‹ La Sainteté de PascalChapitre 44 sur 56 · Christina Rossetti · texte numérisé non relu

Christina Rossetti

2. Voir Mr James Thompson, dans le numéro de juillet 1914 du Hibbert Journal.

rel ; à laisser^ les miracles passer inaperçus ; à tourner le dos à la tradition, à la révélation, à l'église, aux sacrements; à substituer une idole à une autre^ l'âme infaillible au lieu de l'église infaillible ou du livre infaillible.

Pascal du moins ne court pas ce risque. Assurément, il n'a point [négligé les preuves historiques. Nous savons quelle valeur il attribuait à la Bible ; quelle importance il attachait aux miracles ; avec quelle vigueur il maniait l'argument des prophéties. Non, en adoptant une autre méthode d'apologétique, il n'a point remisé l'ancienne. Mais, en savant qu'il est, il part du mieux connu, le cœur, et trouve l'explication de la misère humaine dans le thème biblique de la Rédemption : « Sans l'Escriture qui n'a que Jésus-Christ pour object, nous ne connoissons rien, et ne voyons qu'obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans la propre nature.» (Pensée 548). Et il donne à la Raison tout son poids. Rien n'est moins vrai que de dire qu'il ne s'en soucie pas. Toutes les lignes qu'il a écrites, toutes les pensées qu'il a exprimées, témoignent du merveilleux don d'une Raison merveilleusement appliquée. La logique de son plan est extrêmement claire et puissante. Il se montre dur pour la faculté intellectuelle qui sert à former

les jugements; il lui refuse le droit de juger le cœur ; il refuse à la philosophie le pouvoir d'apprendre à l'homme la vérité sur lui-même. Mais il" a des motifs à ce refus. Il juge la Raison par elle-même et par ses échecs évidents. Rappelez-vous que, selon ses propres dires, il ne s'occupe pas de prouver, mais de suggérer ; d'ouvrir le cœur, et de préparer la volonté. A ce moment, mais alors seulement, la faculté raisonnante — cette Pensée qui fait la gloire de l'homme — entre en jeu. L'appliquer en premier lieu, c'est aller au-devant du rationalisme, de l'outrecuidance et de la ruine1.

Une fois de plus, en suivant l'esprit, sinon la lettre de son exposé, nous pouvons nous asseoir aux pieds de Pascal. Nous ne voulons pas imposer'à la méthode de l'immanence une charge plus lourde qu'elle ne peut supporter. Nous voulons retenir ce qui est bon, tout en vérifiant chaque détail ; nous admettrons l'appel aux miracles, les considérant non pas comme des interventions dans le naturel, faisant irruption de l'extérieur, mais comme des manifestations d'un ordre plus élevé qui nous entoure de toutes parts, au dedans comme au dehors. Nous interpréterons comme un signe de Dieu tout événe-

1. Cf. sur la Raison et sa dignité les Pensées 82, 345 et 347.

ment présentant un contenu spirituel1. Et nous nous souviendrons que, selon saint Jean, notre bienheureux Seigneur en rencontra un grand nombre qui, à la vue des œuvres qu'il faisait, crurent en son nom, et pourtant ne se fièrent pas à Lui; que Nicodème, attiré par Ses œuvres, vint Le trouver de nuit ; que plusieurs Samaritains crurent en Lui, à cause de Ses œuvres, mais qu'il y en eut beaucoup plus qui crurent en Lui pour les paroles qu'il leur dit ; et que finalement II Se donna et donna Son Union avec* le Père comme les principaux arguments de conviction : « Croyez-Moi quand Je dis que Je suis dans le Père, et que le Père est en Moi ; sinon, croyez-Moi à cause de Mes œuvres. » (Saint Jean, XIV-II) \

Nous noterons avec gratitude la réalisation des prophéties, mais nous ferons plus de cas de la teneur générale de leur témoignage concernant le Messie que des détails de leur prévision. Et nous reconnaîtrons que la sainteté des miracles et les perles des prophéties ne sont sensibles qu'au cœur amolli, au cœur pur, à la volonté et à la raison éclairées par la Grâce, sans

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