PAR RAPPORT AUX PLAISIRS
Après les honneurs et les richesses, il y a, en dehors de nous, une troisième chose fragile, inconstante, dangereuse, souventcoupable, que la fenime mystérieuse, figure de Marie, nous apprend à dominer : c'est ce qu'on appelle les plaisirs, c'est-à-dire les satisfactions.
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les jouissances, tout ce qui flatte notre nature...
Chose étrange, aujourd'hui plus que jamais peut-être, tout le monde est porté à courir après les plaisirs.
Que ne fait-on pas pour s'en procurer? Dépenses excessives, amour désordonné du gain, passion du luxe, raffinement dansla nourriture, recherche continuelle du bien-être :
tout est mis en œuvre pour flatter ce pauvre corps qui, trop bien traité, au lieu de garder son rôle de serviteur de l'âme, en devient le maître et le tyran. Oh! quel contraste entre la conduite de la plupart des chrétiens et la morale austère du saint Evangile!
En est-on plus heureux pour cela? Non, certes, car si nous interrogeons les rassasiés des plai-
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sirs, ils nous diront tous qu'ils n'ont pas trouvé là le vrai bonheur. Si nous interrogeons le plus grand de tous les rois, Salomon^ qui ne s'était privé d'aucune jouissance, il nous répondra par cette parole célèbre, cri d'une âme déçue, mécontente et désabusée : V.anitê des vanités j et tout n'est que vanité [i).
A vrai dire qu'y a-t-il en cela d'étonnant? Le cœur de l'homme est trop grand; il a des aspirations trop nobles, trop élevées; il a une soif trop vive de l'infini, pour que les plaisirs éphémères de ce monde puissent le satisfaire. Son centre, c'est Dieu, et tant qu'il ne se repose pas pleinement en Dieu, il est dans
{i] Eccl., I, 2.
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le malaise et la soujffrance. Voilà la vérité.
Cette vérité, ohl comme la Sainte Vierge l'a bien comprise l Surtout comme elle y a bien conformé sa conduite ! Quelques efforts d'imagination que vous fassiez, pouvez-vous, en effet, vous la représenter allant aux fêtes mondaines, cherchant à se procurer des satisfactions, trempant ses lèvres à la coupe enchanteresse des plaisirs? Ne la voyez- vous pas, plutôt, mortifiée, fuyant le monde, fidèle à la prière, au recueillement, à l'union à Dieu, zélée pour l'accomplissement de ses devoirs d'état, toujours prête à se dévouer pour le prochain, et, malgré cela ou, mieux, à cause de cela, toujours heureuse, toujours rayonnant la
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bonté, répandant la joie, comme la fleur répand son parfum?
O Marie, quel bel exemple vous me donnez! Puissé-je en être touchée et le suivre. Je vous le demande du fond du cœur.
Examen
Quelle est la disposition de mon âme par rapport aux plaisirs?
— Sais-je bien faire la différence entre les plaisirs permis et les plaisirs défendus? — Est-ce que je m'abstiens, coûte que coûte, de ces derniers? — Quant aux premiers, ne les recherché-je pas trop avidement? — Lorsque je le puis sans inconvénients, suis-je heureuse de m'en abstenir et d'offrir ce sacrifice à Dieu? — Si je ne le puis
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pas, ai-je soin de les sanctifier? — Quels sont les moyens que je prends pour cela? — Est-ce que je recours à la prière, à la présence de Dieu? — Suis-je heureuse de demander quelquefois à la Sainte Vierge la grâce de partager ses sentiments par rapport aux plaisirs du monde, et de conformer le plus possible ma conduite à la sienne?
Résolution
O Marie, je prends la résolution dé porter plusieurs fois aujourd'hui mes regards sur mon crucifix pour y apprendre le détachement des plaisirs.
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Bouquet spirituel
« Je ne me trouve jamais mieux que quandjenesuisguèrebien(i). »
(i) S. François de Sales. Voir Modèle et Guide du prêtre^ p. 363.