MADAME SP I CK A EUT
Puisque vous m’appelez voire mère, je vous prouverai que vous avez raison. Quelque soit le chagrin qu’on ressente, on n’a pas le droit de briser sa vie à vingt-cinq ans. Savez^vous ce que m'a dit mon enfant, quand elle a senti que son heure était venue?
MAURICE, la voyonl émue et voulant l'arrêter.
Ma mère...
MADAME SP1CKAERT,
Non, vous me forcez à rappeler ces tristes souvenirs : laissez moi achever. « Console Maurice, a-t-elle dit; il ne m’oubliera pas, j'en suis sûre; mais il peut encore être heureux avec une autre: qu’il le soit, je le veux. » Telles furent ses paroles, mon ami.
MAURICE, se levant.
Chère Lucie! Ce sera le seul de tes vœux que je n’aurai pas accompli. N’insistez pas, ma mère : je suis veuf, et resterai fidèle à mon veuvage. Ma résolution est irrévocable.
MADAME SPICKAERT, se levant.
Cependant...
MAURICE
Je vous assure que vous me faites beaucoup de peine. — Mais vous ne me parlez pas de monsieur Spickacrt. Vos lettres m’ont fait un triste tableau de son état. N’v a-t-il rien de nouveau?
MADAME SPICKAERT.
Hélas I non. Vous vous rappelez quel était le dérangement de ses facultés au moment de votre départ. Sa raison, ébranlée par le coup terrible qui nous a frappés, lui persuadait que notre pauvre Lucie n’élait pas morte.
Oui, je me souviens, il disait qu’elle était chez sa tante de Namur, et que bientôt elle reviendrait. Eh bien?