‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 80 sur 110 · MATERNITÉ SPIRITUELLE. LA CÈNE, LE VENDREDI · texte numérisé non relu

MATERNITÉ SPIRITUELLE. LA CÈNE, LE VENDREDI

8AINT9 LA CROIX. SÉPULTURE DE JÉSUS ET SOLI- TUDE DE NOTRE-DAME (mARS DE L*AN ap^?)

Parfaite auditrice de la parole de Diea, Marie était, à ce titre encore comme à beaucoup d* autres, le type de FÉglise chrétienne.

Quanta la société juive^ hélas! elle s'éloignait de plus en plus de cette parole, et consommait sa réprobation. Lorsque Jésus, à chaque fête solennelle, revenait enseigner à Jérusalem et dans le Temple, les attaques des pharisiens et des scribes recommençaient plus vives et plus passionnées. A son dernier voyage, lors de la Dédicace, en décembre de l'an 28, devant l'affirmation nette de sa divinité^ Ton avait ramassé des pierres et menacé de le lapider. Sorti de la ville, Jésus n'avait pas cessé d'en faire le siège par ses grâces et ses bienfaits. En février ou tout au début de mars de l'an 29^ il s'était avancé jusqu'à Béthanie, et, par l'éclatante résurrection de Lazare,

I. Sur la probabilité de cette date, voir la note placée en tête du chap. Yin«

il avait une dernière fois appelé sur lui Tattention des hommes de bonne volonté, et celle aussi de ses ennemis irréconciliables. Cette grâce suprême, en même temps qu*elle déterminait d'importantes con« versions, amenait le Sanhédrin à décider la mort de Jésus. Désormais, Fexécution n'était plus qu^une question de temps et d'opportunité.

A rinsu du grand Conseil, et même contre sa volonté, ce temps était réglé par la sagesse divine. Jésus se retira, pour quelques jours, dans la petite ville d'Ëphrem, de l'ancienne tribu de Benjamin; puis, quand approcha l'heure de cette Pàque où la véritable victime devait être immolée, il reparut et vint achever son œuvre.

Six jours avant la fête, il est de retour à Béthanie. Un de ses disciples, Simon le Lépreux, donne en son honneur un festin auquel Lazare vient prendre place; Marthe, cette fois encore s'occupe du service; Marie, sa sœur, répand sur la tête de Jésus un vase plein de nard précieux, et Jésus accepte cet hommage, en signe de prochaine sépulture. Les fidèles sont groupés autour du Maître, et le Maître, par ses actes et ses paroles, fait pressentir son très prochain passage de ce monde à son Père.

Il est donc vraisemblable que Marie, elle aussi, est déjà là, soit qu'elle partage le campement des Galiléennes, qui suivent et servent Jésus, soit plutôt qu'elle reçoive, comme Jésus lui-même, l'hospi^ talité dans la maison de Lazare et de ses sœurs.

Elle vit donc, le lendemain du repas chez Simon, les foules s'émouvoir tout à coup à la nouvelle que Jésus était là et qu'il allait entrer dans la ville. Jérosolyraites, pèlerins de la Pàque, groupe spécial de ceux qu'avait touchés la résurrection de Lazare, tous

coupaient les palmes et les rameaux d'oliviers, les jetaient avec leurs manteaux sur le passage du Maitre, et criaient : « Hosanna au Fils de David, roi d'Israël I Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieux ! » Jésus agréait, il provoquait même, les hommages des cœurs droits ; et cependant, il pleurait sur Jérusalem, à la pensée de l'irrémédiable faute que, dans si peu de jours, elle allait commettre. Intimement unie aux dispositions de son cœur, Marie se réjouissait de voir le Messie reconnu et solennellement reçu dans la capitale d'Israël; mais l'éclat du jour présent ne lui donnait aucune illusion sur les vraies dispositions de ce peuple, et les revirements à prévoir pour le lendemain.

En effet, si elle n^avait pas toujours su distinctement quand et comment s'accomplirait < l'œuvre du Père », maintenant que les événements avaient marché, elle ne pouvait manquer d'en voir la toute prochaine conclusion. L'éphémère enthousiasme de la foule ne prévaudrait pas contre la tenace mauvaise volonté des chefs. Triomphalement conduit au Temple, Jésus y était plus que jamais discuté et contredit; le soir, le Messie, si bruyamment acclamé, demeurait seul; accompagné seulement de quelques disciples, il sortait de la ville, pour aller retrouver à Béthanie le repos et la sécurité.

Au reste, ce que Marie pressentait, peut-être Jésus le lui annonça-t-il clairement. Qui sait ce qui se dit d'intime entre eux^ dans la villa de Marthe et de Lazare, soit dans cette journée du mercredi, où Jésus ne retourna pas à Jérusalem, soit le jeudi, avant le départ pour la Pâque ? En proportion de la tendresse qui était au cœur de Marie, il y eut en elle

Tefifroi, devant le maliieur imminent. Cet eflroi, Jésus voulut que sa nature humaine elle-même le sentit, et qu*elle demandât d'être, s*il se pouvait, délivrée de Tamer calice. Comment Marie n*eût-elle pas éprouvé la même horreur, le même frémissement de tout Têtre, le même trouble de la sensibilité, la même répugnance de la volonté, devant la soufirance inéluctable et prochaine ? Aussi put-elle, sans imperfection, permettre à sa nature quelque cri d'angoisse ou quelque prière conditionnée, comme celle même de Jésus, afin que, s'il se pouvait, l'heure terrible fÙt évitée ou retardée.

C'est là un des aspects de la vérité, et un aspect que la poésie des siècles chrétiens a souvent rendu d'une façon touchante, lorsqu'elle s'est exercée à faire revivre cette suprême entrevue de la mère et du Fils. Mais aussi c'est un aspect qu'il faut se garder de considérer seul — et la poésie n'a pas su toujours s'en garder — si l'on ne veut pas diminuer le personnage de Marie. En elle, au moment où Jésus affronte sa Passion, il y a^ bien autre chose qu'une mère aimante et effrayée; il y a, plus que jamais, l'intipae associée du Rédempteur. Si Jésus, * quelques jours ou quelques heures à l'avance, voulut, dans une dernière conversation, la préparer à ce grand combat — et c'est là une hypothèse dont le cœur et l'esprit saisissent aisément la vraisemblance — il dut s'entretenir avec elle, d'une façon plus élevée que nous n'en pouvons avoir l'idée, du grand sacrifice de sa Passion, de la rédemption du monde, et de la vie spirituelle des âmes. Ensuite — ce n'est plus une hypothèse, mais l'assertion positive de l'histoire évangélique — Marie suivit Jésus dans la voie de ses douleurs, et l'accompagna jusqu'au Cal*

vaire. Et, de Tavis des théologiens et des saints, c^était une suprême convenance, sinon une nécessité, qu*à rheure de Timniolation elle fût ainsi rapprochée de son Fils ; le plan de Dieu le demandait, et Tharmonie de -ses desseins sur elle. En même temps que la sanglante Passion parachevait et consommait notre Jésus*, Marie, la reine des saints et notre mère, allait être, elle aussi, consommée et parachevée par son passage à travers la douleur.

Cétait d*abord Tachèvement de sa sainteté. Car, ceux que Dieu veut faire saints, il c les conforme à la ressemblance de son Fils' », soit en leur envoyant des douleurs du corps et de Pâme semblables à celles de Jésus, soit en les unissant à lui par la contemplation, pleine d*amour et de compassion, de ses souffirances. Il est remarquable que le plus aimé des apôtres, et le seul qui ait suivi Jésus jusqu^à la croix, soit le seul aussi dont la mort n ait pas été sanglante. Ne serait-ce pas que, pour lui, la part prise à la Passion de Jésus, accomplie sous ses yeux, et, pour ainsi dire, la communion directe aux souffrances du Maître, suppléa, par une sorte de martyre éminent, le martyre du sang et du glaive ? Et cela n*aide-t-il pas à entrevoir quelque chose de la compassion de Marie ? « C'est donc quelque chose de plus, de compatir avec le Christ, que de pâtir pour lui : il y a là une plus intime union avec le Christ, une influence plus efficace de la Passion du Christ, une douleur, où Ton soufiPre non de ses propres maux, mais uniquement de ceux du Christ'. »

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