CHAPITRE VIII
LE FFANCÉ.
Le cœur!... un abîme.
Pope.
Alice, cachant ses larmes, était descendue dans Isa cbambre; et, désirant être seule, avait supplié sa tante de s'éloigner, voulant dormir un peu , disait-elle.
— Oh! malheur, malheur à moi! murmura-telle, malheur à moi ! Qu'ai-je entendu? Et je ne suis pas morte... là... à ses pieds! — Il ne peut m'aimer, m'a-t-il dit. Il m'ordonne d'en aimer un autre ! — il ne peut m'aimer ! — Est-ce donc que mes regards lui ont appris que j'avais de l'amour pour lui ? Oh ! mon Dieu ! quel serait donc mon sort si je l'aioiais, lui ? Je serais donc humiliée, repoussée, méprisée ! Il faudrait donc me traîner à ses pieds et lui crier : Grâce ! grâce !
Et si je l'aimais, moi, si je l'aimais de toutes les forces de mon âme; si, par une inexplicable influence, cette âme si triste et si souflfr.inle m'alli-
rail à elle ; si j'espérais cicatriser ses plaies douloureuses ; s'il y avait autant de pitié que d'amour dans mon cœur!
Il ne peut m'aimer! Et si... mais celte pensée me fait rougir, comme si une autre bouche que la mienne la proférait... Et si, par une contradiction fatale, par un affreux caprice de ma destinée, je... je l'aimais peut-être, moi, parce qu'il ne peut pas m'aimer !
Mais non, oh! non, mon Dieu! Je suis folle. Mon Dieu, pardonne-moi ; l'àme créée à ton image ne peut être faite aussi basse, aussi misérable ; non, c'est erreur de mon imagination ; je suis malade, j'ai la fièvre, je suis folle, folle, en délire.
Car enfin Paul peut bien m'aimer, lui ! Paul qu'il m'ordonne d'aimer , c'est une âme candide, bonne, noble. Je l'aimerai, oui, oui, je l'aime déjà ainsi. Paul, Paul, où êles-vous ? je n'aime que vous, Paul !
Et Alice était dans un état d'exaltation difficile à décrire.
— Alice! Alice! dit une voix basse.
La jeune fille tressaillit; celle voix venait de la fenêtre ouverte.
Paul y parut.
— Ciel! Paul! Monsieur Paul! dit-elle en s'y précipitant; comment êtes-vous là?
— Oh ! mademoiselle, n'est-ce pas ma place de chaque instant quand je suis libre ! Que vous soyez ici ou non, n'j viens-ie pas ? Car pour moi vous
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êtes toujours là, vous ou voire souvenir. Oh ! laissez-moi là, — dit l'enfant à genoux sur le sabord.
— M'avez-vous entendue, monsieur Paul ?
— Il est donc vrai ? je ne m'abusais pas ; c'était votre voix; vous m'avez appelé !
Et il fut dans la chambre. Alice ne pouvait nier.
— Écoutez, Paul. Vous m'aimez ?
— Vous avez l'anneau de ma mère, mademoiselle.
— J'en suis digne, Paul ; car je vous aime ! Paul je vous aime !
L'enfant fut à ses pieds.
— Écoutez-moi, dit-elle d'une voix émue et précipitée. Quoique la fortune de mon père soit considérable, quoique nous soyons bienjeunes tous deux, je suis sûre d'obtenir son consentement à notre mariage. Il faut que votre père fasse la dénia nde de ma main à ma tinte ; et elle y consentira. Alors, Paul, vous ne me quitterez pas d'un moment, vous aurez le droit de ne pas me quitter ; car nous serons fiancés ici, et vous serez près de moi, toujours, toujours près de moi. Entendezvous, Paul ? le voulez-vous ?
Paul était fou, ivre, délirant de joie. Son rêve se réalisait; cette femme adorable qu'il devait aimer au nom des vertus de sa mère, sa croyance, sou Dieu, la voilà ! c'est Alice, Alice qui lui disait: Je te préfère, toi, pauvre enfant. Elle l'aimait ; elle le lui disait...