MARIE AU PIED DE LA CROIX
soufirances corporelles de Jésus; Dieu Tunissait à ses souffrances intimes et à toute Tagonie de son cœur; c'était une peine plus que mortelle, car il en eût fallu beaucoup moins pour causer la mort d'une mère ordinaire. Mais Tâme de Marie, dilatée par Faction divine, s'élargissait à la mesure de sa passion surhumaine. Elle « se tenait », la douleur ne la renversa point, mais la laissa en tout pleinement digne et maîtresse d'elle-même *.
Elle se tenait, s'unissant à l'action du sacrifice. Autour de Jésus, les ennemis insultaient; les plus fidèles amis tremblaient, ne comprenant pas ou comprenant très imparfaitement. Seule alors, en son propre nom — car le sacrifice s'offrait pour elle, et le sang de son Fils, s'il n'avait rien à laver en elle, méritait les faveurs qui l'avaient préservée de toute tache — et au nom de tous ceux qu'elle représentait, elle rendait hommage à Dieu par Jésus- Christ, et recevait les grâces rédemptrices et sanctificatrices de sa mort. Et, en même temps qu'elle représentait la foule des rachetés, élevée par sa maternité divine au-dessus de cette foule, associée au Rédempteur et participant à son sacerdoce, elle l'offrait, eue aussi, et le présentait à Dieu.
Elle se tenait, nouvelle Hève près du nouvel Adam. C'était l'antithèse et la réparation de la faute de l'Éden. La croix était l'arbre de vie, opposé à Tarbre de mort. Par sa suprême obéissance, Jésus effaçait la faute du père de l'humanité; chef nouveau du genre humain, il s'unissait tous les régénérés, dont il faisait des enfants de Dieu. Et, près
I . La science thëologique proteste contre tout a spasme de la Vierge ». Voir Terrien, La mère de Dieu et la mère des hommes^ t. III, p. aoo-aoa^ note.
de lui, THève nouvelle réparait par son union à la volonté divine la désobéissance de Tancienne, et enfantait dans la douleur Thumanité rachetée.
Ce mystère, il semble que Jésus ait voulu Texprimer dans les mots tombés alors de ses lèvres. € Voyant sa mère, et, debout près d^elle, le disciple qu^il aimait, il dit à sa mère : Femme, voici votre fils. Ensuite, il dit au disciple : Voici votre mère. » Plus la méditation chrétienne s*est exercée sur ces paroles, plus il lui a semblé et plus il lui semble qu^elles renferment autre chose qu*une recommandation de Marie aux soins de Tapôtre Jean. La scène est trop grande et l'heure trop solennelle pour que ces mots n'aient pas une portée plus haute. Jésus considère près de lui la mère du genre humain, et, à côté d*elle, le disciple vierge et aimant. De son apôtre de prédilection, le Sauveur fait le type de Tâme vivant de la grâce, régénérée par son sang, née de Dieu et de Marie. Et, promulguant, pour ainsi dire, cette maternité surnaturelle dont le mys* tère est en train de s'accomplir, il dit équivalemment :
* Femme — et cette appellation, habituelle peutêtre à Jésus lorsqu'il parlait à sa mère, reçoit des circonstances une nouvelle ampleur de sens, et devient le mot propre pour désigner la compagne de l'Homme par excellence, et la mère de l'humanité renouvelée — voici celui qui, naissant à la vie de la grâce par la vertu de mon sang, devient votre fils, en même temps qu'il devient fils de moa Père céleste. — Et vous, disciple, qui devenez en ce moment mon frère, voici votre mère dans Tordre surnaturel. » '
Ces paroles s'appliquent donc à toutes les âmes,