SCÈNE X
Les Mêmes, MADAME SPICKAERT*.
MADAME SPICKAERT.
Ma chère enfant, j’aurais voulu ne plus vous retenir, mais je viens vous conjurer de ne pas nous abandonner encore. Les événements de tout â l’heure ont trop agi sur l’esprit de mon pauvre mari pour oser tenter une diversion favorable avant ce soir, avant demain peut-être. Dieu vienne alors à notre secours! et nous verrons ce que nous aurons à faire.,
MATHILDE
Ah ! madame, disposez entièrement de moi. Trop heureuse si l’aide qu’il m’est permis de vous prêter peut vous faire oublier combien j’ai mal répondu tantôt à la bienveillance de votre accueil.
MADAME SPICKAERT, la faisant asseoir **.
Ne parlons plus de cela. Nous avons eu aussi nos torts envers vous. Vous avez du cœur, je l’ai bien vu à l’émotion qui vous a saisie tout à l’heure, quand mon cher Samuel, quand le frère de votre père, vous a prise pour celle que nous pleurons.
MAURICE, avec chaleur.
Et je vous jure, ma mère, que vous ne vous êtes pas trompée. Mademoiselle a l’âme de Lùcie, comme elle en a les traits.
* Madame Spickaerl, Mathilde, Maurice.
'"Maurice, madame Spickaerl, Mathilde.
22 LA SAINTE-LUCIE
MAD A UE SP IC K AE RT regarde un instant Maurice, comme pour lire dans sa pensée ; puis elle dit i Mathilde :
Comménl vous appelez-vous?
MATHILDE
Mathilde.
MADAME SPICKAERT.
Vous avez vingt ans, je crois?
MATHILDE
Oui, madame.
MADAME SPICKAERT.
Vingt ans. Et seule en ce monde !.... Croyez-moi, ma chère Mathilde , la pensée que Lucie vous a aimée, sans parler du service que vous venez de nous rendre, m’attache déjà à vous plus que je ne saurais le dire; et, loute triste que je suis et qu’est cette maison, j’espère, s’il ne tient qu’à moi, pouvoir vous faire une vie plus douce que celle que vous avez connue.
MATHILDE, très-émue.
Ah ! madame 1 El c’est au milieu de vos peines !...
MADAME SPICKAERT. '
Raison de plus, mon enfant : sous le coup d’une douleur comme la mienne, on ne peut plus connaître qu’un bonheur, celui des autres.
MATHILDE, saisissant la main de madame Spickaert et la portant A se<
lèvres.
Comment pourrai-je VOUS remercier ! (Se retiJhrnsnt vers Maurice.) El vous aussi, monsieur, qui m’avez dit de bien bonnes paroles tout à l’heure.
Elle lui tend la main. Maurice la serre, et va pour l’approcher de ses lèrres ; puis il s’arrête, en regardant le portrait de Lucie et prononçant son nom ; sur ces entrefaites, Spickaert est entré, sortant de sa chambre, et a remarqué le mouvement de Maurice.