Recueil d'Utrecht, pp
2. Voir hic, Appendice II, p. 193: Les Lettres sur la Signature.
l'égard de la Grâce. 11 serait nécessaire de contrôler les accusations de Nicole au moyen des lettres elles-mêmes ; la chose est malheureusement impossible. L'auteur n'avait l'intention de les publier que si les religieuses signaient le Formulaire. Au cas où celles-ci refuseraient, les lettres devaient être brûlées. Et sans doute elles le furent, car à cette date avait paru un ordre, exigeant la signature immédiate, sans aucune espèce d'atténuation ou de réserve J. Et cela, pas plus Nicole qu'Arnauld, ou qu'aucun autre ami de Port-Royal, ne pouvait le préconiser.
Nous admettrons volontiers que Pascal avait perdu de sa vigueur. Mais il faut nous souvenir qu'il était mourant, physiquement incapable d'un effort mental prolongé, et qu'il se préparait presque fiévreusement au grand départ, èpwv tcu àTCOeav£îv. Pourtant, si la mort tendait un voile devant ces yeux qui avaient si constamment regardé la Vérité, elle ne pouvait étouffer la Miséricorde en son cœur. Détournons-nous avec sou-
1. « M. Pascal avoit confié tous ses écrits en mourant à M. Domat, en le priant de les brûler si les Religieuses de Port- Royal se soutenoient, et de les faire imprimer si elles plioient. Et comme Dieu les soutint, il est à présumer qu'on suivit ses intentions. »> Arnauld, Œuvres, T. XXI, p. CXI.
lagement de ces âpres débats vers les efforts touchants de Pascal pour étreindre — littéralement — la pauvreté ; suppliant qu'on lui trouve un miséreux à soigner et à traiter comme luimême, ou pour le moins qu'on l'envoie mourir à l'hospice, parmi les pauvres l. Et, avec une émotion que les Lettres perdues contre les Jansénistes n'auraient pu provoquer, on lit ses ultimes paroles au prêtre qui recueillit sa dernière confession et lui administra les sacrements. « Il gémissoit avec douleur de voir cette division entre les fidèles qui s'échauff oient si fort dans leurs disputes... que cela préjudicioit à l'union et à la charité qui les devoit porter plus tôt à joindre leurs armes spirituelles contre les véritables infidèles et hérétiques que de se battre ainsy les uns les autres. » En ce qui concerne « les questions si difficiles de la Grâce et de la Prédestination » sur quoi roulait le débat, il se contenta de s'écrier : « 0 altitudo 2 ! ».
L'un des derniers actes de charité relevés à son actif semble indiquer un adoucissement de ses préjugés jansénistes. Comme il rentrait un matin de Saint-Sulpice, où il était allé entendre la messe, il fut accosté par une pauvresse qui