‹ La SainteLucie piece en un acteChapitre 22 sur 68 · SCÈNE ONZIÈME Î · texte numérisé non relu

SCÈNE ONZIÈME Î

D’où vient que vous n’osez baiser cette main, lorsque autrefois, vous embrassiez franchement votre fiancée sur la joue ? Allons, plus d’embarras : donnez-lui le baiser du retour.

Mouvement de Mathilde.

MADAME SP1CKAERT.

Pourquoi contraindre ces jeunes gens, Samuel?

SPICKAERT.

Permets. Je ne vois pas ce qui empêche Maurice de témoigner hautement à sa fiancée une affection qu’il n’avait pas l’habitude de dissimuler. Voyons, Maurice, je vous en prie : que j’aie la satisfaction de vous voir embrasser cette enfant, et de vous entendre lui dire : * Lucie, je t’aime. »

Mathilde, qui e»t restée assise, se 1ère et s’éloigne de Maurice. MAURICE.

Mon Dieu, mon père...

SPICKAERT.

Vous hésitez : voilà qui est nouveau. (Musique.— U ra vers Mathilde , la prend par la main, la regarde bien en tace et lui dit :) VOUS ressemblez

étrangement à ma fille, mademoiselle.

MATHILDE

Mais je vous assure, mon père....

SPICKAERT, reculant,

Lucie ne m’a jamais dit vous. — En vérité, tout cela est

inOUÏ ! — (Comme un homme qui cherche à resaisir ses idées.) Voyons,

voyons, est-ce que je deviens fou, moi ?

MADAME SPICKAERT.

Mon ami I....

SPICKAERT, s'exaltant.

Pourquoi voulais-tu me tromper ? Où est Lucie ? Qu’as-tu fait de mon enfant? Réponds.

MADAME SPICKAERT.

Tu me demandes ton enfant, lorsqu’elle-même...

SPICKAERT.

Non, non, ce n’est pas elle. Je le sais bien. — Lucie 1 Ma fille I

LA SAINTE-LUCIE

Où cs-lu ? — (a sn femme. ) — La vérité, dis-moi la vérité 1 (Tout

é coup, il pousse un grand cri, et dit, en se prenant la tète dans les mains.)

Ali ! ma fille est morte !

MADAME SPICKAERT.

Samuel, tu m’effrayes !...

SP1CKAERT, suppliant. ^

Maurice, je vous en conjure; répondez-moi, vous!

M AliRICE.

Non, non, mon père, Lucie n’est pas morte; elle est là, devant vous. Voyez : je souris. Est-ce que je pourrais sourire si Lucie...?

SPICKAERT, saisi d'une sorte de délire.

Mais alors, c’est donc un rêve affreux que j’ai fait? Je me souviens qu’un jour des hommes sont entrés ici, des hommes au visage pâle, aux vêtements noirs... Lucie était étendue là, immobile ; et ils l’ont emportée, ces hommes; et ils m’ont volé mon enfant ! .... Oh I si j’en avais eu la force, je les aurais tués ; oui, je les aurais tués I Mon Dieu, mon Dieu, si cela pouvait être un rêve !...

La musique cesse à l'orchestre.

il tombe sur la chaise à gauche de la table et se met à sangloter. 'Madame Spirkacrt, prise d'une idée subite, ouvre le piano avec une clef qu'elle tire de sa poche, fait asseoir Mathilde devant l’instrument, et cherche dans un cahier de musique use page déterminée qu’ello indique à la jeune fille. Celle-ci se met & jouer *.

SPICKAERT relève peu à peu la tète, écoute, puis, tendant les bras à Mathilde .

Lucie ! c’est donc toi ?

MATHILDE, scieront.

Oui, père, c’est moi, moi, ta fille, que tu as élevée avec tant d’amour, comblée de tant de caresses, et que tu ne veux 'pas reconnaître!...

SPICKAERT.

Mais, pourquoi m’as-lu dit : vous? Pourquoi as-tu repoussé Maurice tout à l’heure? je l’ai vu. (se frappant le front.) Ab! jesau-

1 . Le morce.iu joué, au théâtre du Gymnase, par M ,1# Andrée Kelly, est le lüt'ffu de la sonate de Beethoven, np, tü, en ré majeur.

* Mathilde, Spickaert, madame Spickaert, Maurice.

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