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LA DÉFECTION DE NICOLE

Le récit de la défection de Nicole, qui est d'une importance capitale dans l'histoire du Jansénisme, et pour la compréhension exacte des sentiments de Pascal, se trouve dans le « Discours préliminaire » de son Traité de la grâce générale ; dans le dixième volume des œuvres d'Arnauld; et dans le Pascal Inédit de M. Jovy, T. II, pp. 362-404.

Ce qui entraîna Nicole des Jansénistes vers les Thomistes, ce fut le désir d'adoucir « un air de dureté, un certain air farouche avec lequel les premiers exprimaient la doctrine de saint Augustin ». « Feu M. Pascal avec qui j'ai eu le bien d'être très étroitement uni, n'a pas peu aidé à nourrir en moi cette inclination. » Sa première tentative fut faite à l'occasion des Provinciales ; dans les Disquisitiones Pauli Irenaei, et le Willelmi Wendrockii dialogus Epislolae decimae octavae illustrandae serviens qu'il mit en appendice de sa traduction latine de la série.

A dater de cette époque (1657) ses idées nouvelles se donnèrent cours dans des traités manuscrits, et s'insi-

nuèrent même dans le quatrième volume de ses Essais de Morale. Quand Arnauld eut vent de ces fluctuations — il faut se rappeler que Nicole, le Mélanchton de Port-Royal, était pacifique, timide, et évitait autant que possible de se faire imprimer — , il publia plusieurs âpres remontrances, entre autres un Ecrit géométrique sur la Grâce ! Il estimait que Nicole mettait en péril la saine théologie, et s'enfonçait profondément dans l'erreur.

On trouvera une autre critique détaillée du système de Nicole dans J. J. Duguet, Lettre sur la Grâce(17l8), publiée dans le même volume que les écrits d'Arnauld.

Duguet, Janséniste de la deuxième génération, et ami intime de Quesnel, regrette fort la chute de Nicole dans le Molinisme, et son indifférence à l'opinion de saint Augustin. Mais Nicole demeura inébranlé. Il mourut en 1695 sans être revenu, sur sa conviction que les infidèles n'étaient pas nécessairement coupables dans tous leurs actes, qu'ils étaient accessibles à la grâce divine, et aux bienfaits dispensés par un Rédempteur qui est mort pour tous les hommes. Et ce n'est pas là du Jansénisme.

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