‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 86 sur 110 · LE VENDREDI SAINT · texte numérisé non relu

LE VENDREDI SAINT

moindre geste qui ne soit de la convenance la plus parfaite. Rien n*altère i*ordre et la modestie de sa tenue et de ses vêtements, parce que Tordre de son âme n'est pas ébranlé* Sa douleur est immense, c'est un abîme ; mais un abime que rien n*agite ; au plus profond, demeure Tinaltérable paix.

Une dernière fois, la foule rassemblée devant le prétoire, autour de Pilate siégeant sur le Lithostrotos, déclare qu'elle renie Jésus, et ne veut d'autre roi que César. Elle accepte que le sang du Messie retombe sur elle et sur ses fils. Pilate livre celui dont il reconnaît l'innocence ; la croix est placée sur ses épaules, et, aussitôt, avec deux larrons qu'on fait sortir de prison pour les exécuter, on con* duit Jésus vers le Calvaire.

En quittant les abords du prétoire, ob elles avaient assisté à la condamnation, Marie et ses compagnes^ dit la tradition de Jérusalem, prirent une rue dé« tournée, qui débouchait sur celle qu'allait parcourir Jésus. Marchant vite par cette ruelle déserte, elles rejoignirent la voie douloureuse dans la vallée du Tyro^oeon, au bas de la rue qui descendait du pré-toire. Là, Marie vit son Fils passer tout près d'elle, au milieu de l'affreux cortège des soldats et des larrons, sanglant, portant sa croix. Ils échangèrent un regard, quelques mots peut-être, exprimant la douleur, l'amour, le sacrifice pour le salut du genre humain, Tiinion à la volonté divine. C'est ce moment dont la tradition a gardé le souvenir, sous le nom de rencontre de Jésus et de sa mère.

Marie, Jean, les saintes femmes se mirent sans doute à la suite du cortège. De loin, par-dessus la houle des têtes apitoyées ou curieuses, aux mouvements, aux arrêts, aux cris de la foule, Marie entre-

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voyait, devinait plus encore ce qui se passait : Jésus tombant, la compassion témoignée par quelques femmes, Simon de Cyrène chargé de la croix.

On parvint au Calvaire. Marie, par le fond du cœur, était, plus que jamais, unie à Jésus, comme lui silencieuse, comme lui pardonnant à ceux-là même qui le crucifiaient, comme lui priant pour nous tous, pécheurs qui avons, aussi, répandu le sang du Juste.

Sur le Calvaire étaient réunis les amis de Jésus, et les femmes qui l'avaient suivi depuis la Galilée, et avaient coutume de servir la troupe apostolique ; parmi celles-ci, était la mère de Jacques et de Jean. Ils regardaient de loin^ Un groupe put cependant s'approcher : il se composait au moins de Jean, de Marie Magdeleine, de Marie de Cléophas, la sœur fidèle de Notre-Dame, et de Marie elle-même*.

C'était le moment suprême de la douleur et de la Rédemption. Le soleil s'était voilé. Les ténèbres enveloppaient la croix, le Calvaire et le monde entier. Jésus, abandonné de son Père, c'est-à-dire considéré par lui comme victime pour le péché et livré à la douleur, Jésus, à l'humanité duquel l'union même avec le Verbe n'apportait plus de consolation, sou£Erait les dernières angoisses et était abreuvé des deniiers outrages. Près de la croix, se tenait sa mère. Le glaive perçait son àme ; elle compatissait aux

I. Saint Matthieu, xxni, 55, 56; saint Marc, xv, 40; saint Luc, zxiii, 49*

a. Saint Jean, xix, sS-ay; passage commenté dans les pages suivantes. Les paroles de Notre-Seigneur sont expliquées d'après le sentiment aujourd'hui commun, précisé, pour les détails, par l'interprétation personnelle*

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