SCÈNE TROISIÈME
MADAME SPICKAERT.
Eh bien! mon ami, cette idée, loin de l’abandonner, loin de faire place à la connaissance de la cruelle vérité, s’est enracinée de plus en plus dans son esprit. J’aurais voulu l’empécher ; et pourtant, qu’y faire? Agir sur son jugement, je le pourrais, sans doute; car, un moment égaré, il ne me parait pas perdu. Mais vous connaissez sa sensibilité nerveuse ; et puis, il n’est plus jeune, mon pauvre Samuel. Attendez-vous même à le trouver bien vieilli. Je craindrais un second malheur : l’éclairer, Maurice, ce serait le tuer.
MAURICE, hochant lu tète.
Oui.
MADAME SPICKAERT.
Aussi, vous le voyez, je ne puis même pas porter le deuil de ma fille. Que voulez-vous ? Je compte sur le temps, je me fie à lui pour amener doucement mon mari à comprendre notre malheur. Notre malheur! Mais qu’avions-nous fait au ciel pour que notre fille unique et bien-aimée nous fût enlevée ainsi? C’est une chose horrible à dire qu’on puisse passer aussi vite du bonheur le plus grand à la plus affreuse douleur. Penser qu'on voit là son enfant, pleine de vie, souriante, heureuse d’une joie qui n’est pas de ce monde, et que trois jours après...
MAURICE
Allons, soyez forte.
MADAME SPICKAERT.
Vous avez raison : il me faut de l’énergie pour deux, maintenant.
MAURICE
Voici monsieur Spickaert.