MARIE ET L'EUCHARISTIE
Marie est, en effet, dans une relation unique avec le sacrement de TEucharistie. Là, comme partout, elle occupe une place à part entre son Fils et nous : semblable à nous, car elle est, comme nous, sanctifiée par lui, mais, en même temps, proche de lui comme médiatrice de la sanctification. La chose que voilent les espèces sacramentelles, chose adorable, qui est en même temps signe et instrument de la grâce, c'est ce corps du Seigneur qui est né de la Vierge Marie. L'Eucharistie est une application directe de ce mystère de Tlncamation, accompli en Marie et par Marie. Jésus s'incarne, afin que, « connaissant Dieu visible en notre chair, nous soyons ravis par lui jusqu'à l'amour des choses invisibles S. Et, dans l'Eucharistie, c'est, en effet, cette chair, cachée sous le signe sensible des espèces, mais réellement présente, qui s'unit à la nôtre, pour nous pénétrer de la grâce et de l'amour de la divinité. Recevoir l'invisible et le divin par le moyen du sensible et du matériel, voilà le mode de sanctification conforme à notre nature; nous en sommes redevables à celle qui a conformé à notre nature le Verbe même de Dieu : l'Eucharistie est le don de celle qui nous a donné la chair du Christ.
Le Verbe, vie, lumière et vérité, est la vraie nourriture des âmes; cependant, tant que nos âmes sont en des corps mortels, le Verbe, tel qu'il est dans le sein du Père, est une nourriture trop forte pour nous, comme le pain est trop fort pour les tout petits. Mais la mère mange le pain, rincarne en elle, le transforme en lait, et ce lait devient la nour-
I. Prëffcce de la Natiritë, que TÉglise chante en la fête du Saint-Sacrement*
riture de Tenfant. « Le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu, la Sagesse de Dieu, c*est le pain, la nourriture solide. Aussi, ceux-là seuls qui sont les forts« les anges, la mangeaient. Nous qui étions petits, nous ne pouvions pas goûter cet aliment, parce qu*il était solide ; nous qui étions sur la terre, nous ne pouvions pas atteindre à ce pain, parce qu*il était au ciel. Qu*est-il arrivé ? Il est descendu, ce pain, dans le sein de la bienheureuse Vierge ; là il s*est fait lait, et un lait tel que nous pouvons le boire \ ji N^ a-t-il pas là un des plus délicieux aspects de celle qui donne Jésus ?
Cependant, les apôtres faisaient leur action de grâces, d'une âme encore préoccupée et imparfaite. Jean reposait sur la poitrine du Maître. Par TEucharistie, par Tamour, par la familiarité avec Jésus, il se transformait en un autre Jésus, et se préparait à devenir le fils de Marie. Elle, au-dessus des apôtres et des saintes femmes, comprenait, adorait, remerciait. Elle écoutait avidement les paroles de son Fils. Après le don de TEucharistie, et au moment de livrer sa vie, il se révélait aux siens plus clairement et plus intimement que jamais. Il leur montrait le ciel tout près d'eux, et Tamour divin les enveloppant ; le Père chérissant ceux qui aiment le Fils et qui gardent ses commandements ; TEsprit-Saint qui va venir ; toute la Trinité faisant sa demeure dans rame fidèle.
« Je vous laisse la paix, dit-il enfin, je vous donne ma paix.... Je ne parlerai plus beaucoup avec vous : car voici venir le prince de ce monde ; il n'a
I* Aelrède, abbëde Rieval, sermon xx, second sur la Nativité de Marie; PL., CXCV, Saa, 3a3. Cf. saint Augustin, sur le Psaume xxxiii, sermon i, n. 6 ; PL., XXXVI, 3o3.