MARIE ET L'EUCHARISTIE
corps immolé et son sang répandu, et instituerait ce mémorial de sa passion qui, jusqu'à la fin des temps, doit rester le centre du culte chrétien.
Le groupe primitif, pour la manducation de Tagneau, était la famille. Elle pouvait, il est vrai, être complétée par des invitations ou adjonctions de voisins et d*amis, ou modifiée par des combinaisons diverses; mais il semble que, dans ces combinaisons^ rien n'ait jamais empêché les femmes de rester mêlées aux hommes. Sans doute, à Tépoque évangélique, elles ne s'étendaient pas, comme eux, ^ sur des lits; mais elles mangeaient à côté, dans le même appartement, et faisaient partie de la même réunion ^ Il est donc très vraisemblable que, dans ce cénacle du mont Sidn, emprunté par Jésus à Tun de ses disciples, et qui demeura le sanctuaire des premiers chrétiens, Marie fit la Pâque avec le Sauveur, les apôtres, et quelques saintes femmes, comme peutêtre Marie de Cléophas, ou Salomé, mère de Jacques et de Jean.
Elle était donc là, suivant tous les mouvements de Jésus, attentive à toutes ses paroles; comprenant incomparablement mieux que les apôtres le symbolisme de Tagneau, ou les enseignements du lavement des pieds; le cœur brisé à la pensée de la trahison qne préparait Judas.
Le moment vint où Jésus, se recueillant et attirant plus vivement l'attention des siens, « prit du pain, rendit grâces, le rompit, et le donna à ses disciples, disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Et, prenant le calice, il rendit grâces et le leur donna,
I. Voir, par exemple, le traité Pesâhtm (Talmud de Jérusalem, trad. Moïse Schwab, t. Y, pp. ii8, iso, i3o, 148).
disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, celui de la nouvelle alliance, celui qui est répandu pour beaucoup, en rémission des péchés *■ . »
Adhérant simplement à la parole de leur Maître, et recevant avec un souverain respect et dans une joie silencieuse son corps et son sang, les apôtres participèrent à Taliment céleste, puis à .la coupe consacrée. Cependant, si la recommandation : « Faites ceci en mémoire de moi », s*adressait à eux seuls, et les faisait prêtres de Tordre nouveau, la recommandation : « Mangez et buvez » , s'adressait à tous les fidèles, et aux femmes qui étaient présentes. Elle s'adressait surtout à Marie ; car, si Jésus se donne par amour à chaque âme chrétienne, il se donne avec un amour unique à celle qui est, entre toutes, la bien-aimée. Jésus la distingua-t-il, et lui donna-til, a elle la première, le sacrement de sa divine charité ? Ou confia-t-il déjà aux apôtres la charge, qu'ils devaient bientôt exercer, de distribuer son corps et son sang à ceux qui ne sont pas revêtus du sacerdoce ? N.ous ignorons tout. Mais, puisqu'il est vraisemblable que Marie était présente, il y a bien lieu de penser qu'elle s'unit alors sacramentellement, pour la première fois, à ce même corps qui avait été virginalement formé d'elle dans le mystère de Tlncamation. « Ce que le Fils unique de Dieu a pris de notre fonds, il nous l'a donné tout entier pour notre salut '. 9 Cela se vérifiait en Marie : l'humanité qu'il avait prise d'elle, Jésus, pour accroître sa sainteté, la lui rendait, tout imprégnée de la vertu vivifiante de sa divinité.