‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 81 sur 110 · I. Aux Hébreux, n, lo · texte numérisé non relu

I. Aux Hébreux, n, lo

a. Aux Romains, nu, 219.

3. Guillaume le Petit (abbé du Bec?) sur le Cantique^ m, 10 (cite d'après Teitien, La mère des hommes^ t. III, p. 127-118).

C'est par ce martyre du cœur que devait se consommer la sainteté de la reine des martyrs.

Ce jour de douleur (ut donc pour elle un jour de mérites inappréciables. Prise en soi, la sou£Brance n'est ni la seule, ni la principale source du mérite. Mais, si on la joint avec Tamour, qui lui donne son prix, il n'y a pas, sur notre terre et dans Tordre actuel des choses, de meilleur moyen de mériter. Cette loi providentielle est clairement indiquée par le mystère même de la croix. Le temps de la Passion est proprement le temps où Jésus mérita pour nous; car c'est à ce moment qu'il plut à Dieu d'accepter les mérites infinis de sa vie enûère, unis à Tinfini mérite de ses douleurs et de sa mort. Toujours étroitement associée à son Fils, Marie souffrit avec lui; ses peines surpassèrent l'idée que nous pouvons en avoir, car la perfection de sa nature et les dons surnaturellement reçus augmentaient en elle comme à rinfini la puissance de soufi&ir; elle exerça ainsi d*une manière héroïque l'amour douloureux, forme excellemment méritoire de Tamour, et forme propre à notre vie terrestre; elle en unit les actes aux actes de rinfiniment pure charité du Christ, alors qu'il aimait jusqu'à la mort Dieu son Père, et toute créature en lui.

En même temps qu'elle acquérait pour elle-même des trésors de grâce, elle gagnait aussi des mérites pour tous ceux que Dieu appelle à la vie surnaturelle. Sans doute, ces mérites pour nous étaient d'un tout autre ordre que ceux de son Fils. Il est le médiateur unique, et le médiateur de Marie comme du reste de l'humanité, parce que sa médiation est seule rigoureusement nécessaire et suffisante pour nous donner accès jusqu'à Dieu. A lui seul appar-

tient le mérite d* < excellence », de c stricte et rigoureuse justice », de € pleine condignité » : car lui seul, par la propre valeur de ses actes, verse le juste prix des biens divins et de la vie étemelle, et présente au ciel une réparation pleinement proportionnée à la majesté du Dieu offensé. Le mérite qu'une pure créature acquiert pour une autre est seulement un mérite « de convenance' « ; et encore, cette valeur de convenance, le mérite de la créature ne la possède qu'en vertu des mérites de Jésus- Christ. Mais, cette réserve faite, Dieu veut que, dépendamment de son Fils, ses fidèles méritent aussi les uns pour les autres. C'est un des aspects de la communion des saints ; dans le corps de l'Église, les membres font refluer les uns sur les autres quelque chose de la vie que tous reçoivent du chef. Et les mérites de Marie l'emportent en valeur sur ceux des autres saints, car ils viennent d'une personne tout autrement agréable à Dieu ; ils l'emportent en étendue, car ils viennent d'un membre qui, après le chef et sous l'action du chef, exerce sur le corps mystique et sur les grâces qui l'alimentent uûe influence universelle. Or, ces mérites, Notre-Dame les accumula pour nous durant toute sa vie, en bonne mère qui thésaurise pour ses enfants; mais elle en accrut très spécialement la somme, en souffrant avec le Sauveur, au pied de la croix.

Et par là, elle méritait encore pour elle-même son beau titre de mère du genre humain, et tant d'autres noms glorieux, dont nous honorons notre reine, notre corédemptrice, notre médiatrice près

I. Le Christ ^eul mérite la grâce pour les autres de con-digno ; Marie, et en général l'âme juste, mérite la grâce pour elle-même de eondigno^ pour les autres de eongruo,

da médiatear. Ces prérogatives ne sont pas seulement de brillantes conséquences de sa divine maternité ; elles sont aussi des récompenses dues à ses actes personnels et à ses douleurs, acceptées et offertes pour nous, c Par la communion de souffiraaces et de volonté entre le Christ et Marie, elle mérita et se rendit pleinement digne de devenir la réparatrice du monde perdu^ et par suite la dispensatrice de toutes les richesses que Jésus nous a acquises par son sang et sa mort^. »

Elle méritait tous ces titres, et elle devenait plas pleinement tout ce que ces titres expriment. Car, si elle devait être ce jour-là prés de Jésus, c'était encore pour être consommée et parachevée dans le rôle que lui a fait la Providence. Il a plu à Dieu que tout le salut du monde dépendit de trois volontés : celle du PèrCy c'est-à-dire en réalité Tunique volonté divine du Père, du Fils et de TEsprit-Saint; celle du Verbe incamé, c'est-à-dire ici la volonté humaine de Jésus ; enfin, celle de Marie, dont le consentement a vraiment été demandé, et du consentement de laquelle le sort du monde a vraiment' dépendu. Ce consentement donné par elle est la raison fondamentale de sa dignité de corédemptrice ; il a uni, par un nœud indissoluble, sa volonté à celle de soa Fils et à celle de Dieu même pour tout ce qui concerne le salut et la vie surnaturelle du monde. Car, en acceptant l'œuvre messianique dont l'ange lui esquissait les grands traits, et en y donnant le commencement par tfa maternité librement acceptée ,

I. S. S. Pie X, Elncyclique jid diem illum^ a février 1904. Le membre de phrase en italiques est une citation d*£admer, de V Excellence de la Vierge Marie^ ch. ne ; PL. CLIV, aa8 ; (inter opéra B. Anselmi),

c*est bien vraiment à rincamation et à la Rédemption tout entière qu'elle consentait et qu^elle participait. En effet, au regard divin, Tœuvre du Christ est une. Jésus ne s'incarne que pouc mourir, et, par là, donner la vie divine à toute créature; dès le premier instant, il s*ofire pour ce suprême sacrifice, auquel tend son existence tout entière.

Dés lors, puisque ce qui va s'accomplir au Calvaire est le développement et le terme de ce qui a commencé dans la petite chambre de Nazareth, comment Marie, présente et agissante au début, eût-elle été absente au dernier moment ? Comment ne retrouverait-on pas, h cet instant où la Rédemption s'achève, les trois mêmes Personnes et les trois mêmes volontés qui lui ont donné le commencement ? Le Père est là, comme celui qui nous livre son Fils, comme celui aussi auquel s*offire le sacrifice, et qui l'accepte pour nous. Jésus est là, prêtre et victime, accomplissant jusqu'au bout la réconciliation du monde, pour laquelle il est venu. Marie doit être là, répétant le fiât de l'Incarnation, en acceptant les dernières et les plus douloureuses conséquences, et sacrifiant son amour maternel à notre salut; elle, qui a enfanté Jésus, qui l'a présenté au Temple et qui l'a nourri en vue de cette heure, doit, à cette heure même, renouveler et consommer l'offrande qu'elle en a faite à Dieu ; elle doit enfin, à ce moment où, plus que jamais, Jésus nous est donné, remplir son ministère qui est, en union au Père, de nous donner Jésus.

Nous donner Jésus, coopérer à la Rédemption, et devenir notre mère, c'est une même chose pour Marie. Aussi, au moment où se complète et s^achève sa coopération, s'achève et se complète sa maternité

par rapport à nous. A Theure de rincarnatioa, elle a conçu Jésus, et nous avec lui, recevant déjà dans le sein de sa charité ceux qui un jour devaient être incorporés à Jésus et vivre de sa vie. Mais, grande a été la différence entre la naissance de Jésus, et notre naissance spirituelle. Lui, naguère, venait au monde dans Tallégresse, au milieu des splendeurs de la nuit de Noël. Pour nous, notre naissance était retardée jusqu*à la Passion et au Calvaire ; car c'est alors seulement que Dieu accepte, avec la mort de son Fils , tous les actes rédempteurs de sa vie; c*est alors qu'il pardonne aux coupables, en faveur du Juste qui s'est substitué pour eux; c'est alors que, ea vertu de cette substitution, tandis que Jésus porte et expie nos péchés, nous entrons en partage de ses droits et de sa divine filiation; c^est alors enfin que nous commençons à vivre de la vie spirituelle. Marie doit donc encore être là, pour achever ce qu'elle a commencé jadis, et donner le jour aux membres de son Fils. Elle doit être là, ratifiant ce qu'elle a fait alors, nous enfantant, comme alors elle nous conçut, par sa volonté et son amour, et offrant à Dieu, au moment même où cette offrande est acceptée, la victime qui nous réconcilie et nous fait vivre. Enfantement dont le souvenir augmentera l'amour des fils pour la mère, et l'amour de la mère pour les enfants de sa douleur.

Au moment d'entrer dans la voie de ses souffrances, Jésus avait < désiré de désir » faire avec les siens une dernière cène pascale. 11 y mangerait avec eux l'agneau symbolique puis, achevant d'accomplir la Loi en remplaçant la figure par la vérité, il leur donnerait, lui, l'agneau de la vraie Pâque, son

Page 1