ne refusèrent pas de prendre part aux décentes réjouissances d*un mariage. Ils assistèrent au joyeux et bruyant défilé qui, à la tombée de la nuit, amenait la fiancée de sa maison dans celle de Tépoux. Puis, tandis que Marie veillait à Tordonnance et au service du repas, Jésus se mit à table avec les autres convives.
Grâce à de faciles emprunts de meubles et de serviteurs, les festins de noces, même des petites gens, n*étaient jamais sans un certain éclat. La fête, cependant, était donnée par une humble famille, obligée de restreindre ses dépenses et ses préparatifs. La présence, sur laquelle on n*avait pas compté d'abord, des disciples amenés par Jésus, put n'être pas étrangère au rapide épuisement de la provision de vin. Vigilante et attentive, Marie s'aperçut à temps de l'humiliation qui menaçait ses hôtes ^ sa délicatesse se hâta d*y parer ; elle savait à qui s'adresser pour cela.
Comme elle n'était pas à table, mais s^occupait du service, il lui fut facile de s'approcher de son Fils, et de lui dire à l'oreille : « Us manquent de vin. » Jésus lui répondit : « Femme — cette appellation, très commune dans le Nouveau Testament, semble avoir revêtu, dans la bouche d'un maître ou d'un prophète parlant à sa mère, une nuance de respect comparable au Madame de la politesse pria-
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cière — Femme, que me voulez-vous^ ? Mon Heure n*est pas venue encore*. » Dites avec une affectueuse douceur, ces paroles n'en étaient pas moins un refus d'intervenir, refus motivé par les dispositions de la Providence : Theure d'une manifestation miraculeuse n'était pas encore venue.
Mais Marie connaissait et trouvait en elle-même une force à laquelle cèdent même les décrets divins ; ou, plus exactement, elle savait que les décrets divins sont souvent conditionnels; ils s'accomplissent ou non, suivant le jeu de cette force toute puissante qu'est la prière. Bientôt Jésus déclarera que l'ordre du Père l'empêche de faire des prodiges pour une femme étrangère à la maison d'Israël ; et, quelques instants après, aux larmes et aux cris de cette étrangère, il accordera ce qu'il vient de re^ser. L'insistance de Marie est du même genre que l'insistance de cette Chananéenne dont Jésus louera la grande foi. Mais, comme la foi de Marie est incomparablement plus profonde et plus sûre d'elle-même, sa prière est plus forte, tout en restant plus suave et plus sereine dans son triomphe. Au moment où Jésus semblje écarter sa demande, elle lui présente les ser-
I. On peut Toir, en hi^breu et en grec, des exemples de la même expression, arec les attitudes ou les nuances extrêmement direrses qui peurent répondre aux mots c Que me TouleiL-Tous ?» : Juges^ xi, ii ; Second des Rois^ xvi, lo; Troisième des Rois^ xvii, i8 ; Second des Paralipomènes, xxxy, ai ; saint Marc^ '^y 1\ ^^^*
a. Tatien, à en juger par la version arabe de son Diatessa' rân, et saint Grégoire de Njsse (in hune locum; PC, XLIY, i3o8) ont lu avec interrogation : « Mon heure n*est-elle pas déjà Tenue ? » Mais Timmense majorité des témoins du texte ignorent cette interrogation, qui donne, à mon aVis, un sens moins bon que la leçon ordinaire.