Lettre à M,ie de Roannez
En dernier lieu, Pascal nous enseigne la sainteté de la vie. Personne ne peut refermer le chapitre de ses derniers jours sans être ému. Il vécut à des hauteurs inaccessibles à la plupart. Mais il n'était pas descendu des cieux pour s'y tenir; il avait péniblement gravi la côte, émergeant d'une sombre vallée. 11 nous montre les degrés de son pèlerinage aussi clairement qu'à sa propre génération.
J'ai revendiqué en son nom, dès le début, les qualités saintes de miséricorde et de vérité; et si la miséricorde ne fut point chez lui une vertu native, ni acquise sans combat, sans la Grâce, elle brille d'un éclat d'autant plus vif qu'elle dût percer le nuage sombre de son irascibilité et de son obstination. « L'extrême vivacité de « son esprit, lisons-nous, le rendoit si impa- « tient quelques fois qu'on avoit peine à le sa- « tisfaire ; mais dès aussy tost qu'on l'avertisse soit, ou qu'il s'apercevoit luy raesme qu'il « avoit fasché quelqu'un par cette impatience « de son esprit, il reparoit incontinent sa faute « par des traitemens si honnestes qu'il n'a jamais « perdu l'amitié de personne par là ». (Vie de M. Pascal). Sa force d'âme à supporter les souffrances les plus aiguës, que ne soulageait point la médecine de son temps, étonnait ses amis.
Lorsqu'ils le plaignaient ouvertement, il disait : « La maladie est Testât naturel des Chrestiens « parce qu'on est par là comme on devroit tou- « jours estre, c'est-à-dire dans la souffrance, « dans les maux, dans la privation de tous les « biens, et des plaisirs des sens, exempt de « toutes les passions... et dans l'attente conti- « nuelle de la mort... N'est-ce pas un grand « bonheur quand on est par nécessité dans un « estât où Ton est obligé d'estre ? C'est pour- « quoy il ne nous demandoit autre chose que de « prier Dieu qu'il luis fît cette grâce. » ( Vie de M, Pascal). « C'est un enfant en vérité, il est humble et soumis comme un enfant », tel fut le verdict de quelqu'un — le père Beurrier — qui le vit à la fin. Mais cette patience et cette docilité ne furent réalisées qu'à grand peine ; dompter en soi le naturel exigeait toute sa vigilance. Son penchant le portait à s'entourer de ce qu'il y avait de « plus excellent » en toute chose ; et pourtant nul socialiste chrétien ne pourrait être plus scrupuleux à accorder sa pratique : « Il nous disoit qu'il falloit tousjours cher- « cher les plus pauvres [ouvriers] et les plus gens « de bien, et renoncer à cette excellence qui « n'est jamais nécessaire1. » Et si la miséricorde